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Franz Lochmatter, guide de montagne Repérage

Sylvie Bazzanella

Le plus grand des montagnards

Le plus noble des amis.

G.-W. Young

Franz Lochmatter (1878-1933), de St-Nicolas est certainement, parmi les guides suisses de renommée internationale, celui qui a le plus marqué son époque. Son père, Josepf-Marie (1837-1882) fut l'homme qui, sous la direction d'Edward Whymper, organisa la caravane de secours au lendemain de l'accident du Cervin, le 16 juillet 1865.

Franz Lochmatter qui avec son client Valentine J. E. Ryan (1883-1947) et souvent, son frère Joseph (1872-1915), forma une des plus formidables équipes du début du XXe siècle. L'arête est de l'Aiguille du Plan, la Dent d'Hérens par l'arête est, et surtout la face Sud du Täschorn sont les ascensions les plus marquantes d'une série exceptionnelle de grandes ascensions.

L'Asie marquera la dernière grande étape de la vie de Franz Lochmatter. En 1919 commença sa longue association avec M et Mme Visser-Hooft, qui dura sans interruption dans les Alpes et dans d'autres chaînes, jusqu'à sa mort.

En 1922, il fut le guide principal et l'organisateur de la première expédition hollandaise au Krakorum. En 1925, l'expédition alla en Asie Centrale, dans l'Hindu-Kush et au Karakorum. En 1929 et 1930, dans l'Himalaya, le Kwen-Lun, le Karakorum et le Turkestan chinois. Franz Lochmatter était chargé de l'organisation générale, des approvisionnements, et de la direction, en dehors de l'organisation alpine.

Aventurier élégant et cultivé, (1)«... très grand, très mince, dégingandé, avec de larges épaules un peu voûtées, des mouvements très souples et lents, l'air de ne jamais savoir que faire de ses longues jambes et de ses longs bras, tout cela lui donnait une sorte d'allure hésitante, une sorte de gaucherie qui, du reste, n'était qu'apparente...»

Le livret de guide de Franz, dont l'original est déposé à l'Alpine Club à Londres, a été reproduit dans sa totalité par le photographe Emile Gos.

© Collection particulière de André Groux, Lausanne.

«...Ce livret de guide regorge de témoignages saturés de louanges. Document sans pareil dans les annales de l'alpinisme, il est malheureusement loin d'être complet. Franz y attachait si peu d'importance que bien des courses considérables n'y figurent même pas. Il l'avait pour être en règle avec la loi et il y tenait pour les amitiés qu'il exprimait. Sa modestie était proverbiale.

En 1906, lorsque Franz Lochmatter reçut son diplôme, sir Edward Davidson, l'esprit le plus critique qui fût, parmi les alpinistes classiques, écrivit dans le livre du guide le paragraphe suivant :

On peut dire, sans risque d'exagération - et ceci sera entièrement admis, j'en suis sûr, par les confrères de Franz, dans son village natal, aussi bien que par ses rivaux et amis de Chamonix - qu'il n'y a pas, à l'heure actuelle, d'homme qui lui soit supérieur sur le rocher. Si son talent dans ce genre d'escalade a peut-être détourné l'attention de sa grande valeur sur la glace, il n'y excelle pas moins de même que dans les autres aspects secondaires du métier de guide.

Ayant eu le privilège de voyager avec Franz pendant une partie des trois dernières saisons, j'ai eu de nombreuses occasions de me faire une opinion sur ces questions; et c'est un grand et réel plaisir pour moi, à ce moment de sa carrière, de pouvoir, comme vétéran, témoigner non seulement de son grand talent d'alpiniste, mais aussi de ses exceptionnelles qualités d'esprit et de cœur, de sa simplicité virile, de son caractère paisible et généreux, de ses manières raffinées, de son attirante modestie, de son égalité d'humeur, de son indomptable courage et de sa rigide loyauté qui, par dessus tout, le rendent cher à ceux qui le connaissent mieux...»

Le 17 août 1933 Franz périssait au Weisshorn. A la descente, au dernier gendarme, par la voie normale. Rocher où tant de guides passèrent allègrement. Mais qui fut à ce guide déjà légendaire l'endroit fatal marqué par le destin. La corde gelée et mouillée cède au moment où Franz la prend pour se laisser glisser. Il manque l'anfractuosité que son pied cherchait et tombe sur la paroi nord. Son voyageur, M. Hermann Hotz, tombe avec lui. On retrouva les corps quatre cents mètres plus bas, allongés sur le glacier de Bies. C'était le lieu le plus solitaire du glacier. Un havre de neige immaculée, incurvé sous le ciel, presque sans horizons, ployant sous la blancheur des murailles voisines. Et gardant jalousement son ombre et son silence.

Note nécrologique signée Charles Gos, Journal de genève, 27 août 1933 :

Franz Lochmatter

(2) «...Une maison de pierre à St-Nicolas, entièrement construite par lui, est aujourd'hui le témoignage vivant de son étonnante énergie : il s'agit d'une reproduction exacte du château de Sir Georges Young, en Angleterre, et dont les dimensions avaient été soigneusement mesurées par lui à une échelle réduite, au moyen de ficelles dûment classées... Nommée «Formosa», la maison bâtie sur deux étages présente une face arrondie sur le versant exposé à l'avalanche qui menace chaque année. Cet arrondi casse le front de l'avalanche, et augmente ainsi la résistance de la maison à la terrible pression de la masse neigeuse. En 1923, Franz s'attaqua à la réalisation d'un troisième étage pour subvenir au logement de sa nombreuse famille, composée de huit filles et d'un fils...»

Liste approximative des principales ascensions :

  • 1904 - Première traversée du Petit au Grand Dru par la face sud-est
  • Première ascension de la Pointe Young.
  • 1905 - Première ascension de l'Aiguille Verte par la Charpoua. Face est de l'aiguille du Grépon.
  • 1906 - Première ascension de l'arête est l'aiguille du Plan.
  • 1906 - Arête nord-ouest de l'aiguille de Blaitière.
  • 1906 - Arête nord du Nordend.
  • 1906- Face sud ouest du Täschhorn, en compagnie de Joseph Knubel et Geoffrey Winthrop Young.
  • 1906 - Premier parcours intégral de de l'arête est de la Dent d'Hérens.
  • 1909 - Première ascension de l'Inner Barrhorn par la face est. Première ascension de Dürrenhorn par la face est.
  • 1910 - Première ascension du Hohberghorn par la face nord-est.
  • 1914 - Plusieurs ascensions dans les Aiguilles de Chamonix.
  • 1923 - Deuxième ascension de la Nordendspitze (Mont-Rose) par l'arête Nord.

A ces exploits s'ajoutent quelques escalades fameuses, car de Nice à Cortina, Franz Lochmatter a tout escaladé, tout gravi par tous les itinéraires, tout traversé.

A découvrir 7 photographies : Monsieur Franz Lochmatter ICI

Emile Gos, Médiathèque Valais - Martigny

Sources :

(1) Alpinisme anecdotique / Charles Gos - Neuchâtel ; Paris : V. Attinger, cop. 1934

(2) Alpes-Magazine,1990,6,p.76-81 / Quand la corde était de chanvre... / Dominique Roulin

Dictionnaire de la montagne / Sylvain Jouty, Hubert Odier

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