Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.
00:00:00
01:46:06

Hector BERLIOZ, La damnation de Faust, Régine CRESPIN, Nicolai GEDDA, Ernest BLANC, Louis MAURIN, choeur et Orchestre national de l'ORTF, Igor MARKEVITCH, 24 septembre 1959, Montreux

24 septembre 1959
Salle du Pavillon, Montreux
RSR resp. RTSR
René Gagnaux

Hector Berlioz compose sa Damnation de Faust, opus 24, sur le thème du premier Faust de Johann Wolfgang von Goethe - une libre adaptation, par Almire Gandonnière et Berlioz lui-même, de la pièce de Goethe telle qu'elle avait été traduite par Gérard de Nerval en 1828. L'oeuvre est sous-titrée «Légende dramatique en quatre parties», elle fut donnée en première audition à Paris, à l'Opéra-Comique, le 6 décembre 1846.

Si l'oeuvre est assez peu souvent donnée en entier, plusieurs fragments en sont souvent joués indépendamment en concert, tels que la Marche hongroise, le Ballet des sylphes, le Menuet des follets, la Chanson de la puce, la Ballade du Roi de Thulé, la romance D'amour l'ardente flamme, l'Invocation à la nature, pour ne citer que les plus connus.

Lors du Septembre Musical de Montreux, la Damnation de Faust était au programme du dernier concert de l'édition 1959 de ce festival, sous la direction d'Igor MARKEVITCH. Pour présenter l'oeuvre et son interprétation, quelques échos de la presse de l'époque:

a) Gazette de Lausanne, 29 septembre 1959, page 5, chronique de "J.P."

Brillant point final au Septembre musical de Montreux - La Damnation de Faust

"[...]Le douzième concert du septembre musical de Montreux a présenté aux auditeurs l'une des oeuvres les plus curieuses de la musique, la Damnation de Faust, de Berlioz. Cette oeuvre fut interprétée par l'Orchestre National de Paris, conduit par Igor Markevitch, avec le concours du choeur de la Radiodiffusion-télévision française.

L'histoire de la Damnation de Faust est, elle aussi, étrange et pathétique. Cette légende dramatique échoua à Paris, lorsque Berlioz la donna en création en 1846. Elle réussit à l'étranger et demeure l'expression émouvante de la destinée du seul grand romantique français incompris jusqu'à la mort, dans son pays natal.

Les ans ont passé et le génie de Berlioz a été reconnu, même en France. Cependant ce génie révèle d'étonnantes contradictions, dont la Damnation de Faust est un éclatant symbole.

Il y a dans cette partition immense d'insurpassables beautés et d'étranges faiblesses. Berlioz a un sens étonnant du burlesque et du fantastique. II réussit l'une des plus parfaites compositions du diable qui aient jamais été créées en musique. Un instinct profond de l'absurde lui dicte des pages incroyables, telles que la Chanson du Rat ou la Chanson de la Puce. Il dessine les lignes de la fugue parodique avec une mordante ironie. Ailleurs un cynisme assez particulier d'une truculence presque flamande, l'inspire à écrire de fortes pages, ardemment colorées.

Berlioz est réellement grand lorsqu'il dépeint le sentiment de la fatalité, de l'irréductible. Il y a dans la Damnation de Faust, un passage d'une extraordinaire beauté: Faust a vendu son âme au diable ; un choeur de femmes s'élève entonnant une sorte de choral sur le fond oscillant et mouvementé de l'orchestre. Les passages à l'expression frénétique sont eux aussi, saisissants. L'harmonie est audacieuse, originale, le rythme s'anime, l'ensemble a le ton de la vie et de la vérité.Les scènes d'amour, en revanche, sont assez faibles. Berlioz y est fade et conventionnel. L'harmonie se relâche et s'appauvrit: l'accent manque de sincérité, de profondeur, de cette trace d'inquiétude et de fièvre qui est si poignante dans certains lieder de Mahler ou certaines mélodies de Schumann.

Les grands choeurs sont d'une valeur inégale: certains sont remarquables; d'autres d'un caractère un peu simpliste. Les passages pour orchestre seul sont traités avec une grande maîtrise. L'éclatante Marche hongroise demeure un modèle du genre. Berlioz enfin possède un sens très fin du lyrisme à la fois sombre et concentré, comme l'atteste la méditation de Faust dans son cabinet de travail, ponctuée d'envoûtantes et surprenantes harmonies. Dans l'ensemble cette partition manque d'unité, mais révèle quelques-uns des plus beaux moments de la musique française.

Il fallait l'autorité d'Igor Markevitch pour ordonner en un tout les différents morceaux de la Damnation de Faust. Markevitch en composa l'architecture avec une intelligence aiguë et une sensibilité de visionnaire. Il fit surgir avec minutie les détails subtils et étincelants d'une orchestration puissante et originale. L'Orchestre National de Paris montra, une fois de plus, dans la Damnation, ses admirables qualités.

