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J. BRAHMS, Symphonie no 1, CGOA, Bernard HAITINK, 1965, Montreux

12 septembre 1965
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Johannes BRAHMS, Symphonie no 1 en ut mineur, op. 68, Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam (CGOA), Bernard HAITINK, 12 septembre 1965, Salle du Pavillon, Montreux, Septembre Musical

Johannes Brahms ne s'est attaqué concrètement au genre de la symphonie qu'assez tard: ce n'est qu'au cours de l'été 1862 qu'il présente à Clara Schumann et Albert Dietrich le début de sa première symphonie, auquel il manque encore l’introduction lente. Le 12 septembre 1868, il envoya à Clara Schumann, à l’occasion de son anniversaire, des «voeux musicaux», dans lesquels il citait une variante du thème du cor de l’introduction du finale. Sa composition fut très ardue: le compositeur semble "[...] avoir perdu tout courage au début des années 70, car il s’exprima à son ami, le chef d’orchestre Hermann Levi: «Jamais je n’écrirai de symphonie! Tu n’a pas idée de ce qu’on peut éprouver quand on entend en permanence un géant pareil (Beethoven) progresser derrière soi».[...]" (1) Ce n'est qu'en septembre/octobre 1876 - à Lichtenthal, près de Baden-Baden - que Johannes Brahms va finalement terminer la composition de sa première symphonie.

La première audition publique a lieu le 4 novembre 1876, à Karlsruhe, dans le cadre du «Erstes Abonnements-Concertes des Grossh.[erzoglichen] Hof- Orchesters im grossen Saale des Museums» (Premier concert d’abonnement de l’orchestre de la cour grand-ducale, donné dans la grande salle du musée), sous la direction de son ami Otto Dessoff.

Jusqu’à la fin janvier 1877, Brahms dirige lui-même sa symphonie dans plusieurs concerts, en Allemagne et en Autriche: dans ces divers concerts, l’accueil de l'oeuvre fut triomphal, et imposa Brahms comme symphoniste. À Vienne, le critique Hanslick (*) salua cette nouvelle symphonie comme «La Dixième de Beethoven» cité d'après Sylvain Fort (2a), une appréciation qui aurait toutefois déplut à Brahms, conscient des différences de style.

(*) D'autres sources attribuent ces mots à Hans von Bülow.

Johannes Brahms remania l'oeuvre une dernière fois, pour la publication: le 30 mai 1877, il envoie les modèles de gravure de la partition et des parties instrumentales à Fritz Simrock. En juin 1877, il écrit à Pörtschach (Wörthersee) un arrangement pour piano à quatre mains: la première symphonie paraît à la fin du mois d’octobre suivant, l’édition comprenant les parties instrumentales et l’arrangement pour piano.

Trois autres symphonies vont ensuite être composées, en 1877, en 1883 et en 1885.

Une courte description de la première symphonie, citée d'un texte de Sylvain Fort (2b):

"[...] l’introduction de 37 mesures, écrite en réalité une fois la symphonie achevée, semble narrer l’engendrement même de l’oeuvre: tension extrême, énergie jaillissante, et quelque chose cependant comme une immense tristesse. Le premier mouvement, Allegro, s’enracine profondément dans cette introduction [...]. La construction (de forme sonate, donc bi-thématique) en est d’une rigueur absolue. Ce sont cependant les timbres (bois, cuivres) qui attestent la capacité de Brahms symphoniste: le dosage des timbres instrumentaux suffit en plusieurs endroits à suggérer, alors que le thème n’est pas fondamentalement varié, la tension ou la détente; l’individualité vocale des instruments s’affirme avec une étonnante éloquence. C’est dans ce génie de l’orchestration plus que dans le talent mélodique que s’invente une narration d’une densité et d’une énergie stupéfiantes.[...]"

Le 2e mouvement "[...]accorde cette même primauté à la pâte sonore. La structure thématique en est, là encore, solide. Mais c’est la manière de sculpter le discours des cordes, de faire surgir la voix de la clarinette ou du hautbois, de faire émerger le chant singulier des violons[...]qui donnent à cette page ses couleurs chaudes, sa nostalgie ardente et néanmoins sereine. Indubitablement, ces deux premiers mouvements font masse. La matière est généreuse, la couleur est profuse.[...]"

