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De la parade à l'etrade

14 juillet 2018
Fêtes des Vignerons, Vevey
Guillaume Favrod

Pour répondre à l’engouement grandissant des précédentes parades, le Conseil de la Confrérie des Vignerons décide en 1797 de procéder au couronnement des meilleurs tâcherons sur la place du Marché. L’espace permet d’y accueillir davantage de spectateurs et de développer une mise en scène digne de ce nom. Une première « estrade » et une enceinte sont construites. Leur taille et leur forme ne sont pas précisément connues. Seule certitude, l’entrée est déjà payante et la foule, assise ou non, est au rendez-vous.

Le succès de 1797 :

Pendant trois jours les voitures n’ont cessé d’arriver à Vevey. Les auberges étaient pleines jusqu’au galetas. Des lits et des chambres, empruntés dans les environs, ne suffirent pas et beaucoup de visiteurs couchèrent à la belle étoile. Le port, devant le Marché, était garni comme une petite flottille. (Tiré d’une source Anonyme, Archives de la Confrérie des Vignerons, 1797)

Au début du 19e siècle, les conflits européens secouent la Suisse et repoussent l’édition suivante à 1819. La Confrérie fait construire trois estrades et prévoit d’accueillir quelques 4'000 spectateurs chaque jour, ce qui correspond à l’équivalent de la population veveysanne de l’époque. Un Ordre de Police, édicté spécialement par la municipalité de Vevey et publié dans le livret de la Fête, interdit toute autre construction sur la place du Marché.

8siem7iedem.s3.amazonaws.com/u... Description de la Fête des Vignerons, 1819, pp. 46-47

Dans un article paru au sujet de cette Fête des Vignerons, Daniel- Alexandre Chavannes, pasteur à Vevey, estime le nombre de spectateurs venus assister aux deux représentations quotidiennes à 10'000, soit le double de la population.

La Fête des Vignerons de 1819 :

La première scène de ce spectacle, unique dans son genre, s’est passée sur la grande place, en face du lac, dont les rives étaient couvertes de barques pavoisées et ornées de feuillages. L’on avait dressé trois estrades, pouvant contenir trois à quatre mille spectateurs ; elles formaient l’enceinte d’un vaste cirque, et l’on a calculé que le nombre des personnes qui remplissaient, soit les estrades soit l’espace qui n’était pas réservé pour les acteurs, pouvait être porté au- delà de 10’000. (Tiré de Fête des Vignerons de Vevey, in Feuille d’Agriculture et d’Economie Générale du Canton de Vaud, 1819)

De tels chiffres paraissent disproportionnés pour l’époque et ne sont pas forcément avérés. Néanmoins, l’enceinte édifiée sur la place du Marché subtilise la Fête aux yeux des curieux.

En 1819 et 1833, les places coûtent entre 1 et 3 francs. Des sommes importantes pour la plupart des spectateurs. Les plus fortunés et les chanceux qui ont obtenus des places à bon prix sont bien assis sur les gradins. Les malheureux qui n’obtiennent pas leur sésame s’amassent autour de l’enceinte et, au risque de se rompre le coup, « s’aguillent » sur les hauteurs pour jeter un œil au spectacle. Durant la Fête de 1819, il est défendu dans toute la ville « d’ouvrir les toits et de s’y placer, afin de prévenir les accidents grave que la chute des personnes et des tuiles pourrait occasionner ; ainsi que de monter sur les arbres et les fontaines » (Description de la Fête des Vignerons, p. 47.) Selon un texte du genevois Vernes-Prescott, l’interdit est rapidement bravé et certains Veveysans n’hésitent pas à monnayer l’accès à leur toiture et empochent un joli pactole.

Assister à la Fête à tout prix :

A notre gauche, les flèches dorées du château Couvreu abritent plusieurs personnes. Sur le toit en terrasse d’une maison, il y a autant de spectateurs qu’on compte de tuiles sur le toit voisin. Celui de la maison Gétaz est occupé par une dame qui l’a payé cinq cents francs. A l’extrémité de la place, le joli campanile de la Grenette est peuplé d’hommes et de femmes […] (Tiré de Vernes-Prescott, L’Abbaye des Vignerons, son histoire et ses fêtes jusqu’en 1865, 1865)

Si les auteurs de l’époque ont quelque peu enjolivé leurs narrations, l’enceinte et l’arène se transforment en véritable scène et les premières illustrations de 1833 donnent une idée plus précise de sa forme. Sur ces représentations, l’arène n’est pas encore complètement close, les gradins tutoient presque la cime des arbres qui environnent la place. Les Veveysans peuvent encore assister aux festivités sans forcément prendre place dans les estrades. Constituée de deux gigantesques gradins sur lesquels près de 5000 spectateurs prennent place, l’arène entoure un escalier d’honneur. L’enceinte comprend une large scène ouverte sur deux côtés, au bord desquels les badauds s’agglutinent sur des plateformes en bois, des bancs ou n’importe quel autre promontoire pour voir défiler les vignerons primés et les 700 figurants en costumes. La scène est richement décorée et les trois arches placées au centre de l’espace scénique préfigurent les arcs de triomphes qui borderont les enceintes de 1851 à 1905.

8siem7iedem.s3.amazonaws.com/u... Les arènes de 1833 © Confrérie des Vignerons

Durant les premières décennies du 19e siècle, la Fête des Vignerons ne cesse de gagner en faste, en couleur et en renommée. Dès 1823, les premiers bateaux à vapeur sillonnent le Lac Léman et assurent des liaisons régulières entre Genève, Lausanne et Vevey. L’accès à la Fête des Vignerons est ainsi facilité dès 1833 par des navettes spécialement organisées et prises d’assaut par les spectateurs. Ce succès a un prix. Même si le public est au rendez-vous, l’édification des estrades, de l’enceinte et la préparation de la Fête exigent d’importants investissements financiers et la Confrérie risque la banqueroute à plusieurs reprises au cours du siècle. Dès 1851, les prix augmentent considérablement et les arènes ne sont pas toujours aussi remplies que les organisateurs le souhaiteraient. Mais, malgré tout, elles continuent de s’élever sur la place, toujours plus grandes.

**Références :**Guillaume Favrod, 1797-2019 : Deux cent ans d’évolution des arènes de la Fête des Vignerons, 2018.

Crédits photographie de couverture : Gravure de l'arène de 1833 © Confrérie des Vignerons

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Guillaume Favrod
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28 novembre 2019
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