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Mt-Blanc ascension lugubre

1 août 1925
Ernest Kissling
Claude Kissling

Une ascension lugubre au Mont-Blanc (4810 m.)

Du 1er au 8 août 1925

La dernière semaine de Fernand OLIVIER 1905-1925

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(D'après les notes d'Ernest KISSLING, 1895-1987, notre père, le fidèle camarade de Fernand OLIVIER). La célébration funéraire : a eu lieu au Temple de Carouge, conduite par Ernest CHRISTEN, 1873-1961, Pasteur.

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« Mon ami monte plus haut »

Samedi 1er août 1925

Après avoir selon sa filiale coutume, embrassé ses parents, Fernand Olivier, frais et dispos, partait pour la montagne, au jour anniversaire de la patrie ; ce 1er août était le début des grandes vacances, de celles qu'il caressait depuis longtemps et dont le Mont-Blanc devait être le couronnement.

Avec Kissling, son fidèle compagnon, il monte à Bionnassez en chemin de fer et de là, à pied, au pavillon de Tête Rousse, (3167 m.). Il faisait beau temps.

Vers deux heures de l'après-midi, les deux amis partirent de Tête-Rousse pour l'Aiguille du Goûter (cabane : 3817 m.). En route ils rencontrèrent une caravane formée d'un Hollandais et d'un Adjudant au parc d'artillerie de Vincennes (M. Haire) et accompagnée du guide Peloux et du porteur Chapland.

Après un thé réconfortant, coucher à huit heures et demi et voici la nuit. Avec elle la tempête…vite apaisée semblait-il (car dans la majesté du ciel les étoiles scintillèrent un moment ;) vite revenue aussi…

Dimanche 2 août 1925

Deux heures du matin. Malgré la rafale, la caravane rencontrée la veille, part cependant pour Vallot. Peloux, le guide, invite les deux grimpeurs de Genève, à se joindre à lui ; invitation qui est déclinée ; car Olivier et Kissling ne veulent pas courir de risques dans cet ouragan. Du reste, rien ne presse. Il faut parfois savoir ne pas partir à temps ; et cela quand le temps est mauvais. La caravane en fit l'expérience. Trois quart d'heure après, elle revient glacée, au Refuge où les deux amis étaient presque endormis. Le Hollandais, sans crampons, avait glissé sur l'arête du Dôme du Goûter. Il avait fallu le sang-froid du jeune porteur Chapland, pour éviter une catastrophe (Les mérites de cette famille montagnarde ont déjà valu à son père, le poste de Chef de Bureau des guides à St-Gervais.)

Journée perdue pour la caravane, partie trop tôt, et qui redescend dans la vallée. Journée gagnée pour Olivier et Kissling qui avaient su attendre et se mirent en branle à onze heures du matin avec deux autres caravanes, composées de quatre voyageurs, avec deux guides et deux porteurs, auxquels les deux alpinistes des bords du Léman avaient préparé du thé chaud, très fraternellement.

A distance respectueuse (cent, cent cinquante mètres) Olivier et son ami suivent. La neige est dure, mais bonne. On tient sans enfoncer. Ça marche. On gagne de l'altitude, avec bonheur.

L'arrivée sur le Dôme du Goûter (4303 m.) est splendide. Voici le Refuge Vallot, voici les aiguilles du Dru, voici le sommet du Mont-Blanc.

Il y a du monde à Vallot ; est-ce peut-être pour cette raison que les caravanes qui précèdent se dirigent sur le Petit Plateau pour rejoindre les Grands Mulets ?

Peu importe ! Sans avant-garde et se frayant eux-mêmes la route, Olivier et son camarade arrivent à Vallot (4362.) à quatre heures de l'après-midi ; ils y rencontrent quatre Tyroliens prêts à gravir le Mont-Blanc. On se comprend, on se lie, au propre et au figuré, car à la montagne se lier et s'encorder sont le plus souvent synonymes. Voici donc une demi-douzaine d'Alpinistes qui vont finir la journée par l'ascension de la Cime convoitée. Par les bosses du Dromadaire (4525 m.) la Tournette (4671 m.), en moins de deux heures. Et une heure plus tard, c'est-à-dire à sept heures du soir, ils sont de retour à Vallot d'où les quatre Tyroliens redescendent aussitôt vers la cabane du Goûter.

