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Yannis Amaudruz: "J’ai voulu susciter de la curiosité à l’égard d’un héritage culturel dont nous sommes tous les dépositaires" Repérage

9 septembre 2019
notreHistoire

Du blog au papier... c'est le chemin de traverse que Yannis Amaudruz, jeune historien vaudois, entreprend avec la parution de son livre Lieux secrets de l'histoire romande, un guide qui invite à parcourir notre région à la découverte de son patrimoine. Depuis 2017, Yannis Amaudruz anime avec succès son blog helvetiahistorica où il aborde des aspects méconnus de notre passé. Son livre, qui vient de sortir en librairie, est une invitation à découvrir la Suisse romande autrement. En partant à la rencontre de son histoire par des balades proposées dans chaque canton. Interview d'un jeune passionné... du passé!

notreHistoire.ch: Comment est née l’idée d'un livre réunissant ces balades historiques ?

Mon blog m'a fait prendre conscience de la richesse de notre patrimoine et j'aime y aborder des aspects méconnus de notre passé. Je suggère aussi des visites culturelles un peu en dehors des sentiers battus, de manière à faire découvrir des régions demeurées à l’écart des grands circuits touristiques. Par exemple, à quelques minutes de car postal du centre-ville de Lucerne, sur un flanc de colline, se dresse l’extraordinaire église d’Hergiswald. Vous vous retrouvez soudainement hors du temps. A l’intérieur, le décor est saisissant! Durant ma visite, au cœur de l’été et alors que le pont de Lucerne était bondé, je me suis retrouvé seul dans ce lieu éblouissant.

De nombreux chefs-d’œuvre tels que celui-ci se trouvent aux quatre coins de la Suisse. J’ai souhaité en partager quelques-uns et, plus largement, susciter de la curiosité à l’égard d’un héritage culturel dont nous sommes tous les dépositaires. J’ai proposé l’idée d’un guide mêlant histoire et patrimoine à une maison d’édition. J’ai reçu son feu vert. Quelques semaines plus tard, le travail de rédaction commençait. C’était le début d’une belle aventure.

L'Intercity pour Berne passe devant le château d'Oron. Mais qui sait que ce château abrite une bibliothèque unique au monde. Vous lui consacrez un chapitre. Comment avez-vous fait pour sélectionner les lieux de votre guide ?

Chaque semaine ou presque, je pars à l’aventure à travers le pays, pour y découvrir une nouvelle région ou simplement profiter d’une balade. Je dois bien admettre que ma curiosité me pousse souvent à lire les plaques qui informent les passants sur l’histoire d’un quartier ou à flâner dans une exposition. La Suisse dispose d’inépuisables ressources culturelles. C’est ainsi que, au fil du temps, j’ai visité de nombreux lieux riches en histoire. Certains d’entre eux m’ont particulièrement marqué.

Lors d’une visite à Sion, je me suis par exemple retrouvé dans la maison Supersaxo. J’ai pu y admirer un plafond du XVIe siècle d’une grande beauté. Il m’a semblé naturel de l’intégrer au guide. Quelques rencontres ont aussi été déterminantes : un historien de l’art m’a un jour emmené à Tavannes, dans le Jura bernois, où il m’a expliqué le passé de cette cité industrielle. En faisant un petit pas de côté, on trouve à coup sûr de nouvelles perspectives.

Quelle a été votre méthode ? Une visite sur les lieux, bien sûr, mais aussi des recherches dans les archives, des rencontres avec des habitants, des lectures ?

Avant de m’atteler à la rédaction du guide, j’ai pris le temps de réfléchir aux lieux dont le passé aurait quelque chose à raconter aux lecteurs. Même s’il est toujours amusant de connaître un détail sur l’intimité d’un célèbre personnage, l’histoire n’est pas qu’une succession d’anecdotes. Je pense qu’elle permet surtout de remettre en question ce que l’on juge aller de soi et de prendre un peu de recul par rapport à nos certitudes. Et il est possible de le faire en s’amusant ! J’ai donc voulu être attentif à des histoires inattendues, ou même surprenantes.

