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Avalanche de Mayoux-Anniviers en 1817

8 janvier 1818
Etienne Savioz, Jean Savioz & Michel Savioz
Michel Savioz

10 mars 1817

L'Avalanche de Mayoux, Val d'Anniviers- Valais

Copie du mémoire de l'Avalanche de Mayoux.

Malheur arrivé le dix mars mille huit cent dix-sept,

"Au nom de Dieu, ainsi soit-il "

Pour laisser à la postérité un souvenir des choses très graves qui ont eu lieu dans le courant des années 1816 et 1817 en cherté et en autres accidents, surtout dans le petit village de Mayoux. Étant composé des pères de famille dont les noms suivent :

Georges Savioz, président de la vallée, Christian Rion, président de la commune de St Jean, Benoît Savioz, sautier de la vallée, Georges Vouardoux, Jean Savioz, procureur de l'église, Joseph Bonnard, procureur de l'église, Baptiste Savioz, Antoine Antonier, Augustin Antonier, Baptiste Revey, Christian Revey, Antoine Savioz, Pierre Revey, Pierre Antonier, Jean Revey, Théodule Zufferey, Georges Revey, Jean Revey de Philippe, Georges Abbe, Michel Solioz, Antoine Bonnard, André Bonnard, Antoine Florey, Augustin Solioz et le soussigné, tous pères de famille et demeurant au dit village, qu'ils ont eu de grandes pertes dans le malheur que j'énoncerai ci-après, puisque des particuliers ont eu la perte de cinq cents Ecus, pour donner une idée de la chose telle qu'elle est arrivée en vrai.

Les années 1814, 1815, 1816 et 1817, il est tombé une très grande quantité de neige et les printemps si rudes que dans les montagnes les plus froides, surtout du côté revers, les neiges ont formé une espèce de glacier, telle fut la situation. Du Roc existant entre la montagne d'Orzival et d'Avoin, où il resta une si grande quantité de neige, qu'il remplit et aplanit tous les creux en haut Dy Soudyre. L'année 1817, les premiers jours du mois de mars, une pluie douce commença et continua pendant dix jours à pleuvoir dans la plaine et dans les montagnes, il neigea tellement qu'il en tomba trois toises.*

Le huit mars, une avalanche vint jusqu'au sommet du dit village sans faire aucun bruit ni dommage. Le dix mars, à six heures du matin une autre avalanche, partie depuis le sommet du Roc, rasa la forêt Dy Soudyre et la moitié du revers Dy Sampelet et le tiers de la forêt (baptisée) Dy Clausé, renversa au sommet du dit village, deux chambres avec cuisine, c'est-à-dire au même bâtiment contenant trois étages. Donc, le premier étage resta ferme, le second le déborda seulement de trois pieds et le troisième le renversa. Dans le second étage, il y avait cinq personnes de la famille d'Antoine Florey, qu'ils n'ont reçu aucun mal, sauf qu'ils n'ont pu sortir de la chambre sans secours à cause que la neige avait surmonté le second étage et bouché toutes les fenêtres et la porte. Plus, renversa à huit toises en deçà du pontet en bas du chemin, un bâtiment de trois étages où il y avait au premier étage six personnes de la famille de Baptiste Savioz. Donc, Catherine, fille du Banderet Rion, femme du dit Savioz est restée morte avec son fils âgé de dix-huit ans et une, âgée de deux ans, une autre fille et un fils, ainsi que la mère du dit Savioz sont restés vivants, mais estropiés. Les deux enfants sont guéris, la mère est morte quelque temps après, sans plus pouvoir remuer aucun membre de son corps.

Ami lecteur, je te laisse le juge, si dans le moment, il pouvait avoir des yeux qui n'auront pas versé de larmes en envisageant le sort de cet infortuné époux qui dans trois minutes se voit privé de son parti et de deux de ses enfants les plus chéris et son comestible, enlevé ou écrasé. La dite avalanche renversa soixante autres bâtiments, c'est-à-dire granges, raccards et greniers. Donc, des greniers et raccards il en reste que quatre, de manière que du côté des Fras, tout a été renversé jusqu'à la fontaine du Fy, et du côté de St Jean, environ cinquante toises. Depuis le pontet, c'est la foudre (vougra) qui a fait plus tomber que l'avalanche. Il y avait encore du monde dans quatre autres bâtiments, au dit village, mais ils n'ont point eu de mal, les autres habitants du village étaient à Sierre, aux travaux des vignes.

Une énorme pierre, dernière trace du drame de 1817

Plus, il a emporté cinq vaches, deux veaux et deux chèvres au Sautier Charles Genoud environ cent toises en dedans du grand pont, au dit lieu, il y avait huit toises de neige de hauteur et au dessus du dit village, il y en avait dix toises, il a roulé des pierres comme des bâtiments, surtout celle qui est au jardin de la Combaz, environ vingt toises en bas du pontet et des poutres tout entières, de quinze toises de long, et une toise et demi, rond (diamètre), il a porté des morceaux de bois jusqu'au cimetière de Vissoie, faisant trois livres la poudre, a répandu comme des nuages épais dans presque toute la paroisse, selon expertise faite, il est tombé un million de plantes.