Olivier et Kissling y restent. La vue est unique. Les lueurs du couchant embrassent le dôme immense. Du côté de Genève l'horizon est empourpré. Du côté de l'Adriatique, le ciel est d'un bleu profond. La Meidje élance sa pointe en Dauphiné, le Cervin la sienne en Valais.

Ce tableau contemplé après la victoire, fut la dernière joie terrestre d'Olivier.

Il rentre à Vallot, l'âme remplie de cette majesté. Enfoui sous une vingtaine de couvertures, il s'endort et se repose sous la main divine.

A l'extérieur, le déchaînement avait succédé à la tranquillité du soir. Hurlante, sifflante, la tempête assaillait la montagne, menaçant le refuge de son fracas. Toute la nuit ce fut la tourmente, légèrement calmée au matin.

Refuge Vallot 1925

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Mardi 3 août 1925

A cinq heures du matin, des voix !

Qu'est-ce ? Une caravane qui vient de la cabane du Goûter. Ce sont les Lucernois. Qu'ils soient les bienvenus, dans cette solitude ! Car Kissling est d'heure en heure plus seul. Fernand n'est pas bien. La tempête qui fait rage toute la journée du mardi, a-t-elle une influence sur son moral ? Non, Olivier ne le craint pas. La cause doit être ailleurs.

« Qu'as-tu, Fernand ?

« Rien ! »

Kissling essaie alors de combattre ce malaise momentané qui tantôt se dissipe, tantôt s'aggrave. Que va réserver la nuit ? Dehors c'est l'orage. Comme des escadrons les nuages foncent, comme des lances les éclairs jaillissent, comme le canon le tonnerre gronde. Toute la terre est ébranlée ; à tous ces ennemis s'ajoute le froid…un froid de quinze à moins vingt degrés. Les alpinistes seront-ils bloqués à plus de quatre mille mètres d'altitude ? Pour le moment, ils attendent bravement l'éclaircie qui permettra la descente. Olivier ne semble pas souffrir.

La journée de mardi se passe, à l'abri, sous la tempête - sous la tempête mais à l'abri. Les heures passent et sur sa couche, Olivier n'en subit aucun contrecoup inquiétant, jusqu'au

Mercredi 5 août 1925

à deux heures du matin. A ce moment Kissling est réveillé par les plaintes de Fernand.

Vite du thé chaud, mais Olivier refuse la boisson que lui tend son ami. Il n'y a plus à hésiter : le mal de montage (ou d'altitude) fait son œuvre. Non seulement sur lui, mais sur un membre de la caravane Lucernoise (M. Fritz Giger). Aux Plaintes de Fernand se mêlent maintenant celles d'un second malade. On s'empresse autour des deux hommes souffrants. Mais ni le thé, ni les compresses, ni les cachets n'agissent. Ceux qui soignent ne sont, du reste, pas beaucoup mieux que ceux qui sont soignés. Ils ont des embarras gastriques et des serrements de tête.

Vallot, durant ce mercredi est un hôpital. Les gémissements de l'ouragan s'harmonisent avec les malaises des alpinistes défaillants. Trop d'air au dehors, pas assez au-dedans. On ne peut pas ouvrir le refuge à cause des bourrasques de neige et, de ce terrible « blizzar » pourvoyeur de mort, cet intérieur - qui, malgré l'altitude, sent affreusement le renfermé, favorise la fièvre et multiplie les vomissements.

Le pouls d'Olivier oscille entre cinquante et cent vingt à la minute ; et une teinte grise commence à effleurer son visage.

Encore une fois ! Si l'on pouvait s'échapper de cette souricière ! Mais impossible. Les éléments font rage.

Les plus vaillants nettoient le refuge où s'infiltre la neige et dont les parois et le plancher se couvrent de glace. On frappe, un piolet gelé par le froid se brise pendant le travail.

