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La musique suisse selon Michel Steiner (1ère partie)

10 mars 2020
David Glaser, reporter FONSART

L'homme vous accueille dans son chalet en ce samedi de février, "une vieille grange aménagée" dit-il le sourire en coin. Les instruments suisses historiques sont répartis avec goût dans cette demeure perchée en haut du pays d'Ollon (il est localisé dans le hameau de Plambuit). Ce musicien est clarinettiste et incarne les musiques populaires suisses. C'est Michel Steiner, élevé en Haute-Engadine dans les années 40-50 avant de revenir dans son canton de Vaud natal, dans la région d'Ollon, au coeur des Alpes, la montagne a son importance. Michel a écrit "Musiques traditionnelles romandes du XVIIIe siècle à nos jours", un livre écrit avec humour et amour, et dans l'urgence alors que Michel l'épicurien cultivait sa vigne avec talent, pour en extraire une Petite-Arvine goûteuse et exigeante.

Première partie de notre série avec une anecdote qui n'en est pas une, l'interdiction de jouer de la musique, à cause du protestantisme... oui oui, la religion a posé problème aux amateurs de mélodies et on va vous expliquer pourquoi. Les montagnes étaient déjà des obstacles naturels, des paysages effrayants voire symboliquement diaboliques. On parlait, sur les cimes, des démons et des sorcières. Au XVIIIe siècle, des intellectuels curieux ont jeté plus qu'un regard attentif en direction des populations des Alpes et notamment leur musique.

Et ce qui est apparu est que la musique était liée aux activités qui rythmaient les saisons et la vie religieuse. Un inventaire des instruments de musique fut dressé. Au milieu du XIXe siècle, on vu l'apparition de l'harmonica (appelé "musique à bouche" pour les Romands et la "ruine babine" du Québec) et de l'accordéon ou encore de la clarinette chère à Michel Steiner. Au début du XXe siècle, les montagnes deviennent plus accessibles grâce aux réseaux d'accès ferroviaires et routiers, on va constater un lent déclin de la musique populaire des montagnes suisses au profit de nouvelles musiques. Les anciennes danses trouveront toujours un écho favorable chez les anciennes et les nouvelles générations d'amateurs en Suisse allemande.

En 2008, la Suisse ratifie la «Convention pour la protection des biens immatériels» proposée par l’UNESCO. Les recherches effectuées par des historiens passionnés de musique correspondent aux propositions de la Convention. En ce sens, le livre de référence, écrit à l’occasion du 40e anniversaire du fameux "Kiosque à Musiques" de la Radio Suisse Romande (en 2011 juste avant que la RSR ne devienne la RTS), permet à Michel Steiner de raconter toutes ses histoires sur ces sonorités venues des quatre coins de la Suisse et au-delà des lacs et des montagnes... Voici un premier témoignage de Michel Steiner sur les musiques interdites dans la Suisse protestante.

Dans son livre, Michel Steiner explique que du XVIe au XIXe siècle "braver les interdits était chose courante, surtout là où, derrière les hauts sommets, on s'estimait à l'abri du bras de la Réforme." Il y avait une volonté de contourner la loi qui interdisait la pratique des rythmes endiablés dans les montagnes et les campagnes. Et si quelqu'un se retrouvait pris la main sur la double-hanche de la vielle à roue, il était mis aux arrêts avec pain sec et eau comme tout moyen de se sustenter. Derrière cette pénitence, une rigidité bernoise et toute protestante. Des instruments comme le violon, la cornemuse le tapanon, la flûte ou le chalumeau étaient considérés comme maléfiques, contrairement aux fifres et tambours autorisés par la Réforme.

Les historiens ont constaté que les ménétriers en charge de l'animation des fêtes musicales étaient souvent des femmes et des enfants, on ne connaissait pas le répertoire des musiques jouées, les moyens de connaître les us et coutumes des musiciens de cette époque passe par la consultation des procès-verbaux des contraventions commises par de très jeunes gens essentiellement. Les contrevenants devaient demander pardon à Dieu et s'ils s'aventuraient à retenter le diable, la sanction irait jusqu'à la confiscation des instruments.

A suivre.

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  • Renata Roveretto

    Ceux qui interdisaient ces choses toutes simples, c'étaient plutôt eux les rabat-joies endiablés à mon avis si diable il devait y avoir. Bonne suite a cette histoire !