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5. Les trois soleils de Lavaux

Catherine Reymond

Troisième soleil : le mariage de la Fée et du Soleil

Comme prévu, les vingt-cinq années suivantes s’écoulent à la vitesse d’un battement de paupière. Les hommes et les femmes ont eu de nombreux enfants qui grandissent au rythme des travaux de la vigne. Le vignoble s’étend à perte de vue et donne un vin si délicieux que les gens viennent de loin pour y goûter.

La Fée réunit les hommes et les femmes tout en haut de la montagne, à l’endroit exact où ses larmes de désespoir avaient donné naissance au premier ruisseau d’argent.

« Mes amis, depuis la venue de Gargantua qui avait tout détruit sur son passage, nous avons fait ensemble un long chemin et vous êtes devenus des hommes et des femmes durs à la tâche, pleins de ressources et de bon sens. Vos vies sont courtes, aucun d’entre vous ne se souvient de mon premier jardin et des méfaits du géant.

J’étais à vos côtés pendant que vous mouriez de faim et de soif, que l’eau du lac était fétide, qu’après avoir bâti des abris de fortune vous plantiez vos premières vignes, que vous récoltiez les premiers ceps de vigne, que l’odeur de la fermentation du raisin se répandait dans vos maisons et vos villages nouvellement accrochés aux flancs des montagnes.

Mais ce n’est pas moi qui ai fait de vous des vignerons. C’est votre ténacité, la force de vos bras, votre infini travail de chaque jour sous les rayons brûlants du soleil, sous la pluie, sous la neige et la grêle. C’est votre bonté rude qui vous a permis d’inventer ce Lavaux que j’aime tant et dont la beauté à couper le souffle a réussi à me faire oublier mon premier jardin. »

Les hommes et les femmes se souviennent pourtant des histoires que les anciens leur ont racontées.

« Fée, reine des sources, c’est toi qui nous as donné la force de faire sortir de terre ce domaine entre ciel et eau. Ne nous abandonne pas ! Ce domaine est si grand que nos bras seuls n’y suffiront pas ! »

Pendant ce temps le Soleil s’est approché et il salue la Fée.

« Fée, vingt-cinq ans ont passé. Je suis venu te chercher et je veux que ce jour d’épousailles soit un jour inoubliable. Viens avec moi, le temps est venu. »

La Fée se retourne encore une fois vers les hommes et les femmes et leur dit :

« Voici venu pour moi le temps d’épouser le Soleil, sans lequel vos vignes n’existeraient pas. Il nous a aidés quand la montagne n’était que boue, et ensuite c’est vous, hommes et femmes, qui avez su capter sa lumière grâce aux innombrables murs de pierre qui reflètent ses rayons et caressent vos vignes.

Soleil, je suis prête à te suivre mais je ne suis pas sûre de survivre éloignée de mes vignes. »

Alors les hommes et les femmes :

« Soleil, merci de tout ce que tu as fait pour nous. Si la Fée t’a fait une promesse, elle doit la tenir et elle doit te rejoindre. Mais voici notre prière : laisse-la revenir tous les vingt-cinq ans, pour qu’elle puisse se reposer dans son jardin et constater notre travail. Laisse-la revenir pour qu’elle ne dépérisse pas auprès de ta grande chaleur, qu’elle puisse venir se rafraîchir dans notre lac et sous nos tonnelles. Nous lui ferons fête, chaque vingt-cinq ans, pour lui prouver notre reconnaissance. Nous partagerons notre vin avec elle et tu te joindras à la Fête ! »

Le Soleil considère tous ces gens brunis par ses rayons, secs comme les ceps de vigne l’hiver, tant ils ont travaillé courbés dans leurs vignes. Il voit que la Fée est subitement devenue triste. Elle est immobile et sa lumière clignote faiblement comme si elle allait s’éteindre.

« Fée, il est temps de tenir ta promesse. Tu as su imaginer un jardin unique au monde.

Il est bon de voir que ces vignerons te sont reconnaissants. Il est vrai que vingt-cinq ans, dans la vie d’un Soleil et d’une Fée, c’est un battement d’aile de papillon. Je te laisserai donc revenir tous les vingt-cinq ans pour que les vignerons te fassent honneur. »

La Fée, debout sur un des plus hauts murs de vigne, releva la tête, et, brillant tout à coup de mille lumières, saluant les vignerons, prit son envol pour se diriger vers l’astre. En déployant ses ailes elle répandit une infinie quantité de poudre de fée qui alla se déposer sur les vignes et à la surface du lac.

Le Soleil, qui la regardait venir à lui, lui dit :

« Voici mon dernier cadeau à tes vignerons et à ce terroir que tu aimes tant. Lance dans les eaux l’anneau d’or que je t’ai donné ! »

La Fée retira de son doigt l’anneau qui disparut dans le lac. Au moment où il toucha la surface des eaux, il se produisit comme un incendie qui embrasa toute la surface du lac. Les vignerons en furent éblouis, presque aveuglés.

C’est depuis ce jour des noces du Soleil et de la Fée que le lac, vers le soir, se couvre de mille scintillements éblouissants. C’est le Troisième soleil qui, lorsque la journée touche à sa fin, porte à maturité les grappes dorées et illumine Lavaux.

C’est depuis ce jour que les Vignerons, chaque vingt-cinq ans, célèbrent le retour de la Fée sur leurs terres par une Fête grandiose et inoubliable qui s’appelle la Fête des Vignerons.

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Catherine Reymond
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12 juin 2019
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