Le soir approche - mais à vrai dire, la journée entière n'avait été qu'un triste soir - L'état des malades reste stationnaire. Cependant, l'inquiétude à leur sujet augmente d'heure en heure. Ils refusent de boire et de manger. Et toujours la question angoissante : comment et quand s'effectuera la descente ? La tourmente ne cessera-t-elle jamais ? Cette révolte des éléments durera-t-elle encore longtemps ? De mercredi soir à

Jeudi matin 6 août 1925

les furies s'agitent encore, folles de rage.

Enfin, enfin épuisées, elles disparaissent. Leur tournoiement se ralentit. Les emmurés ouvrent la porte de leur trappe et, comme le patriarche après le Déluge, saluent un nouveau matin. La lumière était revenue et la montagne brillait d'un incomparable éclat, semblables à de petites fourmis en migration, des caravanes surgissent de toutes parts, comme il arrive après les jours de mauvais temps. Elles se dirigent vers Vallot qui ressemble, ce matin, à une demeure de fées. Ornée de stalactite elle était un cristal palace en miniature.

Il faisait beau maintenant, mais combien triste ! Deux malades attiraient toute l'attention et toute la commisération.

A onze heures survient une caravane, dont un médecin, qui conseille la descente sans retard, son avis est suivi, on emmène le pauvre Lucernois. Porté par deux camarades, soutenus par les épaules, il fait pitié. A chaque pas, on se demande si l'on pourra continuer. Il n'en peut plus et parfois n'en veut plus.

Avec l'aide du compagnon du médecin, Kissling attache Fernand dans une couverture et, au moyen de quelques cordes, on le glisse le long de la pente. Du versant de Courmayeur, était survenue une colonne de cinq touristes. Aidera-t-elle à mener à bon port le cher Fernand ? Non… pas plus que le guide d'une autre escouade qui avait dit à Kissling : « Vous pouvez le descendre à vous seul ! » Décidément l'égoïsme féroce l'emportera-t-il ? Courage, néanmoins, car voici des Autrichiens auxquels le docteur Hamm dit : « Vous aurez plus de cœur, vous, que ceux qui viennent de se sauver ! »

A quoi les Autrichiens répondirent : « Nos papiers ne sont pas en règle pour aller en France, » « le Docteur réplique, les nôtres non plus. Tant pis­ nous sommes en santé celui-ci est malade ­ Nous marchons ­ pour le reste on verra bien ».

Ainsi escorté, Fernand, jeudi à deux heures de l'après-midi descend du Mont-Blanc, doucement glissé le long de la nappe blanche, dans ses couvertures. Il ne souffre, ni ne réagit.

Lentement on avance, et l'on rencontre au Petit Plateau ­ oh bonheur ! Une colonne de secours avec deux guides et un porteur, avisée par cinq lausannois de la section des Diablerets (C.A.S.) qui avaient passé à Vallot le matin. Les pentes commencent à devenir plus abruptes et les crevasses plus larges qu'eût-on fait sans ce renfort ? Maintenant on marche plus vite et, au bout d'une demi-heure, on rejoint même les lucernois, partis deux heures avant Fernand. Ils étaient arrêtés sur le glacier, attendant du secours des Grands-Mulets. En les dépassant, la caravane d'Olivier, entend les paroles du malade Lucernois : « Laissez-moi mourir ! » Le médecin s'empresse, mais inutile. Le vœu du pauvre homme s'accomplissait. Un sérac du Petit Plateau se détache, comme pour s'associer à cette vie qui se brise. Puis, après cette voix lugubre et forte, le silence ­ de la mort.­

Fernand n'a rien entendu. Il dort, sans souffrances et sans connaissance, il est emmené de plus en plus bas, dans les régions clémentes et bientôt verdoyantes… Il faut y parvenir.

Fernand n'a pas vu cette colonne de secours arrivant trop tard pour sauver son camarade Giger, le lucernois, et il n'a pas entendu les pleurs qu'ont versé sur son linceul de neige ces hommes vaillants, dans la force de l'âge. Mais il respire. Rien n'est perdu.

