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Des sauterelles ? A Chessel ?

Des sauterelles ? A Chessel ?

1985
Philippe Chappuis

Passant par là, le photographe n'a pas résisté à la silhouette trappue et compacte, au clocher en pierre, caractéristique, de l'Eglise de Chessel. Eglise d'origine romane dont la nef remonte entre le VIII et le Xe s., choeur et clocher un peu plus tardifs et adjonction d'une chapelle au nord au XVIe s. Le style du clocher, pyramidal, à base hexagonale, se retrouve fréquemment dans la région, dans le Lavaux, à Villette par exemple, dans la vallée du Rhône et jusqu'à Aoste. Ainsi celui de Martigny-Bourg (Marianne Carron) ou celui d'Aigle ou de Corsier s/Vevey (Sylvie Bazanella).

Mais alors, ces sauterelles !! Le Dictionnaire historique d'E. Mottaz (1921) nous met sur la piste: "en 1857 et 1858, le territoire fut ravagé par des vols de sauterelles". Dans un texte vif et intéressant de 1931 sur les Criquets migrateurs du Valais, Philippe Farquet (1883-1945), oblat du Saint-Bernard, botaniste, historien, précise d'abord qu'il s'agit de criquets particuliers par leur taille, ravageurs légendaires des cultures et non de sauterelles. Puis il décrit dans le détail, l'invasion impressionnante de ces orthoptères dans le Bas-Valais, à Chessel en particulier, en plein milieu du XIXe s. J'en choisi quelques passages:

"Les criquets sont des habitant des alluvions du Rhône ainsi que des premières et arides pentes qui avoisinent le fleuve. Le Valais a connu le fléau des sauterelles dans les lointains âges et la dernière de leurs intempestives multiplications remonte au milieu du siècle passé. Les migrations ne sont pas venues du dehors ; elles se sont bel et bien formées chez nous et ont passé ensuite — en partie — dans les autres cantons !

et

"Moeurs et habitudes. C'est le matin, quand le soleil commence à se faire sentir que le Pachytilus (criquet) parait avoir le meilleur appétit ; il coupe alors les feuilles ou plus volontiers les tiges de graminées encore vertes et tendres, un peu au dessous de l'épi, puis se posant sur les pattes de la deuxième et troisième paire, il tient devant lui avec ses pattes antérieures la tige ou la feuille de son choix dont il mord le bout de manière à enlever à chaque coup de mandibule, un fragment assez volumineux, qu'il triture un instant avant de l'avaler. L'insecte boit aussi les gouttes de rosée ou de pluie qu'il trouve à sa portée. Quand il est repu, il se place au soleil, le flanc exposé perpendiculairement aux rayons, et tous les membres d'un même côté suffisamment abaissés pour ne pas projeter d'ombre sur le corps. Lorsque la température s'élève, tous les criquets de la colonie s'animent, vont, viennent et semblent tour à tour se chercher ou se fuir."

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"Dans les environs de Chessel et de Crebelley sur la rive droite, on signale encore les 2, 3 et 4 août 1858, pour le nombre effrayant de sauterelles qui vinrent prendre gîte dans les roseaux et les prairies entre le Rhône et le canal de la rive droite. Le jeudi 5 août et les jours suivants, pendant les heures chaudes de la journée, les sauterelles s'envolaient en masses aussi serrées que les flocons d'une neige épaisse et, volaient tantôt à 10-20 cm. au-dessus du sol, tantôt en rasant presque la terre ou au contraire s'élevant à une grande hauteur. Les vols suivaient en général les rives du fleuve, le remontant ou le descendant. Le même 5 août, un vol considérable s'abattit sur les rives du Léman à Lausanne, à Morges et dans d'autres lieux où ces insectes firent l'étonnement de la population..."

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"Pendant les derniers jours de juillet et les premiers d'août 1858, on avait signalé la présence d'innombrables sauterelles dévastant quelques localités du Bas-Valais. Afin de constater les faits par lui-même, l'entomologiste Jean Alexandre Marc Yersin (1825-1863) (il s'agit du père d'Alexandre Yersin bactériologiste morgien 1863-1943, décédé l'année de sa naissance) passa la journée du 10 août à parcourir les communes de Vionnaz (Valais) et Chessel (Vaud). Il y consulta le Curé et les employés supérieurs de la ligne du chemin de fer, ainsi qu'un grand nombre d'agriculteurs qui lui racontèrent ce qui s'était passé sous leurs yeux. C'est l'ensemble de ces renseignements, ainsi que ce qu'il observa lui-même qu'il transcrit."

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"la Suisse ne paraît pas avoir eu de migrations désastreuses de sauterelles depuis 1338, jusqu'au siècle passé (XIXe s.) et encore ces migrations n'ont-elles eu qu'une étendue assez restreinte. Ce sont en somme des phénomènes de multiplication purement locaux. De ce qui précède, on peut conclure que la multiplication extraordinaire suivie de migration du Pachytilus danicus (un criquet), était ordinairement consécutive des débordements du Rhône mal endigué, débordements qui avaient pour résultat un ensablement considérable de certaines parties de la plaine et par contrecoup créaient des stations éminemment favorables au développement du criquet."

Pour ceux qui auraient tenu le coup jusqu'ici, encore ce lien du Dictionnaire Historique de la Suisse sur les nuisibles (14.12.2011). On trouvera ici un tableau assez large des différents aspects de ce problème et des liens avec l'environnement anthropogène ou non, problème d'actualité évident. Il est évoqué également les heurs et malheurs du DDT découvert en 1939, par le suisse Paul Hermann Müller qui décrivit les propriétés insecticides du DDT (dichloro-diphényl-trichloréthane) ...

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  • Renata Roveretto

    Documents qui méritent beaucoup d'attention...!

  • Philippe Chappuis

    Oui, en effet ! Dans cette période où l'écologie occupe le devant de la scène, la réflexion sur un problème environnemental montre que c'est par la meilleure connaissance des problèmes que l'homme est parvenu trouver une solution et non par la peur, l'angoisse, la diabolisation, la haine ou la superstition...Notre "Jeanne d'Arc" du moment saura-t-elle galvaniser ses troupes vers la construction rationnelle et non passionnelle d'une solution ?

Philippe Chappuis
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21 janvier 2020
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