Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.
Arosio

Arosio

2013
Jean-Louis Pitteloud
Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
  • Claudio Abächerli

    Cadran solaire sur l’abside l’église de San Michele à Arosio (Malcantone, Tessin), restaurée en 1995 par le fameux gnomoniste tessinois Luciano Dall’Ara que je connaissais bien, auteur d’ouvrages sur les cadrans, passionné à l’astronomie, et, en tant qu’enseignant à l’école des beaux-arts, restaurateur d’un grand nombre de cadrans au Tessin. Hélas, disparu depuis quelques années déjà. Données sur le cadran: Type: cadran vertical déclinant Orientation: Est Matériel: Peinture sur crépi Affichage de l’heure: heure italique locale (explications ci-dessous) Heures affichées : 8– 21 (chiffres romain VIII – XXI) Heures entières, ligne du midi local
    Style: horizontal, la lecture de l’heure se fait par l’ombre de la pointe du style Epoque : probablement 1664, restauré en 1995 Décoration: signes du zodiaque Inscription: 1664, Rest. Dall’Ara 1995 Devise: aucune Lignes astronomiques: ligne verticale du vrai midi local « M » et ligne droite des équinoxes. On peut se demander si au Tessin il y a encore le soleil à 21 heures, surtout sur une façade qui regarde vers SE… Impossible ! Mais attention ! Ce cadran solaires indique les "heures italiques", c'est-à-dire que la journée se termine ou commence au coucher du soleil sur l'horizon théorique. Quand le soleil se couche, n’importe si en été ou en hiver, il est 24 heures ou 0 heures). À quoi cela peut servir ? Eh bien, la durée des jours varie tout au long de l'année et un agriculteur qui travaille dans les champs n'a guère besoin de savoir que, par exemple, il est 17 heures, car il ne connaît pas nécessairement la longueur du jour à cette date. Mais il lui faut savoir combien d'heures de lumière il lui restent pour terminer son travail avant la tombée de la nuit ! C'est le génie de cette mesure du temps "italique" : que ce soit en novembre ou en juin, si le cadran solaire indique 21 heures, par exemple, alors il sait qu'il lui reste trois heures de lumière (le coucher du soleil est à 24 heures). Un tel cadran solaire n'indique donc pas le temps absolu mais le temps relatif. 21 heures serait en novembre sur notre montre-bracelet vers 14 heures, en juin cependant plutôt vers 19 heures! L'heure italique est donc destinée à une société rurale sans éclairage artificiel. Sur l'image, l'ombre de la pointedu style touche soit la linge du midi local, soit celle de XIX heures. donc photo prise au midi local (vers 12h20) et 5 heures avent le coucher du soleil (à 24h) . Le coucher du soleil est donc vers 17h 20, donc on est debut octobre ou fin février!

    • Philippe Chappuis

      Merci de vos commentaires très complets et complexes, ils ont eu chez moi le mérite d'inoculer le virus de la curiosité pour cette construction très savante s'inscrivant dans la relation de nécessité de l'homme avec son environnement, d'où il tire les moyens de sa survie. Le cadran solaire sert ici de paradigme.

    • Claudio Abächerli

      Un cadran solaire n’est pas seulement un dispositif donnant l’heure à partir de la position du soleil, mais bien plus que cela. En étudiant les cadrans on touche des différentes disciplines : l’astronomie et la mécanique céleste bien sûr, mais aussi l’histoire et l’histoire du patrimoine, l’art et les techniques artistiques, la philosophie des devises et d’autres encore. Les devises sont fort intéressantes, c’est souvent ce qu’on retient le plus d’un cadran. Elles expriment souvent la position de l’homme face au temps qui passe, face a Dieu, face à la mort. Ces devises sont parfois sentencieuses, parfois humoristiques, parfois religieuses ou philosophiques et assez souvent à double sens….et elles ouvrent une fenêtre sur celui qui a commissionné le cadran, ses idées, son intention, son humeur aussi :… p. ex. sur un cadran à Ascona il y a ce commentaire en patois (ou provençal ?) “ Arresto ti, passant, regardo quanto es d’ouro et… fouto me lou camp ! “ Pas besoin de traduction, je crois....

