Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.
Réflexions sur Louis Jaques (1854-1912), missionnaire au Transvaal

Réflexions sur Louis Jaques (1854-1912), missionnaire au Transvaal

1885
O. Welti rue St-François Lausanne
collection Chollet Moudon

Louis Jaques est né en 1854, il est originaire de l’Auberson. Il est le père de Suzanne Chappuis, ma grand-mère et le mari de Valentine Chollet. Partant d’archives de la famille Chollet assez lacunaires sur lui, j’ai tout de même tenté d’imaginer la place qu’il aurait pu occuper dans l’héritage familial de Suzanne. Pas de quoi construire une véritable biographie, mais il est certain que Louis Jaques fut missionnaire de l’Eglise libre, dans les années 1870-80.

Il a 20 ans en 1874, âge où il aurait pu envisager de devenir missionnaire et de rejoindre la mission vaudoise naissante.

Où en était alors le mouvement missionnaire en Suisse Romande ? Alors que les églises issues de la Réforme ne s’occupèrent guère de mission, c’est sous l’impulsion du Réveil (l'ensemble des efforts qui visèrent à rénover pour des motifs religieux le protestantisme), au début du XIXe s, que s’est développé le mouvement missionnaire protestant. Des sociétés missionnaires se constituèrent dans les cantons romands, mais, entreprises par des privés, elles furent sporadiques. De plus, le Conseil d'Etat vaudois se montrait hostile à toute activité évangélique au-delà des frontières du canton, postulant que les récoltes de fonds seraient plus utiles ici qu’ailleurs… Ainsi, en 1826, le gouvernement a interdit une collecte destinée à une oeuvre missionnaire.

Pour l'Eglise évangélique libre vaudoise, issue de la fracture religieuse et fondée en 1847, il devient urgent de réagir: l'évangélisation doit être l'affaire des Eglises et non de l’Etat. L'Eglise libre prit alors en charge la mission au travers d'une Commission d’évangélisation. Elle pouvait prendre la forme d'une mission intérieure, notamment dans le milieu ouvrier, par des évangélistes, comme le fut Eugène Samuel Chappuis

ou d'une mission extérieure visant des peuples lointains, non chrétiens, africains en particulier. La Commission va s’occuper désormais plus activement de l'oeuvre missionnaire en sollicitant des dons, en entretenant des relations avec les Sociétés des missions, par exemple celle de Paris, en correspondant avec les missionnaires de l'Eglise libre vaudoise et en soutenant les jeunes qui, comme Louis Jaques, souhaitaient embrasser la carrière de missionnaire.

La Mission de Paris accueillit ainsi en 1872 des jeunes missionnaires vaudois au Lesotho. En 1874, la Mission vaudoise se détacha entièrement de la Mission de Paris et en avril 1874, le synode de l'Eglise vote l'acte constitutif de la mission vaudoise en Afrique du Sud.

Ernest Creux et Paul Berthoud, initiateurs de la première Mission vaudoise, sur le frontispice du livre «Les nègres Gouamba ou les vingt premières années de la Mission romande» (1897).

cdn.unitycms.io/image/ocroped/...

C’est ainsi que le morgien Paul Berthoud (1847-1930), fils de pasteur, libriste (DHS) et Ernest Creux (1845-1929), tous deux issus de la faculté de théologie libre de Lausanne partent pour l’Afrique du Sud, avec leurs épouses, et s’installent, en 1874, au Nord-Est du pays, au Transvaal où ils créent une station missionnaire, qu'ils baptisent Valdézia.

cdn.unitycms.io/image/ocroped/...

cdn.unitycms.io/image/ocroped/...

De nombreux autres étudiants de la Faculté , souvent issus de communautés montagnardes ou rurales suivirent leur exemple dont Auguste Jaques, de Sainte-Croix dès 1882 et Numa Jaques -Bornand (1864-1949) et son épouse, de l’Auberson dès 1894 (in Jean Pierre Bastian, Fracture religieuse vaudoise 1847-1966).