Sauver Fernand qui vivait, restait l'unique objectif. La part faite au sentiment et aux larmes, après la mort de Giger, il fallait maintenant continuer à agir, et à agir rapidement. Bientôt l'Hôtel des Grands-Mulets (3051 m.) est atteint et c'est dans un lit qu'Olivier est enfin couché, on le soigne avec les quelques ressources d'un Refuge de trois mille mètres, situé sur un rocher, au sein des glaces. On lui donne du café mêlé au cognac, la seule chose qu'il prenne et qu'on peut lui donner. Le Docteur ne trouve dans la boîte de pharmacie que de la teinture d'iode, de l'eau oxygénée et quelques bandes de pansement. C'est la misère. L'hôtel absorbe tout. Place aux victuailles pour les biens portants, ici, aux Grands-Mulets, comme là-haut, à Vallot, place pour les instruments de physique, auxquels est réservé un espace de vingt mètres, tandis que les alpinistes ne disposent pour leur vie que de six à huit mètres de plancher, dans le moisi… Heureux celui qui, aux Grands-Mulets dispose d'une bonne bourse et d'une bonne santé ; heureux celui qui, à Vallot, jouit du beau temps.

Olivier dort toujours. A côté de lui, on dépose son camarade sur lequel trois heures durant, mais en vain, le Docteur fait pratiquer la respiration artificielle. Kissling veille entre un mort et un mourant. Il fait tout pour arracher son ami au trépas. L'air, maintenant, n'est plus raréfié, il y a espoir. Du reste, la vie de temps en temps, semble revenir chez Fernand. Une petite excitation se manifeste, sous forme de fièvre. La lutte physique n'est donc pas finie.

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Vendredi 7 août 1925

Par un temps immaculé, la cime du Mont-Blanc s'élance dans l'azur, mais dans l'air pèse une atmosphère de deuil. Les guides décident de descendre à Chamonix la dépouille de Giger, disant que pour le transport d'un vivant, ils ne sont pas assez nombreux. A travers les séracs, un corps inanimé, porté par six guides, est dirigé dans la sombre vallée.

Du balcon des Grands-Mulets, Kissling fait des signaux d'optique. Au moyen de drapeaux rouges, balancés six fois à la minute en décrivant un demi-cercle, il demande de secours aux Chamoniards ­ Une heure perdue, dans ces hauteurs, peut avoir une funeste conséquence ­ En attendant, les habits de Fernand sont attachés à la balustrade des Grands-Mulets. Ils sèchent au soleil du matin.

Enfin, vendredi à cinq heures du soir, des guides arrivés de divers côtés, forment la caravane de secours si ardemment souhaitée durant cette interminable journée, dont chaque moment devait décider du sort de Fernand. Ils sont douze. Certes, ce n'était pas trop pour transporter le brancard sur lequel était solidement attaché Olivier, pour traverser les crevasses scabreuses de la « Jonction » et pour affronter les échelles. Il fallait déboucher de ce dédale avant la nuit, et pour cela se hâter. Dans ces conditions, nombreuses sont les glissages et multiples sont les risques. Tous mirent leur vie au service de notre ami. Plusieurs tombèrent, mais furent épargnés. Durant les derniers reflets du jour et à la lueur des lanternes ils sortirent, sains et saufs de ce chaos ; leur triste cortège s'engagea, en fils indienne, sur les étroits sentiers de la « Montagne de la Côte ». Lugubre ombre de nuit. Au bas de la longue région de sapins les lumière de Chamonix semblaient encore si éloignées…et il était déjà onze heures du soir !

On n'y voyait goutte, la caravane passe en zigzag dans le chemin pierreux. Pas un mot. ­ On entendait que la respiration haletante du malade, le craquement lugubre du brancard et le grincement des souliers. Des moutons effrayés par l'apparition soudaine de ce peloton nocturne, se sauvèrent… et leurs clochettes, dans cette fuite éperdue, sonnaient le glas. ­ Enfin arrivée aux rochers des Pyramides qui se découpent si mystérieusement et quelque temps après au chalet de même nom (altitude 2000 m.).