Voici ainsi, lecteurs, le récit de ce funeste et tragique accident, les habitants du dit village s'écrièrent tous avec des larmes aux yeux : "Oh ! Dieu, oh Dieu, sont-ils nos péchés qui ont attiré tous ces fâcheux désastres sur notre village et sur nos biens ? Père de miséricorde nous vous demandons de tout notre cœur pardon et nous promettons de mieux vivre à l'avenir." Mais non, selon les textes du prophète Isaïe, Dieu ne châtie que ceux qu'il aime et selon la pente du terrain bien examinée, la chose est sûrement naturelle, il n'y a rien d'extraordinaire.

Le trente mai il y avait trente-huit frettes de remontées; le vingt et un juillet au sommet du village, il y avait encore sept pieds** de neige et le trente septembre, il y avait encore deux pieds. La perte totale de cette avalanche est établie de la somme de dix milles et quatre cents livres. L'année 1817, le froment se vendait bats***huitante cinq, le seigle soixante-six, les pommes de terre Batz vingt, le fichelin de vin a été totalement gelé qu'à peine l'a-t-on ramassé.

A postérité qui vivra après nous, nous vous laissons le juger si vous devez vous construire une barrière au sommet du dit village, pour vous défendre d'un tel malheur ou si vous voulez vous abandonner entièrement au soin de votre Père céleste, pour quant aux conseils que j'ai à vous donner soit que vous viviez dans tant d'abondance ou de disette, soit que vous soyez placé dans un lieu d'assurance hors de danger, aime ton Dieu sur toutes choses et ton prochain comme toi-même et le Père des miséricordes fera le reste.

Pour nous, nous avons souffert et pleuré, plut à Dieu que nos péchés soient pardonnés pour nous, vous vous réjouirez et prierez pour nous. La dite avalanche a arrêté le torrent pendant cinq heures.

Mayoux, le 8 janvier 1818. Étienne Savioz, vice-président, écrivain de la présente mémoire.

Manuscrit du 10 février 1905 par Savioz Jean, fils de Benoît, arrière-neveu du dit Étienne Savioz.

Recopié le 14 février 1999 en Anniviers, par Michel Savioz, fils de Joseph. Arrière-petit-neveu du dit, Jean Savioz.

** (Un pied correspond environ à 30 cm et une toise à environ 6 pieds).

*** (Le Batz représentait un dixième du franc de l'époque).

© édition mpa

© Michel Savioz

Michel Savioz
1,567 contributions
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  • Monique Ekelof-Gapany

    Très intéressant article. J'étais "régente" à Mayoux, comme stagiaire de l'Ecole Normale, en 1963-1964. Nous avions à présenter un document pour l'Expo Nationale de 1964. Je me souviens que les élèves voulaient que l'on parle de cette avalanche.Nous avons donc fait un travail concerant cet événement. .. Cela avait du marquer les esprit des familles du village pendant longtemps. Nous n'avions pas ce précieux document, hélas. Cordialemen.t Monique Ekelof-Gapany

  • Michel Savioz

    Jean-Christophe Moret écrit: En 1815, le volcan indonésien Tambora entre dans une violente éruption, projetant d’énormes panaches de cendres dans là-haute atmosphère. Emportées autour du globe par les jets streams, ces nuages de cendres assombrissent l’hémisphère nord, provoquant sur plusieurs années un refroidissement du climat qui se traduit par des étés pourris et pluvieux et par des hivers glacials et très enneigés. Dans la haute vallée de Bagnes, le Glacier du Giétroz entre en crue et atteint la falaise qui domine l’emplacement actuel du barrage de Mauvoisin. Sous la poussée des glaces, le front glaciaire en surplomb vêle pendant des années d’énormes séracs qui forment un immense cône de glace barrant la vallée et bloquant l’écoulement de la Dranse. Petit à petit un lac immense de plusieurs kilomètres se forme derrière le barrage de glace du glacier régénéré. Début mai 1818, les Bagnards découvrent avec effroi l’ampleur de la menace qui plane sur les villages de la vallée. Le 10 mai 1818, l’ingénieur cantonal Ignace Venetz arrive à Mauvoisin pour constater l’ampleur du danger. Il propose le percement d’une galerie à travers le glacier régénéré pour tenter d’abaisser le niveau du lac. Les mineurs se mettent au travail, travaillant sans relâche durant 40 jours d’angoisse face à la menace d’une rupture. Les travaux s’effectuent dans linsecurité car les ouvriers doivent travailler sous la langue terminale du glacier qui continue à vêler de gigantesques blocs de glace et sont en même temps exposés aux avalanches. Le 13 juin, le travail porte enfin ses fruits et les eaux commencent à s’écouler dans la galerie percée à travers le gigantesque cône de glace. Mais le 16 juin à 9 heures,le cône fragilisé par le passage de l’eau qui s’infiltre dessous se fissure. A 15 heures, Venetz craint la rupture. A 16 heure, dans un craquement énorme, le glacier se rompt, libérant des millions de mètres cubes d’eau qui se précipitent en grondant dans la gorge du Mauvoisin pour dévaler la vallée, semant l’effroi, la mort et la désolation jusqu’au Rhône à Martigny. Des hameaux entiers sont engloutis, une partie des villages détruits, des gens emportés ou noyés. A Martigny toute la plaine est inondée et une partie de la ville ravagées. Des familles perdent tout, maisons, biens, prés, bétail... Des centaines de bâtiments sont emportés entre Bonatchiesse et Martigny. Trente six personnes trouvent la mort ou sont portées disparues. Le choc est terrible pour la population de la vallée de Bagnes et de Martigny. La catastrophe marque les esprits et le douloureux souvenir de la débâcle du Giétroz demeure vivace 200 ans ans plus tard...

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