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Denise BIDAL, courte biographie

cités dans le texte
René Gagnaux

Denise BIDAL, 4 septembre 1912, Nyon - 16 juillet 1989, Lonay

Denise Bidal est née à Nyon, son père était ingénieur et entrepreneur: il tenait un train d'entreprise de son propre père. Son milieu d'enfance fut le lieu de travail des ouvriers de son père, avec une forge, des tas de graviers et des dépôts. Enfants, son frère et elle vivaient très librement puisque leurs parents les laissaient libres et ne les empêchaient pas de faire certaines bêtises car eux-mêmes avaient été brimés pendant leur enfance. Son père avait en effet subi une éducation catholique et sa mère était orpheline: ils ont donc voulu que leurs enfants s'épanouissent librement. (Complément d'informations pour cet audio ***(***https://www.notrehistoire.ch/medias/115522))

Vint ensuite la guerre de 1914-1918, qui a affecté toute la famille, puisque son père était Français. Il a été mobilisé et déplacé pour mettre à profit sa formation d'ingénieur. La famille l'a suivi dans ses divers déplacements mais l'a finalement très peu vu au cours de cette période.

C'est pendant la guerre que Denise Bidal a fait la connaissance du piano, lors des pérégrinations familiales. Au printemps 1918, l'avancée des Allemands sur Paris était telle que la famille Bidal déménage à Tours, où la tante de Denise Bidal est responsable d'une institution de jeunes gens. Elle a un piano et Denise Bidal en est fascinée: elle passe des heures à pianoter dessus même quand sa tante condamne l'accès au salon. Un peu plus tard, sa mère lui fit donner des cours de piano - elle avait huit ans.

Denise Bidal a rencontré Alfred Cortot très jeune: elle l'a vu la première fois à un concert à Genève où sa mère l'avait emmenée - elle avait alors 13 ans. Elle fut emballée par son art et décida, encore adolescente, de devenir son élève, alors qu'elle vivait à Nyon! À 18 ans, elle part étudier à Paris, à l'Ecole normale de musique que Cortot dirigeait. Elle a aussi été élève de Nadia Boulanger, mais a suivi l'enseignement en musique de chambre de Diran Alexanian, un disciple de Pablo Casals.

Elle était très impressionnée par son visage sévère, son air austère, sa froideur polie et déférente. Il lui a pourtant dit un mot gentil car elle était originaire de Nyon tout comme lui. Par la suite, il s'est beaucoup occupé d'elle et lui a témoigné beaucoup d'affection. Ils se sont retrouvés ensuite en 1948, quand il s'est installé à Lausanne. Ils se sont alors beaucoup vus car il était sa référence dans le jeu et l'interprétation de la musique. Elle fut très affectée par son décès en 1962, se senti perdue sans lui, car Alfred Cortot s'était beaucoup intéressé à sa carrière et à ses élèves.

De retour en Suisse après avoir réussi brillamment ses examens à Paris, elle est allée à Lausanne car sa mère y habitait. Cependant elle a tout de suite commencé à donner des leçons de piano à Nyon. Elle donna également un concert à Lausanne en compagnie du violoncelliste Henri Honegger et du clarinettiste Léon Hoogstoel, concert organisé par la Maison Foetisch à la Maison du peuple. Ce premier concert a eu tellement de succès que Denise Bidal a vite croulé sous les demandes de cours de piano. Tout allait donc pour le mieux, ce qu'elle trouvait finalement assez naturel à l'époque et miraculeux maintenant.

En 1944, elle fut nommée professeur au Conservatoire de Lausanne. Entre-temps, en 1936, on lui avait demandé de jouer dans des concerts de musique contemporaine, organisés par madame Rider au pensionnat Huby, avec notamment Elie Gagnebin. Parmi son cercle de relations, notamment les peintres qui venaient l'entendre jouer, il y avait Jean Viollier dont elle a un tableau. À des vernissages, elle a également connu Auberjonois qui l'a invitée quelques fois chez lui, notamment avec Alfred Cortot. Elle a connu les Poncet dont Marcel n'est pas encore reconnu comme il le devrait, c'est-à-dire tant comme mosaïste que comme peintre. Denise Bidal a connu aussi Paul Robert, par un ami de Nyon, Georges Nicole, le poète. Le peintre Paul Robert lui a proposé une fois de venir en vacances au Brusque dans le Midi pour lui montrer les paysages admirés par Georges Nicole. Elle a par la suite souvent fait du camping avec lui, une fois qu'elle a eu passé son permis de conduire en 1969, à l'âge de 57 ans.