Le 3e mouvement "[...]Un poco allegretto e grazioso, tout de grâce, où tout chantonne, où percent une sérénade, et parfois un badinage dans une légèreté de texture inattendue. Cette grâce-là n’a rien de latin; il y a là une gaieté bourrue. L’ampleur que prend, dans le passage central, et comme insensiblement, cette promenade champêtre, est d’une très surprenante puissance.[...]"

Le 4 mouvement est une "[...]démonstration de maîtrise [...] d’une inépuisable complexité et d’une profondeur neuve. L’alchimie des pizzicati enivrés et d’une masse orchestrale incandescente, cette rumeur de fond sur les cordes graves mêlée aux échappées lumineuses des vents, la solennité des cuivres, cette rencontre des timbres et des équilibres, l’usage aussi du silence et de résipiscences brutales font de ce quatrième mouvement un moment nouveau dans l’histoire de la symphonie en Europe. Brahms y incorpore une mélodie pour cor des Alpes qu’il avait transcrite en 1868. À la fin, le chaleureux thème des cordes, qui fait penser à l’Ode à la Joie de Beethoven, est moins une référence traditionaliste qu’un salut au maître, et peut-être une forme d’adieu. [...]" citations ci-dessus: texte de Sylvain Fort (2c)

(1) Robert Pascall, Nottingham, printemps 1997

(2) Sylvain Fort, programme de concert publié par l'Orchestre Philharmonique royal de Liège (n'est plus disponible en ligne sur leur site)

René Gagnaux
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René Gagnaux
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Festival de Montreux 1965, Eugen Jochum et Bernard Haitink, montage d'extraits de quotidiens et d'un extrait de cette photo du Nationaal Archief Nederlands

Le 12 septembre 1965, Bernard HAITINK dirigeait l'Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam lors du concert de clôture des festivités symphoniques du 20e Septembre Musical de Montreux, retransmis en direct sur le second programme de la Radio Suisse Romande.

Au programme:

➤ Anthon van der Horst, Réflexions sonores

➤ Johann Sebastian Bach, Cantate No 51 pour soprano et orchestre

«Jauchzet Gott in allen Landen», avec Maria Stader

➤ Johannes Brahms, Symphonie No 1 en ut mineur, op. 68

René Gagnaux
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28 octobre 1966, Bernard HAITINK dirige le Amsterdamse Concertgebouw, Grand Gala du Disque 1966, Amsterdamse Concertgebouw, Collection / Archive Fotocollectie Anefo, Photographer Fotograaf Onbekend / Anefo, Copyright Holder Nationaal Archief, CC0, Catalog reference number 2.24.01.05, Inventory File Number 919-7329

Le commentaire de Jean DERBÈS publié dans la Tribune de Genève du 14 septembre 1965 en page 10:

"[...] Au Festival de Montreux - L'Orchestre du Concertgebouw Amsterdam (De notre envoyé spécial)

II faut bien le dire, ce concert a bien mal commencé. Je ne parle pas ici de la qualité de l'orchestre ou de la valeur du chef - Bernard Haitink étant un musicien de réelle valeur - mais bien de la première oeuvre inscrite au programme.

Il est assez rare d'entendre de la musique contemporaine au Septembre musical de Montreux, au moins il faudrait qu'elle soit bonne quand le cas se présente. Or les «Réflexions sonores» d'Anthon van der Horst représentent une telle confusion du point de vue stylistique que nous hésitons sincèrement à parler d'une manifestation de l'art musical de notre temps.

De préférence nous décrirons un mélange pour le moins curieux d'éléments contradictoires qui finissent par aboutir à une esthétique du néant, Quelques phrases à la Brahms, des rythmes néoclassiques, quelques effets à la Strawinsky, le tout arrosé par des formules pointillistes qui arrivent comme des cheveux dans la soupe, je parle de préférence d'une soupe sans sel et bien refroidie!

Une fois de plus nous vérifions que l'attitude du compromis est des plus néfaste en matière musicale. Certes, cela flatte une certaine indolence chez le public, indolence artificielle d'ailleurs, si nous pensons aux premières du «Sacre», de «Pelléas» ou du «Marteau sans maître» de Pierre Boulez ...

En fait quand une salle prend contact avec une force vitale, elle réagira toujours, cela dans n'importe quel sens. Réagir au lieu de s'endormir, voila une source de méditation fructueuse si l'on songe à certaines productions contemporaines...