Samedi 8 août 1925

A minuit et demi, étendu sur un matelas, Fernand est frictionné. En cours de route, cette opération avait déjà été faite, maintes fois. La réaction, cependant, avait toujours manqué. Toutes les fois que Kissling sentait se refroidir les mains de son compagnon, il s'ingéniait à les réchauffer par tous les moyens, mais ses efforts n'aboutissaient pas.

Le jour se lève. Il est quatre heures. Ce sera le dernier lever de soleil sur Fernand vivant.

Enveloppé dans de bonnes couvertures, le malade est porté avec soin, par les montagnards que croisent deux touristes matinaux, et qui ­ soupçonnant un malheur ­ se découvrent respectueusement.

Non ! Pas encore ! leur est-il répondu.

On s'arrête souvent durant cette interminable descente de dix-sept heures. Les hommes doivent reprendre haleine, car Fernand n'est plus glissé, il est porté. Ce n'est qu'à sept heures trois-quarts qu'ils atteignent les Bossons d'où une automobile conduisit à bonne allure Olivier à l'Hôpital de Chamonix, dispersant sur son passage les curieux massés au bord de la route.

A huit heures un quart, le seuil de l'Etablissement était franchi. Il était temps. Fernand n'avait plus que vingt-cinq à trente pulsations à la minute.

Le Docteur fut mandé d'urgence par l'infirmière, mais comme il tardait, Kissling demande à la sœur d'essayer une piqûre au camphre qui sembla parfaitement réussir et après laquelle la respiration se fit plus régulière et les pulsations s'accusèrent plus nombreuses. L'espoir renaissait au cœur ; quand survint le médecin à neuf heures qui déclara, au contraire, le cas désespéré. On court à la pharmacie. Un automobiliste bienveillant permet de faire la course en vitesse. On place des ventouses, on fait agir le sérum (sel de cuisine) pour augmenter le volume sanguin, on recommença les piqûres, puis interviennent ces aides de la dernière heure : les ballons d'oxygène ! Fernand a toujours à ses côtés son fidèle camarade qui, à deux heures de l'après-midi prévient télégraphiquement la famille.

Deux fois le Docteur Hamm avec un professeur vient rendre visite au malade dont l'état ne laissait plus de doute.

Pendant l'absence momentanée de la sœur, et durant son rapide repas, vers les sept heures du soir, Fernand, tout à coup, fût pris de vomissement et bientôt après, fut rappelé à une autre vie, la vie meilleure et définitive.

En hâte, sa mère et sa sœur était accourues. Le train avait eu une heure de retard, et l'on devine en cette occurrence, ce que cela veut dire. Avant leur arrivée, hélas ! le cher enfant avait rendu l'esprit.

Hâlé, comme le montagnard qui revient des sommets, il avait gardé sur son visage l'empreinte du plus noble d'entre eux. Une force, une majesté et une sérénité sans pareilles s'en dégageaient Fernand était beau.­

Plus d'une fois, il avait échappé à une mort accidentelle. La sachant possible, il ne l'avait jamais redoutée, mais l'avais regardée en face, comme un chevalier sans peur et sans reproche. Et pourtant il ne mourut pas dans un accident, mais dans un sommeil. Le mal de montagne qui le prit, lui épargna les secondes tragiques qu'ont connues ceux qui roulent dans le précipice, après avoir lâché prise, ou après avoir senti une prise lâcher.

A son chevet était accourus, le samedi déjà, beaucoup de ceux qu'avaient alarmés les journaux, et dimanche ce fut la succession des camarades éplorés qui s'associaient au deuil général.

Le départ pour Genève, dimanche 9 août 1925, à trois heures de l'après-midi, fut émouvant. La dépouille fut saluée et honorée et pendant qu'elle se rendait en gare des Eaux-Vives, où attendait et espérait encore le brave père de l'enfant, tous les cœurs ébranlés battaient à l'unisson, ici dans la mère patrie, Fernand y comptait tant d'amis !

Aux obsèques, le mardi 11 août 1925, on le vit bien. Les couronnes n'étaient pas un simulacre, mais un hommage vrai. Une population entière défila, comme pour encourager ceux qui pleuraient et pour dire leur attachement à celui qui était si subitement ravi à son père bien aimé, à toute la famille, y compris celle des « Grimpeurs », « Joyeux-Alpins » et celle des « Unionistes ».