Dans le film Plans-Fixes (voir plus bas) Denise Bidal parle "[...] de ses amis les Martin, notamment Germaine, la photographe et des "Concerts de l'atelier". Elle explique qu'ils ont été créés avec quelques amis: Anne-Marie Grunder la violoniste, Jean Perrin le compositeur, Christiane Mercier et le docteur Lob. Auparavant, elle avait joué à l'atelier de Bruxelles, organisé par un peintre qui voulait faire des échanges avec Lausanne. Elle était bien d'accord puisque Lausanne n'était pas un centre de musique contemporaine à l'époque et qu'elle voulait la développer, à travers des compositeurs comme Messiaen, Peter Mieg, Frank Martin, Burkhard, Jean Balissat et Eric Gaudibert. Les échanges avec Bruxelles n'ont pas duré longtemps mais les concerts ont eu du succès. Et ils ont pensé les donner dans l'atelier de Germaine Martin, mais - à cause du succès du programme - il a fallu une salle plus grande: dans les salles du musée, puis au château, dans la salle du Grand Conseil.

Elle parle ensuite de son expérience au Conservatoire de Lausanne et explique ses illusions et ses relations un peu houleuses avec certains collègues. Elle a eu beaucoup de plaisir à faire travailler ses élèves car elle en a eu tout de suite des intéressants et prêts à travailler dans son sens, c'est-à-dire ce qu'elle avait hérité de l'enseignement d'Alfred Cortot et Nadia Boulanger à Paris: une connaissance approfondie des oeuvres, l'exigence dans le jeu du piano et une qualité pianistique. Ce genre de choses n'était pas du tout apprécié par ses collègues, ni par les membres du jury qui recalaient souvent ses élèves, pourtant brillants. Denise Bidal précise que cette atmosphère du conservatoire a bien changé, grâce notamment au nouveau recteur, Jean-Jacques Rapin. [...]"

Parmi ses partenaires en concert...

Les Moyse en trio: Blanche Moyse, née Honegger, la soeur d'Henri son ami violoncelliste (Blanche était mariée au flûtiste Louis Moyse, fils du célèbre Marcel Moyse). Ils étaient établis aux Etats-Unis et ils lui ont demandé de venir y jouer. Avec les Moyse, elle donnera plus tard des cours d'été à Saint-Prex, dans le manoir du docteur Forel. Ce conservatoire d'été a eu lieu pendant 11 ans, de 1961 à 1972, dans une excellente ambiance. Les élèves venaient de partout, ils passaient trois à quatre semaines et demie ensemble, avant de jouer en concert.

En trio avec Rolf Looser et Hansheinz Schneeberger. Rolf Looser avait été invité à jouer au conservatoire d'été de Saint-Prex pour donner des cours de violoncelle, puis Schneeberger a remplacé Blanche Moyse qui avait des problèmes avec ses mains. Ils ont alors décidé de faire un trio, qui a duré 11 ans.

Parmi ses grandes amitiés...

Frank Martin, dont elle a joué les "Préludes" pour la première fois à la radio en 1950, après une présentation d'André Tanner. Et elle les a joués partout, notamment à une conférence de Martin.

Les écrivains Jacques Mercanton, Gustave Roud, Alice Rivaz, Jacques Chessex, des grandes personnalités dont elle estime qu'ils devraient être connus au-delà de chez eux.

Constantin Regamey, un grand partisan de la musique atonale. Il faisait partie d'un groupe qui donnait des concerts un temps avec Denise Bidal. Elle le décrit comme un homme de génie et d'une grande envergure d'esprit, qui a donné une nouvelle dimension musicale à Lausanne.

Dans le film Plans Fixes, "[...] Denise Bidal évoque la figure d'Ansermet dans l'interprétation du phénomène musical. Elle explique qu'il est un cas unique de musicien utilisant la philosophie comme base de la musique. Elle pense que tout ce qu'il a écrit est irréfutable, mais en réponse à ses théories, des oeuvres existent, qui prouvent que le système dodécaphonique, qu'il récusait, est valable. Elle cite à cet égard Boulez pour la France, Lutoslawski et Ligeti en Pologne. Elle conclut que l'important n'est pas le système mais le génie: on peut écrire dans n'importe quel style si on est un génie car l'oeuvre sera belle. Ce n'est pas le système, par exemple tonal, qui fait une oeuvre réussie, mais le génie de son auteur. [...]"

Son dernier domicile fut sa maison de Lonay, construite en commun avec son frère et sa soeur à l'époque où elle habitait Lausanne: sa famille et elle étaient très proches et elle venait à cette maison de Lonay dès qu'elle avait un instant de libre. Après le décès de son frère en 1961, elle repris la maison en 1963 pour y habiter avec sa mère. À sa retraite, retirée de l'enseignement au conservatoire, elle ne donne plus beaucoup de concerts, ne joue pratiquement plus qu'à Lonay. "[...] Elle parle des années actuelles comme des années de lenteur et de calme, ce qui est très enrichissant. Le fait d'avoir une vue plus globale et distanciée des choses, moins passionnée et profitable selon elle. Denise Bidal conclut en disant que les années apportent plus qu'elles ne retirent.[...]"

La Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne lui consacre une page , avec une courte biographies et une liste de références très intéressante.

