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Marché des bestiaux à Croy

Marché des bestiaux à Croy

Voici l'article que j'ai proposé à l'Omnibus, le journal régional d'Orbe, en ce mois de mars 2021.

Lundi matin, 8h15. Devant le Centre Collecteur de Croy, des camions s’alignent déjà. De toute évidence, il s’agit de transport de bétail. Cela se confirme quand des meuglements sortent des remorques par des ouvertures sous le toit. D’ailleurs, des têtes cornues apparaissent, regardant au dehors de leurs gros yeux globuleux. Les enclos de fer ajoutent au décor métallique de l’ensemble, là où attendent des veaux aux divers tons entre le noir, l’ocre et le brun, tachetés ou non. Il règne pourtant dans le marché une sorte de bonhomie, de tranquillité bon enfant. Les paysans, pour la plupart, attendent, en grappes, le début des enchères.

C’est donc dans ce décor que commence le marché aux bestiaux, tous les deux lundis. Yves Pittet d’Echallens, gérant de la SVGB (société Vaud-Genève des producteurs de bétail de boucherie) est au coeur de la manifestation. C’est lui qui dirige les enchères et qui attribue veaux et vaches aux acheteurs. Elles sont envoyées à la boucherie ou repartent, pour les plus jeunes, à l’engraissement. Mais avant la mise, elles sont pesées et taxées. Une fois la bête attribuée, elle est marquée et elle part pour le camion où elle monte plus ou moins docilement ; on ne dénote pas de stress apparent pour le bétail, si ce n’est dans ce moment-là. La peur s’exprime alors parfois par le refus d’y monter, les bêtes les plus stressées devant être poussées à l’intérieur par un ou plusieurs hommes. Il est à noter que certains vendeurs ne viennent pas au marché et se mettent alors directement en contact avec les marchands ou les abattoirs.

Yves Pittet compte, en général, sur le passage d’une bête par minute. Ce lundi 1er mars, il en a 150 à faire passer. D’habitude, les enchères se passent bien, mais la tension est sensible tout de même. Les mises sont très rapides et il faut être à son affaire. Les seuls cris qu’on peut entendre viennent d’ailleurs des marchands agglutinés autour d’Yves Pittet qui désigne du doigt celui qui l’emporte. Ce dernier doit donc user de psychologie ; au niveau des enchères, certains facteurs peuvent en effet influencer leur bonne tenue ou créer des tensions quand, par exemple, plusieurs amateurs sont vivement intéressés par la même bête. D’autres fois, il y a peu de bétail sur le marché ; le climat est alors tendu et l’ambiance s’en ressent. Parfois encore, il y a des bêtes qui ne partent pas ; elles restent sur le carreau avec les déceptions qu’on peut deviner. La taxation est aussi, à l’occasion, estimée un peu haut et les acheteurs se font frileux.

Juste à côté, le bistrot est bien sûr fermé, et malgré le soleil de mars, l’ambiance est maussade. Covid oblige, masque obligatoire pour tout le monde. L’époque où tout cela finissait autour d’une bouteille de blanc est finie . Ce jour-là, il règne même une atmosphère très feutrée pour un rendez-vous rassembleur habituellement très animé.

C’est Christian Grandjean, président du Centre Collecteur de Croy, qui nous informe des origines de la manifestation. C’est dans les années 1960 que Croy a été choisi pour abriter l’événement en vertu de deux avantages : la présence d’un poids public et le voisinage de la gare, car à l’époque, il n’y avait pas encore de transports par camion. Ces deux éléments ont contribué, avec le passage d’environ 3000 têtes de bétail par année, à en faire le rendez-vous majeur parmi les six autres lieux que sont Moudon, Signy, Provence, le Sépey et Château-d’Oex. Pour la petite histoire, les bêtes étaient amenées à pied ; c’était d’ailleurs un métier que de les acheminer, parfois depuis les bords du Léman. Elles repartaient pourtant de Croy en train pour leur dernier voyage vers les abattoirs.

Pour information, c’est le centre collecteur, coopérative indépendante agricole qui a mis ses infrastructures à disposition pour le monde rural. Le centre a dû choisir entre l’installation d’un hypromat et le marché des bestiaux, choix qu’il a fait pour le confort du monde paysan.

Serge Goy

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