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Noëls d'antan

25 décembre 1947
Genève
Claire Bärtschi-Flohr

Oui, j’ai une grande nostalgie des Noëls de mon enfance… Ce temps d’antan, dont je vous parle, se situe au long des années quarante du vingtième siècle.

Mes parents faisaient partie de la communauté protestante de Genève, ils ont été imprégnés de protestantisme calviniste dès leur plus jeune âge, participant avec leurs parents aux activités de leurs paroisses. Aucune remise en question donc. Leur adolescence fut consacrée aux activités des UCJG (Union chrétienne de jeunes gens) qui les mettaient en relation avec des jeunes de leur âge et leur proposaient toutes sortes de rencontres. La belle saison voyait leurs excursions dans les environs de Genève, grimpées sur le Vuache ou sur le Jura, parfois même du côté de la Savoie. Mais, comme ils se déplaçaient à pied, le Jura était plus accessible de Vernier et de Cointrin.

Notre enfance, à nous leurs enfants, fut, elle aussi, tout imprégnée de calvinisme. Nos parents nous emmenaient chaque dimanche au culte. Nous assistions régulièrement à l’école du dimanche. L’éducation religieuse fut un passage obligé. Mais surtout ils nous inculquaient, sans même s’en rendre compte, leurs valeurs. Lors de vacances en France, nous visitions les hauts-lieux huguenots, apprenant ainsi l’histoire des guerres de religion et de la célèbre Révocation de l’Edit de Nantes qui avait obligé certains de nos ancêtres à gagner la Suisse romande pour y trouver la sécurité.

La veillée de Noël, le 24 décembre, se passait à la maison, près du sapin décoré et scintillant de bougies. Des vraies bougies, du haut en bas du sapin, si bien qu’une fois, ma petite sœur s’étant trop approchée du bel arbre, son tablier a pris feu. Mon père, dont les réflexes étaient vifs, s’est jeté sur elle et a réussi à étouffer les flammes. Nous avons à peine eu le temps d’avoir peur.

Mais le plus souvent, la soirée n’était pas si dramatique, au contraire, elle était joyeuse. Elle était consacrée à l’écoute des poésies et autres chants appris à l’école pour la circonstance. Puis les morceaux de piano firent leur apparition quand ma petite sœur se mit à l’apprendre. On grignotait des noix, des mandarines, des dattes...

Au coucher, quelle excitation ! Car nous étions persuadés que le père Noël passerait dans la nuit. On y croyait dur comme fer !

Et au matin, au pied du sapin familial, on déballait les cadeaux.

Nous en recevions un ou deux. Ce n’était pas encore la débauche de jouets que nous avons connue plus tard, avec le développement de la société de consommation, débauche à laquelle, je l’avoue, j’ai participé pour mes enfants et petits-enfants.

A midi, le 25, le repas de Noël nous réunissait dans la salle à manger. Nous mangions souvent de délicieux poulets rôtis préparés par ma mère, avec des pommes de terre et une salade ou un légume. Le dessert était acheté à la boulangerie du Grand-Pré. Ils y vendaient des meringues succulentes. La bouteille de rouge était sur la table. Mais elle ne nous était pas destinée !

Le poulet est maintenant considéré comme un mets de peu de prix. La faute aux élevages industriels qui ont commercialisé le poulet sur une grand échelle (tant pis pour ces pauvres poules…). A l’époque, les œufs, les poulets étaient chers et recherchés car encore produits de manière locale et artisanale.

Le culte de Noël avait lieu en fin d’après-midi le 25 décembre dans la petite chapelle de la Servette, détruite depuis. Nous nous y rendions avec nos parents. Notre grand-maman maternelle se joignait à nous. La nuit tombait très vite, l’obscurité ajoutait au mystère.

Nous entrions sans bruit... L’église était décorée d’un grand sapin illuminé et le pasteur racontait «La Belle Histoire», comme dit Henri Dès. Et cette histoire était magnifique (elle l’est toujours) et nous émouvait beaucoup. Nous chantions aussi, nous éprouvions une grande joie à chanter et à sentir toutes ces vibrations heureuses et émues autour de nous.

L’éclairage doux des bougies créait une chaude atmosphère et la pénombre environnante paraissait bien mystérieuse. C’était un moment privilégié.

Une fois sortis du culte, nous montions à pied chez notre grand-maman paternelle, à Cointrin, pour y fêter Noël avec elle. Nos grands-mères nous offraient UN cadeau, le plus souvent un livre. Denrée encore chère à l’époque. Ce n’était que le début du développement considérable de la littérature pour la jeunesse. Mais les friandises étaient à portée de main.

Ainsi se terminaient ces deux journées hors du commun.

Devenus adultes, il nous est bien difficile d’éprouver la magie de Noël. Quand nous étions enfants, elle était en nous, parce que nous y croyions, parce que nous adhérions totalement à la célébration. C’étaient nous, avec nos sentiments, nos sensations, nos désirs, nos espoirs qui rendait la fête si précieuse, si attachante. Si bien que le charme opère toujours, génération après génération, heureusement… Chaque enfant recrée son propre univers de Noël...

Je suis maintenant une athée convaincue. Mais je ne renonce pas au charme de «la belle histoire», qui exprime des valeurs universelles d’humanité. Il faut continuer à défendre la simplicité, la solidarité et le partage entre les hommes.

Chaque année, je descends du grenier ma crèche de santons…

Je me souviens d’une veillée de Noël organisée pour mes petits enfants. Nous sommes partis dans une forêt proche de notre petite ville. Nous avons emmené des torches, des bougies. La neige recouvrait le sol, les sapins et les arbustes. Nous nous sommes réunis dans une petite clairière, nous avons accroché les bougies aux branches, nous les avons allumées. Les torches éclairaient faiblement la scène. Nos quatre petits enfants ont alors chanté et récité leurs chansons et leurs poésies. Dans leurs yeux émerveillés dansait la flamme des bougies. Et dans les nôtres la joie de les voir heureux.

Pour nos ancêtres les Celtes, la forêt n’était elle pas Le Temple ?

Photo : 24 décembre 2010_Elise chante

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Claire Bärtschi-Flohr
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18 décembre 2020
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