À son décès de courts hommages lui furent rendus dans la presse, entre autres dans la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève:

"[...] Adieu à Denise Bidal

Denise Bidal n'est plus. Elle a quitté ce monde à l'aube d'un dimanche d'été, au coeur des montagnes où elle se sentait si bien. «C'est à La Fouly que je voudrais mourir» confiait-elle récemment à une amie. Son voeu a été exaucé. Mais pour tous ceux qui l'aimaient, - et ils sont innombrables, - la perte est irréparable. Comment se passer de cette présence lumineuse, de cette gaieté, de cette qualité dans l'amitié? Il n'y avait en elle pas une once de mesquinerie ou d'égoïsme. Elle était toute générosité, spontanéité, enthousiasme.

Intransigeante pour tout ce qui touchait à son art, - sa façon, parfois, de lever le menton en disait long! - elle se montrait tolérante pour les manifestations de la nature humaine. Et sa vive intelligence, autant que sa réceptivité, en faisaient une confidente idéale. Son goût et sa connaissance de la nature, qui s'alliaient si bien avec son amour pour les chiens, compagnons de tous les instants, lui ont procuré de grandes joies. Et sa force, de caractère lui a permis de surmonter de cruelles épreuves. Il y a quelques années, elle avait surpris beaucoup de gens en militant activement au Parti socialiste de Lonay dont elle rédigeait le bulletin. Là encore, c'était le coeur qui la guidait.

Aujourd'hui, la petite maison de Lonay qu'elle imprégnait de son rayonnement est vide. Denise y recevait en tout temps ses amis avec une merveilleuse simplicité. A côté de tant de moments il nous reste, pour perpétuer sa mémoire, le souvenir, ces dernières années, des concerts de Lonay où elle donnait le meilleur d'elle-même. Et aussi le «Plan Fixe» tourné en mai 1988, qui restitue l'image authentique d'un être exceptionnel que nous ne pourrons jamais oublier.

Colette Muret[...]" cité de la Gazette de Lausanne du 18 juillet 1989, page 16.

"[...] Élève de Cortot - Mort de la pianiste nyonnaise Denise Bidal

(ATS). - La pianiste vaudoise Denise Bidal est décédée dimanche à l'âge de 77 ans. Elève de Nadia Boulanger et d'Alfred Cortot, elle fit une carrière internationale de soliste, tout en enseignant au Conservatoire de Lausanne pendant plus de trente ans, jusqu'en 1977.

Personnalité rayonnante, Mme Bidal vivait à Lonay, près de Morges. Née à Nyon le 4 septembre 1912, Denise Bidal obtint la «licence de concert» de l'Ecole normale de musique de Paris. Son maître, Alfred Cortot, lui confiera par la suite la démonstration de ses «Principes rationnels de la technique pianistique».

Son nom reste aussi lié aux Concerts de l'Atelier, dont elle fut l'une des fondatrices en 1952. Ces concerts firent connaître des oeuvres contemporaines et révélèrent de jeunes musiciens dans la salle du Grand Conseil, à Lausanne. La pianiste avait également voué onze ans d'activité au trio qu'elle formait avec Hansheinz Schneeberger (violon) et Rolf Looser (violoncelle), à l'époque des concerts de musique de chambre au Manoir de Saint-Prex, chez le docteur Oscar Forel.

Denise Bidal a joué de nombreuses oeuvres en première audition, parmi lesquelles les Préludes de Frank Martin. Elle fut membre de maints jurys d'examen et de concours de piano, en Suisse, en France, en Italie et au Canada, la dernière fois tout récemment au Conservatoire de Lausanne. A Lonay, Mme Bidal siégeait au Conseil communal dans les rangs socialistes.

[...]" cité du Journal de Genève du 18 juillet 1989, page 21.

En 1988, un splendide, émouvant film «Plan Fixe» lui fut dédié, un entretien avec Bertil Galland:

"[...] Enfant, elle assiste à un concert à Genève; émerveillée et conquise, elle décide qu'elle sera pianiste. Mais cela ne va pas tout seul. En dépit d'une maîtresse de piano qui met en doute son sens musical, elle croit à sa vocation. Au cours des ans, cette petite fille obstinée démontrera à son entourage que ce n'était pas rêve d'enfant. Le film nous montre une artiste de grande modestie, d'une profonde humanité, amie des écrivains et des peintres. Ses propos, tout empreints de respect pour son art, expriment une joie fraîche et communicative. Elle parle aussi de ses préoccupations sociales et politiques, portant sur les problèmes actuels un regard humain, intelligent, ouvert.[...]" cité de cette page du site «Plan Fixe», qui permet aussi de visionner ce film séquence par séquence. Le film peut être bien entendu acheté sur DVD, en haute résolution.

Pour visionner ce film Plans-Fixes sur la plateforme Vimeo, cliquer sur le lien suivant:

PF1054 Denise Bidal - Pianiste

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