Le choeur de la Radiodiffusion-télévision française est un bel ensemble, aux voix pures et éclatantes. Les solistes furent remarquables: Ernest Blanc, baryton, fut un Méphisto extraordinaire, vigoureux, expressif et satanique. Régine Crespin, soprano (Marguerite) possède un fort beau timbre, ample et transparent. Nicolas Geldda, ténor fut un Faust à la voix parfaitement souple et aisée. Louis Maurin, basse, chanta avec une verve superbe les quelques interventions de son rôle, dont la chanson du Rat. Ce concert exceptionnel termina brillamment le septembre musical de Montreux. J.P. [...]" «J.P.» devrait être «Jacques Poulin».

b) Journal de Genève, 26 septembre 1959, page 17, chronique de Franz Walter: Au Festival International de Montreux - La Damnation de Faust

"[...] C'est sur une réalisation impressionnante, vraiment, de la Damnation de Faust de Berlioz qu'a pris fin avec le plus vif éclat ce 14e Festival du Septembre musical. Cette oeuvre monumentale de Berlioz, que l'on a portée à la scène, mais que Berlioz a intitulée «Légende dramatique» et conçue comme un oratorio de concert, semble appeler la réalisation visuelle dans certaines de ses scènes, mais offre pourtant un déroulement parfaitement clair à l'imagination de l'auditeur dans sa forme d'oratorio.

Il faut dire aussi que le concert de jeudi soir atteignit à un tel point de perfection matérielle que, malgré les réserves que l'on peut émettre sur la qualité et la persistance de l'inspiration de Berlioz, on eut l'impression de découvrir un chef-d'oeuvre et que bien vite tombèrent les préventions et les craintes que l'on avait de passer deux heures d'horloge avec l'auteur de la «Symphonie fantastique ».

Nombre de morceaux de la «Damnation» sont connus pour être devenus pièces de concert courantes, mais rares sont les occasions d'entendre l'oeuvre dans son ensemble. Si dans cette partition très brillante tout n'est pas du 18 carats et si le lyrisme berliozien ne vous saisit pas toujours très profondément, que d'étonnantes combinaisons sonores, quelle sûreté et souvent quelle délicatesse de main dans l'étagement des éléments sonores de l'orchestre, des choeurs et des solistes!

Igor Markevitch était au pupitre et avait sous sa direction l'Orchestre national de Paris et les choeurs de la Radiodiffusion-Télévision française. Les solistes étaient Régine Crespin (soprano), Nicolas Gedda (ténor), Ernest Blanc (baryton), et Louis Maurin (basse). Igor Markevitch conféra une précision et un relief extraordinaires à sa partition, obtenant grâce à un dynamisme personnel très suggestif, une gamme très claire d'attaques, de nuances, de progressions et d'accents, tout en gardant une certaine objectivité dont la musique de Berlioz m'a semblé bénéficier en noblesse. J'ai particulièrement admiré la vitalité et la fermeté du tempo qu'il réussit à imposer à ses exécutants. L'orchestre, pour sa part, se montra éblouissant et les choeurs se révélèrent comme un ensemble remarquable, bien étoffé et au rythme mordant. Les solistes furent admirables, Nicolas Gedda et Ernest Blanc en particulier, qui avaient la tâche principale, et la satisfaction fut grande, très grande même, de découvrir chez des chanteurs lyriques français une telle probité de style, une déclamation simple et claire, partant d'autant plus efficace, un phrasé simple et ferme, d'autant plus éloquent. Franz Walter [...]"

À souligner: ces documents sont accessibles grâce à l' admirable banque de données du quotidien Le Temps, en libre accès sur la toile, une générosité à souligner!

Pour le livret de l'oeuvre voir par exemple cette page du site hberlioz.com.

La première diffusion eut lieu le lundi 28 septembre 1959 sur France III (à l'époque la chaîne de la culture et de l'art en France) à partir de 20 heures (ref. Gazette de Lausanne, 28 septembre 1959, page 3).

L' enregistrement que vous écoutez...

Hector Berlioz, La damnation de Faust, Légende dramatique (Opéra de concert), H 111, Régine Crespin (Marguerite), Nicolai Gedda (Faust), Ernest Blanc (Méphisophélès), Louis Maurin (Brander) (*), choeurs de la Radiodiffusion-Télévision française, Orchestre national de l'ORTF, Igor Markevitch, 24 septembre 1959, Montreux

(*) (changement de programme, Louis Maurin remplaçant (Louis-)Jacques Rondeleux)

I. Plaines de Hongrie_________________14:30

II. Nord de l'Allemagne_______________36:44

III. Dans la chambre de Marguerite___30:10

IV. Course à l'abîme__________________24:41

Provenance: Radiodiffusion, Archives Radio Suisse Romande

Igor MARKEVITCH, octobre 1957, Paris, © Roger-Violet et Boris Liptnitzi, PARISENIMAGES, Numéro d'image: 73185-18, Numéro d'inventaire: LIP-2230-004, utilisation autorisée dans le cadre de l'illustration de sites internet à vocation non commerciale

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
Pas de commentaire pour l'instant!