Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.

Anniviers : Le drame du gendarme Imesch

octobre, 1931
Paul-André Florey

Anniviers vers la fin des années 1920, peut-être début des années 1930.

En ce temps-là, il y avait à Vissoie comme gendarme pour la vallée, un dénommé Imesch (prénom inconnu) d’origine haut-valaisanne. Ses supérieurs lui avaient attribué ce poste, moins contraignant, suite à un accident de la circulation qui lui avait occasionné une sérieuse fracture du crâne. En service dans le Haut-Valais, il devait effectuer des contrôles de vitesse des camions. Pour cela, roulant à motocyclette, le gendarme suivait de très près un camion. Le conducteur de ce véhicule, apparemment furieux de se voir contrôlé, donna un brusque coup de frein et la moto conduite par le gendarme vint s’emboutir dans l’arrière du véhicule. L’agent de police fut grièvement blessé, il souffrait d’une fracture du crâne, passa un certain temps à l’hôpital et reprit par la suite du service à la gendarmerie cantonale. Il fut nommé au poste de Vissoie.

Ayant constaté l’absence depuis quelques jours du gendarme, Benjamin Zufferey de Fang, vint trouver Edouard Florey de Vissoie, conseiller communal et président de police de cette commune, il lui demanda s’il avait vu ces derniers jours le gendarme Imesch, car dans la région de Fang et des Barmes, on avait un mauvais pressentiment en ce qui concerne le gendarme de Vissoie et ceci pour la raison suivante.

Quelques jours auparavant, le gendarme Imesch montait à pied, assez tard dans la nuit, de Sierre à Vissoie. Arrivé vers les « Petites-Pontis », apparemment pour une raison inconnue, il se décida d’aller faire un contrôle pour pincer un éventuel braconnier, car il y en avait en ce temps-là dans la région des Barmes. Depuis la route cantonale l’accès aux Barmes, en cet endroit-là, est très difficile dans les rochers et les ravins escarpés. Probablement il s’est blessé en cours de chemin car, vers le matin suivant, il rencontra le curé de Veyras à qui il expliqua qu’il était sur une piste de braconniers. Vu son état le curé lui conseilla d’aller se faire panser chez celui qu’on nommait « Zorzillong » et qui habitait à proximité. Mais le gendarme refusa et continua son chemin, laissant l’impression d’une attitude fort bizarre et étrange. Très contrarié le prêtre alla trouver Zorzillong. Il lui raconta sa rencontre avec le gendarme de Vissoie et lui fit part du souci à son sujet car il était blessé à la tête. Aussitôt Zorzillong déclara qu’il allait de suite à sa recherche pour lui porter secours. Il s’écria : « Je vais le soigner le gendarme ! ». Cette expression fut-elle mal interprétée par la suite ?... Et aussitôt il rentra dans sa maison en ressortit avec un sac à dos et partit dans la direction indiquée par le curé de Veyras. Dès lors le gendarme Imesch ne réapparut nulle part. Avec les jours qui s’écoulaient et probablement orientés par le curé, les habitants des Barmes et de Fang devinrent inquiets quant au sort du policier. C’est pour cette raison que Benjamin Zufferey alla trouver Edouard Florey. Aussitôt des recherches furent organisées auxquelles prirent part beaucoup d’hommes dont plusieurs jeunes gens. Les fonds de la vallée, vers la rivière la Navisence, furent fouillés durant plusieurs jours. Et voilà qu’un beau matin, un jeune homme découvrit sur un rocher, au milieu de la rivière, le corps sans vie du gendarme Imesch. Ainsi prenait fin le mystère de sa disparition et du suspense qui affecta beaucoup la population anniviarde.

Ce drame connut un épilogue judiciaire. En effet Zorzillong fut accusé de meurtre et ceci pour avoir eu la malchance de s’être exprimé devant le curé de Veyras : « Je vais le soigner le gendarme !... ». Par chance pour lui la justice l’a reconnu innocent car, dans son élan de secouriste, il n’avait jamais retrouvé la victime.

Fait raconté par Edouard Florey (1901-1985) à son fils Paul-André (*1936).

Dübendorf et Vissoie, 28 août 2021, Paul-André Florey

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
  • Michel Savioz

    La mort du gendarme Imesch. Le corps est retrouvé. Nous annoncions, dans notre dernier numéro, la disparition du jeune gendarme Imesch, de Vissoie. Après des recherches très longues et périlleuses, son corps, mutilé, a été retrouvé aux bords de la Navizance, sous les Barmes. Sans doute le malheureux, épuisé, aura-t-il roulé là, essayant désespérément de se raccrocher dans sa chute, comme en témoignent ses mains ensanglantées et serait mort d’épuisement. Diverses versions ont circulé sur l’attitude des personnes qui l’ont rencontré alors qu’il était déjà blessé. Quant à celle d’après laquelle on lui aurait refusé du secours dans une maison, il paraîtrait, mais nous n'avons ici aucun renseignement spécial — que c’est à un vieillard, accompagné de sa petite-fille que le gendarme grièvement blessé aurait demandé de quoi se sustenter après sa première chute dans le ravin. Comme ces gens n’habitaient, qu’un « mayen », ils n’auraient pas eu, parait-il de provisions de bouche à leur disposition et n’auraient, par conséquent, pas pu en disposer en faveur du blessé. Ils se seraient, par contre, offerts à le panser; comme ils tardaient un peu à revenir avec leur linge de pansement, le blessé repartit et ils ne le retrouvèrent plus. La justice mène une enquête serrée sur ce qui a pu causer la première blessure de M. Imesch. Pour ne gêner en rien son action, nous préférons ne rien dire que rapporter les bruits plus ou moins fantaisistes qui circulent. Cette fin tragique a causé une vive émotion dans tout le Canton et spécialement à Sierre. Âgé de 32 ans, M. Rodolphe Imesch était célibataire. C’était le neveu de M. le Chanoine Imesch, de Sion et de M. le colonel Imesch, de Sierre. A la famille, si douloureusement éprouvée, nous présentons nos très sincères et religieuses condoléances. L’Écho de Sierre, 21 octobre 1931

  • Paul-André Florey

    Merci Michel d'avoir ajouté cet article de presse qui permet de situer exactement dans le temps ce drame!

  • Pierre-Marie Epiney

    Très intéressante anecdote. Merci à Paul-André d'avoir si bien rapporté les paroles de son père Edouard.

Paul-André Florey
69 contributions
22 septembre 2021
68 vues
4 likes
0 favori
3 commentaires
2 galeries
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
104,317
6,481
© 2021 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.