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Repérage
L'incendie de Blitzingen, septembre 1932

L'incendie de Blitzingen, septembre 1932

13 septembre 1932
Lucie Gapany-Holzer
Monique Ekelof-Gapany

L'incendie de Blitzingen,1932

En rentrant de l'école, en ce mois de mars 1953, je trouve Maman devant ses casseroles, les yeux rougis. Elle est toute habillée de noir. Elle va partir pour le Haut-Valais. Notre grand-père,Tobias Holzer, vient de mourir. Il était âgé, notre grand-père. Il avait 89 ans.

Et les souvenirs remontent au cœur de Maman. En 1932, elle travaillait comme téléphoniste au Standard de Sion. Maman nous racontera plus tard, dans un récit :

" Le matin du 14 septembre 1932, comme tous les matins, je prends mon travail au Standard des téléphones de Sion. C'est là, dans le crépitement des appels que j'apprends le drame qui, pendant la nuit, a ravagé le destin de ceux que j'aime. Blitzingen ! Blitzingen en feu ! Notre village a brûlé cette nuit !

A la mi-septembre, les récoltes sont faites. Les greniers sont remplis de froment et de seigle et les granges de foin. Soudain, un craquement sinistre tire les habitants du village de leur sommeil. Le feu ! Le village ne forme bientôt qu'un énorme brasier qui illumine la nuit jusqu'au fond de la vallée. Le tocsin sonne. Les gens courent de ci, de là. Les pompes à incendie du village trop longues à mettre en fonction sont insuffisantes face à la puissance du feu. Dans leur désarroi, les habitants perdent la tête. Ils sauvent les objets les plus futiles, oubliant dans leur buffet leurs quelques papiers de valeur. Mon père, en aidant des voisins à sauver une personne impotente d'une maison en flammes perd soudain de vue Katharina, ma mère. Il questionne anxieusement autour de lui mais personne ne sait, personne ne l'entend. Chacun n'a qu'une préoccupation, se mettre à l'abri.

Des villages voisins affluent les pompiers mais que peuvent-ils faire avec leur matériel limité devant l'ampleur du sinistre ? En cette nuit, les trois quart du vieux village valaisan sera détruit. L'église qui forme un rempart au feu, en empêche la destruction totale. Après le premier tumulte, les secours s'organisent. Les paysans des hameaux voisins viennent prêter secours et chacun fait de son mieux pour soulager cette population laborieuse qui a tout perdu en une nuit. Chaque famille se serre un peu pour accueillir les malheureux. Tobias, le père, fou d'angoisse erre dans le village sinistré, il appelle sa femme…il craint le pire. L'aube grise se lève sur le village en ruines. On retrouvera Katharina, ma mère, aux abords du village, évanouie. Dans ses mains, elle serre quelques photographies et à côté d'elle gît le tableau du Sacré-Cœur de Jésus, qu'elle a sauvé des flammes.

Evoquer les sentiments de ces gens frappés par ce terrible fléau est impossible. Toute leur vie de travail et de sacrifices, l'incessante lutte pour rendre leur existence et celle de leurs enfants meilleure, leurs joies et leur fierté, tout cela est anéanti en une nuit. Des vieux chalets construits pour durer des siècles ne subsistent que poutres calcinées et soubassements de pierres.

Les secours affluent de partout. Un journaliste du Tagesanzeiger de Zürich qui était par hasard en villégiature dans la vallée de Conches fera un reportage qui aura un retentissement dans toute la Suisse.

En première page de l'illustré, on voit Tobias et Katharina, mes parents. Ma mère porte son premier petit-fils, Vitus Bittel, dans ses bras.

Au lendemain du drame, ils marchent sur les décombres de leur maison."

Récits de vie

Lucie Gapany-Holzer (1914-2000)

in "Enfants du Rhône"

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  • Martine Desarzens

    Cette photo de Tobias et Katharina avec Vitus dans ses bras me touche beaucoup ! L'histoire de l'incendie du village de Blitzingen à la mi-septembre, quelle tragédie et quelle tristesse ! Mes grands-parents du Pays d'en Haut ont bercé mon enfance d'histoire d'incendies de ce type; ma grand-mère était tellement effrayée des incendie de villages; que même lausannoise, elle veillait chaque soir et nous parlait d'un risque d'incendie…… Lorsque je lis ce texte, j'en veux moins à ma grand-mère de nous avoir retransmis une crainte nocturne qui a marqué mon enfance et qui peut réapparaitre par moment dans mes cauchemars……

  • Monique Ekelof-Gapany

    Merci Martine, pour votre écrit, plein de généreuse compassion. Je n'ai que deux photos de mes grands-parents, une plus "officielle" et celle-ci. C'est ainsi qu'elle m'est infiniment précieuse.

  • Martine Desarzens

    Comme je vous comprends.

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