Maria Stader était la soliste de la cantate «Jauchzet Gott in allen Landen» de Jean-Sébastien Bach. Musicienne raffinée, Maria Stader exposa une ligne expressive constante et homogène et c'est la raison pour laquelle je n'insiste pas sur certaines petites imperfections techniques, plus spécialement au sujet de la justesse.

Cette soirée s'achevait avec une très belle interprétation de la première Symphonie de Brahms. Bernard Haitink est un chef qui a le sens de l'équilibre orchestral, de plus il est romantique de nature. Et comme le choix des «tempi» était juste!

Quant à l'orchestre du Concertgebouw Amsterdam, il brilla de mille feux, je le répète cette symphonie de Brahms fut une réussite de rare envergure. Jean Derbès[...]"

Le chroniqueur de la Gazette de Lausanne du 14 septembre 1965 en page 6 - signant «J.P.», soit probalement Jean-Claude Poulin - s'étendait un peu plus sur l'inter­pré­tation de la symphonie de Brahms:

"[...] Bernard Haitink a donné [...] une émouvante traduction de la Première Symphonie de Brahms. Interprétation à la fois très intérieure et très dominée, dépourvue peut-être de ce panache héroïque qui colore certaines pages de la partition, mais tout empreinte de tendresse expressive et aussi de grandeur contenue. Brahms a d'ailleurs plusieurs visages et celui de Bernard Haitink révêle une vérité, une sincérité et un naturel qui me touchent vivement. L'Orchestre du Concertgebouw fut en tous points remarquable d'équilibre et de vivante sensibilité. J.P.[...]"

René Gagnaux
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28 octobre 1966, Bernard HAITINK dirige le Amsterdamse Concertgebouw, Grand Gala du Disque 1966, Amsterdamse Concertgebouw, Collection / Archive Fotocollectie Anefo, Photographer Fotograaf Onbekend / Anefo, Copyright Holder Nationaal Archief, CC0, Catalog reference number 2.24.01.05, Inventory File Number 919-7330

Encore plus élogieux le commentaire du chroniqueur signant «H.L.» dans la Nouvelle Revue de Lausanne du 14 septembre 1965, en page 7:

"[...] Vint enfin le grand moment avec la Première de Brahms. Interprétée comme elle ne le fut jamais. Car cette musique des landes nordiques c'est pour les Hollandais proprement la leur. Les voilà réalisées incomparablement, ces atmosphères de sombre pathétique, ces larges coulées mélodiques lourdes de passion mélancolique, ces houles puissantes s'enchevêtrant, s'entrechoquant; les magnifiques éclaircies de l'Andante sostenuto, de l'Un poco allegretto e grazioso, leurs larges et tendres effusions, leurs idylles pastorales. Et voici venir surtout le couronnement de la symphonie, l'extraordinaire scène dans les Alpes de l'Oberland, nuées tragiques, roulements de tonnerre, et la subite irruption du cor des Alpes, le frémissement, l'immense écho, les chants de délivrance qui l'accueillent, et semblent se perdre très haut au seuil de l'éternité.

C'est avec cet admirable chef-d'oeuvre de Brahms — qui n' a pas son équivalent dans toute la musique du XXe siècle — que prirent fin les festivités symphoniques du Septembre musical de Montreux 1965. H.L.[...]"

René Gagnaux
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Bernard HAITINK, deux portraits faits par Anthony Altaffer, Zürich, publiés entre autres dans les revues L'Illustré du 9 septembre 1965, No 37, page 87 et Radio TV Je vois tout du 19 août 1965, No 33, page 31

L'enregistrement que vous écoutez...

Johannes Brahms, Symphonie no 1 en ut mineur, op. 68, Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam, Bernard Haitink, 12 septembre 1965, Salle du Pavillon, Montreux, Septembre Musical

  • 1. Un poco sostenuto – Allegro 13:20 (-> 13:20)
  • 2. Andante sostenuto 08:26 (-> 21:46)
  • 3. Un poco allegretto e grazioso 04:41 (-> 26:27)
  • 4. Adagio – Piu andante – Allegro non troppo, ma con brio – Piu Allegro 16:34 (-> 43:01)

Provenance: Radiodiffusion, Radio Suisse Romande

René Gagnaux
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René Gagnaux
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8 septembre 2019
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