    • Philippe Chappuis

      Oui, c'est exactement ce que j'ai ressenti, j'accédais , par lui, à un vaste horizon sur le questionnement humain et ses réponses. Une fois de plus, d'ailleurs, j'ai pu constater combien mon cerveau implicite se permettait de faire cavalier seul; j'ai toujours eu plaisir, ici ou là, à découvrir, au cours d'une balade, un cadran solaire dont je pensais avoir saisi le principe, et c'est là le côté néfaste et contre-productif de tout "savoir", le cerveau passe outre, ne s'y arrête même pas une milliseconde et classe autoritairement l'information. Vos commentaires m'ont permis de tromper les automatismes cognitifs de mon cerveau qui redevenant ignorant a pu s'élever d'un degré dans une meilleure compréhension ! Merci !

    • Claudio Abächerli

      Le problème de la mesure du temps à fasciné les hommes depuis les temps anciens et la « mesure » se faisait par le mouvement du soleil et des astres. Aux agriculteurs d’il y a 6000 ans, l’important ce n’était pas tellement de savoir l’heure du jour, mais plutôt le cycle des saisons : quand faut-il semer, récolter etc. Plus tard, c’est la religion à promouvoir la mesure du temps, les heures canoniques. Il fallait savoir à quelle heure dire telle ou telle prière : louanges du matin, vêpres de l’après-midi etc. Pour cela, la précision des cadrans solaires était suffisante. C’est pour cette raisonqu’on trouve souvent des cadrans sur les églises et dans les couvents. Le problème de la mesure précise du temps devient aigu à l’époque des découvertes et des navigateurs. C’est le fameux problème de la longitude. Si on peut déterminer la latitude d’un navire en mesurant p.ex. la hauteur de l’étoile polaire par rapport à l’horizon, pour la longitude cela ne suffit pas. Il faut avoir à bord un chronomètre synchronisé au midi local du port de départ et déterminer le retard (ou l’avance) de la culmination du soleil pour pouvoir calculer la longitude. Et si le chronomètre se trompe de 1 ou 2 minutes, le navire peut bien être déjà à quelques dizaines de km du point calculé…et peut-être déjà écrasé sur des rochers. Donc la nécessité de mesurer le temps avec grande précision. Et pourtant…. On parle toujours de la mesure du temps, mais c’est faux. On n’arrive pas à saisir le temps donc on ne peut pas le mesurer. Ce que nous faisons ce n'est que de mesurer des intervalles entre deux évènements. Le temps nous échappe…Tempus fugit !

    • Renata Roveretto

      Merci à vous deux chers messieurs pour ce partage courageux de vos réflexions faites et prometteur pour y amener nous autres aussi à y entrer pour y voir peut-être un peu plus lumineux.

    • Philippe Chappuis

      Oui, je dirai même, en ce qui me concerne, intrépide ! Ce sont des sujets vraiment fondamentaux comme le démontre la présentation de Claudio Abächerli sur l'omniprésence du temps. Je ne peux pas m'empêcher de dire la véritable fascination qu'exerce sur moi le concept du temps dans la matière, d'abord bien sûr celle qui constitue l'environnement (et qui l'a certainement contraint par ses lois) du vivant bien avant que l'homme s'en dégage mais bien plus que cela, la matière sans temps ça ne marche pas !

Jean-Louis Pitteloud
94 contributions
20 juin 2020
34 vues
1 like
1 favori
7 commentaires
1 galerie
Le Lab
notreHistoire.ch vu à travers des jeux et des expériences singulières !
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
104,182
6,398
© 2021 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.