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Henri Charrière ou Papillon ?

14 septembre 2011
Alès - France
Marc Schindler
Marc Schindler

"Je vous parle dʼun temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître", comme le chantait Charles Aznavour. Pas La Bohème, mais Papillon. Vous vous souvenez peut-être. La France sortait de Mai 68. Les Français avaient envie de vacances, de soleil et de rêves. Et voilà que paraît en 1969 un pavé intitulé "Papillon", qui raconte l'histoire incroyable dʼHenri Charrière, condamné au bagne en 1931, évadé plusieurs fois, patron de bar au Venezuela, entré en littérature après avoir lu lʼAstragale dʼAlbertine Sarrazin, qui se met à écrire sa vie dans de gros cahiers dʼécolier, qui envoie son œuvre à Paris.
Lʼéditeur Robert Laffont réussit avec Papillon le plus beau coup littéraire de lʼaprès guerre: un million dʼexemplaires en trois mois !

Cʼest le best-seller de lʼété sur la plage et dans les salons littéraires. Pour lʼancien bagnard, cʼest le triomphe, la fortune, la revanche. Le Tout-Paris se lʼarrache, François Mauriac et Simone de Beauvoir saluent son talent. Henri Charrière se fait photographier aux côtés de Brigitte Bardot à Avoriaz.

A lʼépoque, je suis un jeune journaliste à la Télévision suisse romande, à Genève. Jʼentends sur RTL une interview de Papillon par Pierre Dumayet. Mon collègue Jean-Pierre Goretta, un des meilleurs interviewers de Suisse romande, me propose dʻinviter Henri Charrière. Et il a une idée lumineuse : inviter en direct lʼun des hommes qui a probablement connu Papillon au bagne, le commissaire Péan de lʼArmée du Salut.

Charrière arrive de Paris avec Jean-Paul Castelnau, le directeur littéraire qui lʼa présenté à Laffont. Papillon, une gueule étonnante, une gouaille de Parigot, des bagues à tous les doigts, une dégaine dʼaffranchi. Et une tchatche dʼenfer. La radio, la TV, on dirait quʼil nʼa fait que ça toute sa vie. Bien sûr, nous avons dévoré Papillon. Bien sûr, nous nous sommes dit : ce nʼest pas possible que Papillon ait vécu tout ça. Ce nʼest pas lui qui a écrit ça tout seul. Quʼimporte.

En studio, un décor sobre sur fond noir : une table, trois chaises. Générique, gros plan sur lʼinvité. Première question : Comment je vous appelle, Henri Charrière ou Papillon ? Je suis hors du champ des caméras avec un vieux monsieur à cheveux blancs, en uniforme de salutiste : le commissaire Péan, qui a fait plusieurs missions au bagne avant la guerre. Il regarde fixement lʼancien bagnard et me souffle : Si je lʼai connu ? Je ne sais pas. Il y avait plusieurs bagnards qui se faisaient appeler Papillon.

Jean-Pierre Goretta annonce à Papillon : Je vais vous faire rencontrer quelquʼun que vous avez connu au bagne. Je pousse doucement le commissaire Péan vers le plateau, vers Papillon.

Cʼest la rencontre que nous avions mise en scène. Elle ne se passe pas du tout comme prévu : les deux vieux messieurs se regardent longuement. Et commence un dialogue surréaliste. On sʼest rencontrés quand, en 32 ou en 33 ? A Cayenne ou à lʼîle du Diable ?

On dirait deux gentlemen parlant de leurs souvenirs de golf ou de chasse ! On sent quʼil y a entre eux beaucoup de respect. Mais on nʼa jamais su sʼils sʼétaient vraiment rencontrés au bagne et si la vraie vie de Papillon était celle quʼil a racontée dans son best-seller.

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Marc Schindler
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11 décembre 2014
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