A lire les récits de cette mission en Afrique du Sud, notamment celui de Gilles Simond dans 24Heures, Quatre jeunes vaudois fondent la Mission Romande, datant du 8 septembre 2019 (payant), on se rend clairement compte que l’engagement de ces hommes et femmes était extrêmement pénible tant physiquement que psychiquement, je dirais même héroïque, et ne pouvait être poursuivi qu’avec une force morale et physique hors du commun.

C’est sans doute cette force qui me semble ressortir des portraits de Louis Jaques, au terme de son expérience missionnaire. Il regarde au loin, semble absent. C’était le père de Suzanne.

Ce qui me paraît très particulier est de voir cet élan missionnaire du XIXe s. dont je peux comprendre les origines psychologiques, sociales et religieuses, être contigu, sans s’y opposer clairement, à d’autres mouvements dont celui de la poursuite de la colonisation « justifiée » par des droits que les européens s’octroient unilatéralement. Je lis en effet dans un texte, instructif, de Julien Glauser (anthropologue social et urbaniste, conservateur adjoint au Musée d’ethnographie de Neuchâtel) portant le titre de « Derrière les cases de la Mission » édité en marge de 3 expositions en 2019, à l’Espace Arlaud, au Musée cantonal d’Archéologie et d’Histoire de Lausanne et au Musée d’Ethnographie de Neuchâtel:

« Entre novembre 1884 et février 1885 se tient la conférence de Berlin, organisée par le Chancelier Otto von Bismarck afin de réglementer l’exploitation du continent africain par certains pays occidentaux. Elle induit une accélération de l’expansion coloniale armée à l’intérieur des terres à partir de quelques ancrages côtiers établis dès le XVI s.. En une quinzaine d’années, les états britannique, français, allemand, belge, portugais et italien s’approprient le continent » et plus loin parlant de Gustave Moynier

« Le Genevois Gustave Moynier, (1826-1910) , initiateur de la conférence internationale de 1863 à l’origine de la Croix-Rouge, dont il prend la présidence l’année suivante, participe au processus de légitimation du colonialisme en créant la revue L’Afrique explorée et civilisée en 1879. »

notrehistoire.imgix.net/photos...

C'est ce que développe dans son article du Temps Simon Petite en février 2021.

L’article du Dictionnaire Historique de la Suisse sur le colonialisme va dans le même sens en écrivant:

« Le colonialisme européen se distingue par son caractère mondial, sa durée et sa force d'influence. Il a posé comme modèle d'organisation politique l'Etat national tel qu'il s'est formé en Europe occidentale, érigeant en droits de l'homme universels la conception bourgeoise de la justice et en norme économique le capitalisme. Le colonialisme est par ailleurs étroitement lié aux missions chrétiennes. »

Ces deux mouvements, parallèles et synchroniques, m’apparaissent en effet avoir fondamentalement en commun la non-concertation du principal intéressé, l’africain.

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
  • Renata Roveretto

    Oui...cher monsieur Philippe Chappuis, et encore une fois un sujet très important parfaitement bien documenté.

  • Philippe Chappuis

    Merci, oui colonisation et mission cheminent, presque en se tenant la main, un chapitre de l'Histoire du XIXe s.très intéressante et je relèverai le rôle important des journalistes, qui contribuent, par leur recherche et leur curiosité, au cours du temps, à déterrer intelligemment certains sujets qui auraient tendance à dissimuler sous un manteau d'hermine blanche les dessous d'une réalité par trop brute

    • Renata Roveretto

      Cher Monsieur Philippe Chappuis, vous le dite si bien et vous en faite justement partie de ceux qui nous transmettent, et ainsi nous rappellent ces histoires sans échappatoire ! Merci à vous cher monsieur pour votre travail toujours très soigné, Renata

Philippe Chappuis
1,985 contributions
11 février 2021
39 vues
2 likes
0 favori
3 commentaires
3 galeries
Le Lab
notreHistoire.ch vu à travers des jeux et des expériences singulières !
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
104,217
6,399
© 2021 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.