Après avoir établi une liste de sites emblématiques, j’ai intensifié mes excursions en Suisse romande, afin de rencontrer des personnes investies dans le patrimoine, au sens large du terme. Ils ont partagé une foule de renseignements. Bien sûr, toute cette démarche a aussi impliqué de nombreuses recherches en bibliothèque, et c’est sans doute cette partie-là du travail qui m’a le plus occupé.

Vous écrivez que « les châteaux issus d’un monde révolu, les hôtels particuliers, les vieilles fermes aux murs truffés de secrets, les restes de canaux encore gorgés d’une eau mystérieuse, les ateliers d’ouvriers, les fabriques désaffectées, les monuments érigés à l’honneur de grandes figures ou les vestiges romains ont tous quelque chose à nous dire ». Mais comment être réceptifs à leur message ?

Pour ma part, je crois que la meilleure façon de se montrer réceptif à l’héritage culturel, c’est bel et bien de garder tous ses sens en éveil. Il suffit parfois de lever les yeux sur une façade pour faire une belle découverte. Si je ne devais donner qu’un seul conseil, ce serait celui-là : ne vous contentez pas de respecter scrupuleusement un itinéraire tracé sur une carte. Glissez-vous dans les ruelles. Grimpez dans la tour d’une cathédrale. Gardez votre curiosité intacte.

Par ailleurs, en Suisse, de nombreux musées d’histoire ont revu leur exposition au cours des dernières années. Ils ont adopté une mise en scène contemporaine, interactive et attrayante pour tous les publics. Nous sommes bien loin d’une image poussiéreuse ! Je crois que la visite d’une ville se complète assez bien avec un petit tour au musée, de façon à comprendre son développement.

Une belle surprise à la lecture de votre guide, c’est l’histoire du canal fantôme d’Entreroches, à Orny, dans le canton de Vaud, qui devait relier le lac Léman au lac de Neuchâtel. Une vision audacieuse d’un homme, qui aurait pu changer la liaison entre la Méditerranée et la Mer du Nord !

Oui, absolument ! Nous sommes au début du XVIIe siècle. Un homme originaire de Bretagne s’aventure dans nos contrées. Tout à coup, une idée de génie le traverse : et si l’on construisait un canal qui permettrait de naviguer de la Méditerranée à la mer du Nord ? Il obtient l’aval des Bernois, qui sont alors les maîtres des lieux. Il réunit des fonds internationaux. L’aventure commence… Arrivera-t-elle à son terme ? Le fin mot se trouve dans le guide.

Cette histoire est fascinante pour plusieurs raisons. D’une part, elle est d’une grande modernité. Des hommes d’affaires de toute l’Europe financent un projet susceptible d’intensifier les échanges commerciaux et d’accélérer le trafic des marchandises. Elle vient aussi bousculer l’image d’une Suisse dont l’unique obsession serait de ne surtout pas regarder de l’autre côté de la frontière. Déjà à cette époque, la Confédération est un lieu de passage incontournable. Elle n’a jamais été un îlot à l’abri des tourments du monde. Dans les faits, elle fut de tout temps un acteur pleinement intégré au reste de l’Europe.

Un prochain volume ? Votre guide s’ouvre déjà sur des lieux d’histoire dans le reste de la Suisse.

Je serais heureux de renouveler cette belle aventure ! Il existe encore tant de lieux qui méritent le détour… Pour ne rien vous cacher, j’ai d’ores et déjà repéré certains sites qui pourraient figurer dans un deuxième volume. Et puis, je suis profondément amoureux des Grisons. A eux seuls, ils mériteraient un guide entier. Affaire à suivre, donc.

Yannis Amaudruz, Lieux secrets de l'histoire romande, Editions Favre

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