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César FRANCK, Le Chasseur maudit, FWV 44, OSR, Ernest ANSERMET, 1961, Decca, MONO

25 mars 1961
DECCA
René Gagnaux

En 1882, le poême symphonique «Le Chasseur maudit», qui vient dans l’oeuvre de César Franck juste après son oratorio «Les Béatitudes» et le «Cantique de Moïse», lui fut inspiré par une ballade du poête romantique allemand Gottfried August Bürger, «Der wilde Jäger» («Le Chasseur sauvage»): il s'agit de l’éternelle légende de l’homme entre le bon et le mauvais génie, qui montre qu’à toute action méchante ou inhumaine que veut accomplir le chasseur, il trouve devant lui le chevalier blanc pour le retenir, le chevalier noir pour l’y pousser. Il cède à l’esprit du mal et, en punition de toutes ses cruautés, il est dévoré par sa propre meute. Au-dessus de la forêt, on voit passer, la nuit, dans les nuages, le chasseur poursuivi par ses chiens furieux...

L'argument de la ballade fut paraphrasé par le compositeur lui-même sur la page de garde de la première édition de la partition:

"[...] C'était dimanche au matin; au loin retentissaient le son joyeux des cloches et les chants religieux de la foule... Sacrilège! Le farouche comte du Rhin a sonné dans son cor.

Hallo! Hallo! la chasse s’élance par les blés, les landes, les prairies. — Arrête, comte, je t’en prie, écoute les chants pieux. — Non... Hallo! Hallo! — Arrête, comte, je t’en supplie; prends garde... — Non! et la chevauchée se précipite comme un tourbillon.

Soudain le comte est seul; son cheval ne veut plus avancer; il souffle dans son cor; et le cor ne résonne plus... une voix lugubre, implacable, le maudit: Sacrilège, dit-elle, sois éternellement couru par l'enfer.

Alors les flammes jaillissent de toutes parts... Le comte, affolé de terreur, s’enfuit, toujours, toujours plus vite, poursuivi par une meute de démons... pendant le jour à travers les abîmes, à minuit à travers les airs...[...]"

Dans ses «Essais de critique musicale», pages 91-92, Louis de Romain (1844-1912, Compositeur, co-fondateur en 1877 avec le banquier Jules Bordier de l'Association artistique d'Angers) écrivait en 1890:

"[...] C’est un merveilleux poème symphonique que le «Chasseur maudit».

Des appels de cor. Un roulement de timbales. Un chant plaintif du violoncelle et de nouveau les cors se répondent. Bientôt l’orchestre s'enfle et grandit, une mélodie, d’un caractère douloureux et passionné, s’élève et monte dans des flots d’harmonie pour finir en un formidable éclat. Tout s’apaise: entre les appels de plus en plus désespérés des cuivres, on entend le hautbois. L’instrumentation devient d’une extrême richesse. Le côté descriptif et dramatique s’impose. Les cors, en sons bouchés envoient à l'oreille des sonorités sataniques, étranges. On entend gronder le tuba; les intervalles chromatiques se succèdent au milieu des éclatantes sonorités des trompettes, cor et trombones. L’inspiration se soutient toujours et plane superbement. Puis l'orchestre reprend son allure vive, persistante. C'est la chasse maudite.

Il est impossible de ne pas être saisi, dans le «Chasseur maudit», par la grandeur de ce début dans lequel, au-dessus de toutes les voix de l’orchestre dont les sonorités se fondent dans un océan d’harmonie, on entend la sonnerie de cloches qui toujours domine, s'enfle, grandit, pour aboutir à la réalité d’un sublime et formidable éclat.

Oui, c’est grand: non dans le sens de ce mot appliqué, par exemple, à la musique d’un Haendel, dont la majesté n’ouvre à notre imagination que des horizons bien restreints, mais dans celui dont on se sert pour parler d’un Dante, d'un Hugo, d'un Shakspeare.

Et quelle allure dans ce morceau plein de fougue, de sève, de passion, de jeunesse! Comme en l’écoutant nous nous sentons emportés à travers le pays tantôt sombre, tantôt doré de la légende! Avec quelle puissance il évoque l’idée d une invisible force, de l'«anankè» des anciens, de l’inexorable fatalité, de l’éternel châtiment.[...]"

La première audition publique fut donnée le 31 mars 1883 à la Société Nationale, à Paris, Salle Érard, l'orchestre étant dirigé par le compositeur (dirigé par Édouard Colonne, selon d'autres sources).

La partition - suivant fidèlement le poème - se divise en quatre sections enchaînées, parcourues par le thème récurrent du cor du chasseur:

la première - «Andantino, quasi Allegretto» - débute sur un thème donné par le cor, qui se répétera dans divers tons. Les violoncelles commencent un thème religieux après un point d'orgue.

La deuxième section débute par un unisson. Elle évoque la chasse, parmi les lamentations et objurgations horrifiées de paysans.

La troisième section nous montre le Comte seul, le chasseur impie se figeant dans une attente angoissée, que souligne sinistrement le tuba; la voix maudissante s'élève (Lento). L'oeuvre se termine avec une fantastique chevauchée, qui ajoute des thèmes nouveaux au thème exposé par le cor, et se poursuit jusqu'à la fin dans une atmosphère démoniaque et pleine d'effroi.

"[...] Densité thématique et logique implacable du discours, vigueur rythmique, clarté, variété coloriste de l'instrumentation, – l'oeuvre possède une indéniable puissance évocatrice digne de la superbe légende germanique, digne de figurer mieux qu'honorablement parmi les grands poèmes symphoniques du siècle romantique. [...]" François-René Tranchefort, Guide de la musique symphonique, Fayard.

Recto de la pochette du disque Decca LXT 5654, graphisme utilisé dans la première édition aussi bien pour la pochette mono que pour la pochette stéréo SXL 2291

Ernest Ansermet enregistra cette oeuvre pour Decca les 25 et 26 mars 1961, comme d'habitude dans le Victoria-Hall de Genève, en même temps que la Symphonie en ré mineur (FWV 48), en mono (Pr: Michael Bremner, Eng: Karl Brugger) et en stéréo (Pr: James Walker, Eng: Roy Wallace): les deux enregistrements paraissent en février 1962 sur les disques DECCA LXT 5654 et SXL 2291 (mono resp. stéréo), puis en avril sur les disques DECCA LONDON CM 9290 et CS 6222.

Recto d'une édition française de la pochette du disque Decca SXL 2291, graphisme de Ivan Bottiau, également utilisé pour la pochette mono

À cette époque les enregistrements mono et stéréo étaient effectués pendant les mêmes sessions, du moins en principe, mais par deux équipes différentes. C'est pourquoi il est toujours intéressant de comparer les deux enregistrements. L'enregistrement mono qui vous est proposé sur cette page provient du disque Decca LXT 5654, celui en stéréo provient d'une émission diffusée à la radio il y a déjà bien longtemps.

Recto de la pochette du disque Decca London CS 6222, graphisme également utilisé pour la pochette mono CM 9290

L' enregistrement que vous écoutez...

César Franck, Le Chasseur maudit, poème symphonique, FWV 44, Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet, 25-26 mars 1961, Victoria-Hall, Genève, mono (14:54)

Andantino quasi allegretto - l'Istesso Tempo - poco piu animato - un peu plus animé - poco meno vivo - molto lento - plus animé - encore un peu plus animé - allegro molto - poco piu allegro - quasi presto

Provenance: Decca LXT 5654

Pour l'enregistrement stéréo voir le fichier audio ... ...

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René Gagnaux
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