Et Fernand mérita ce dernier salut. Il avait été droit, pur, épris d'idéal ; il haïssait ce qui était bas, mesquin et recherchait les choses d'en haut. La montagne l'attirait dans ce qu'elle avait de lumineux et de réconfortant, dans ce que sa possession nécessitait de crânerie et d'endurance.

Cette vie aurait encore beaucoup pu donner.

Mais ce qu'elle a fourni n'est pas vain. L'essentiel est de suivre la trace, trop courte mais très droite, qu'elle a marquée.

Fernand n'est pas perdu. Il a été transporté loin de nous. Lorsque les siens, à l'annonce de la fatale nouvelle, se hâtèrent vers Chamonix, le soleil couchant dorait et glorifiait les glaciers qui descendaient dans la vallée, dans un rayonnement splendide. Mieux que jamais, ils comprirent alors pourquoi le cher disparu aimait toute cette beauté. Et pourtant, la belle lueur du soir n'était que l'image passagère d'une clarté qui ne s'éteint pas et dont Fernand jouit à présent.

L'histoire sacrée dit que quelques privilèges ont été portés au ciel dans un char de feu. Lorsque au sein de l'orage, là-haut, sur le Sinaï de l'Europe, l'âme de Fernand est partie, elle est aussi montée, dans la flamme et dans la lumière, vers cette Demeure où il n'y a plus ni tourmente, ni obscurité.

Après avoir escaladé bien des sommets (dont un des derniers conquis fut le Grand-Charmoz) après avoir caressé bien d'autres victoires (comme la traversée du Grépon 2205/3482 m.) soudain, une voix vient des cieux qui lui dit :

« Mon ami monte plus haut ! »

Première caravane à la cabane du Goûter, samedi 1er août 1925. Guide, Lucien PELLOUX, St-Gervais. Porteur CHAPPLAND, son père est chef du Bureau des Guides à Saint-Gervais. Touriste, Monsieur LAIRE, Adjudant au Parc d'Artillerie à Vincennes.

Deuxième caravane de passage à l'Aiguille du Goûter, composée de parisiens ont demandé au guide Lucien PELLOUX. Ils ont mis deux heures à chercher la cabane des Grands-Mulets.

Une caravane d'un guide de Chamonix, arrivant à la cabane Vallot, le 6 août à 13.00 h., venant des Grands-Mulets, a refusé de nous prêter secours.

Une caravane lausannoise, de passage à la cabane Vallot à 10.00 h., du matin, composée de cinq touristes de la section des Diablerets, qui, eux aussi, auraient pu s'intéresser à leurs camarades suisses. Ils n'ont que demandé du secours aux Grands-Mulets et sont partis.

La première caravane de secours, partie des Grands-Mulets, nous rejoint sur le Petit-Plateau (3956 m.) le 6 août 1925 à 15.20 h. Guides : Georges COUTTET, Lavancher près de Chamonix. Louis COUTTET, propriétaire des Grands-Mulets, URBAIN, porteur.

Cabane des Grands-Mulets (3050 m.) A. KENYON, Chapel Field Works, Dukinfeld, Angleterre et Joseph MEIER, Colmar, Alsace.

Deuxième caravane de secours, partie des Grands-Mulets à 17.00 h., arrive au chalet des Pyramides à 01.30 h., et repart à 04.00 h., pour arriver au village, Les Bossons à 07.45 h. Claret Georges TOURNIER, Marc DEVOUASSOUD, Paul MUGNIER, Basile DUCROZ, Fernand SIMOND, André ROVOYOZ, Albert TOURNIER, Antoine RAVANEL, Auguste PAYOT, Etienne PAYOT, Marcel BOZON, Emile FAVRET. L'automobiliste (Les Bossons-Chamonix) Monsieur SCHUBEL.

Jean Louis KISSLING 1928-1978

Claude Henri KISSLING 1943

Pierre André KISSLING 1946

Les photos de l'ascension sont disponibles dans le groupe :

Le massif du Mont-Blanc.

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Claude Kissling
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29 janvier 2012
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