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L'usine Gardy en images Repérage

22 août 2019
Collège du travail

Sauvées de la destruction au moment de la fermeture de l’entreprise, les photographies du fonds Gardy témoignent du travail industriel et de son évolution dans le deuxième tiers du XXe siècle. Elles font actuellement l'objet d'un accrochage dans le Couloirs des coups d'oeil de la Bibliothèque de Genève (BGE). Les images peuvent être consultés sur le site de la BGE et deux reportages de la TSR, disponibles sur notreHistoire.ch, rendent compte du travail chez Gardy en 1966 et 1975.

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Atelier de petites pièces, 1948. Bibliothèque de Genève.

L'usine d'appareillage électrique Gardy

Fondée en 1890 à La Plaine par Auguste Gardy et Emile Séchehaye, l’entreprise se spécialise dans la production de matériel électrique. En 1899, elle s’installe à la Jonction dans une usine dotée de fours destinés à la fabrication des éléments isolants. L’électrification alors en pleine expansion conduit au succès fulgurant des fusibles et des coupe-circuits produits par Gardy si bien qu’en 1909, l’entreprise fonde une succursale en France, puis en Belgique en 1913 et en Espagne en 1916.

Durant la Première Guerre mondiale, les commandes affluent et une extension de l’usine genevoise s’avère nécessaire. Gardy fait alors construire un nouveau bâtiment à l’avenue de la Jonction, sur les terrains de l’ancien vélodrome, exploité dès 1919. L’entreprise y développe la production d’appareillages électriques destinés à l’équipement domestique ainsi qu’à la distribution et l’acheminement de courant de moyenne tension. En 1930, elle cesse la production de porcelaine et cède le bâtiment le plus ancien à la robinetterie Kugler.

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Usine Gardy, dite du vélodrome, avenue de la Jonction, 1943. Bibliothèque de Genève.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Société Gardy connaît un fort développement. Les ateliers sont modernisés à plusieurs reprises et la production rationalisée. Au début des années 1960, Gardy emploie près de 800 personnes à Genève, dont de nombreux ouvriers et ouvrières venus de l’étranger, en particulier d’Italie. A partir des années 1970, la concurrence d’autres producteurs et la réorganisation du marché de l’électricité provoquent des difficultés récurrentes qui engendrent restructurations et licenciements. En 1975, la production est transférée dans une nouvelle usine située aux Acacias. Après plusieurs changements de propriétaires, Gardy est finalement rachetée par Asea Brown Boveri (ABB) en 1995, puis définitivement fermée en 1999.

Le fonds de photographies (1918-1958)

Les photographies du fonds Gardy documentent principalement la deuxième usine de la Jonction, celle dite du Vélodrome, entre 1918 et 1958. Commandées par l’entreprise et prises principalement par Max Kettel (1902-1961) et Albert Grivel (1901-1971), ces images présentent le point de vue de la direction et de son service de communication sur l’usine et la production. La mise en scène est soignée, les locaux bien rangés, les ouvrières et les ouvriers appliqués et disciplinés. Destinées à diverses publications documentaires ou promotionnelles, ces photographies rendent compte du processus de production, témoignent de la modernisation des ateliers et valorisent le savoir-faire. Elles offrent les images désormais classiques du travail industriel : alignements de machines desservies par des ouvriers ou des ouvrières ; tables d’assemblage auxquelles s’affairent principalement des femmes ; plans rapprochés mettant en scène le personnel au travail. Sur certaines photographies, la présence de matériel électrique – interrupteurs, disjoncteurs, fusibles – renseigne sur la nature de la production de l’entreprise, même si son usage, en particulier celui des gros appareils destinés aux réseaux électriques, reste mystérieux pour les non-spécialistes.

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Dessinateurs et techniciens, 1955. Bibliothèque de Genève.

Ce fonds de photographies ne documente toutefois pas uniquement la production industrielle, mais retrace les diverses activités de l’entreprise. Il montre également les laboratoires, les magasins, la manutention et les bureaux. Les vues du service de la planification sont particulièrement saisissantes : elles présentent d’imposants tableaux muraux destinés à gérer les calendriers de production et les ressources humaines qui y étaient affectés.

Les pauses, les repas à la cantine ainsi que les moments festifs ne sont pas oubliés. Ils permettent de faire état des responsabilités sociales assumées par l’entreprise: régulation des horaires de travail, subventionnement des repas, prestations d’assurance et de retraite. Bien que le soutien aux activités sportives ne soit pas illustré, il est néanmoins très présent dans le bulletin du personnel et se pratique à travers diverses sections du Gardy-Sports (football dès 1935, puis cyclisme, gymnastique, tir, ski, tennis de table et échecs). Si cette politique sociale répond au paternalisme patronal développé par de nombreuses entreprises pour limiter l’influence syndicale, elle doit également beaucoup à l’action ouvrière. Quelques photographies montrent la commission ouvrière siégeant avec la direction de Gardy. Ces images témoignent du partenariat social qui régissait les rapports de travail dans le secteur de la métallurgie et des machines depuis la signature en 1937 de l’accord dit de « paix du travail » entre associations patronales et syndicats.

Moins explicitement documentés, les rapports sociaux et les hiérarchies qui structurent le travail en usine transparaissent dans certaines images: la place subordonnée des femmes dans les ateliers et les bureaux, la différence entre univers de cols bleus et de cols blancs, séparés jusque dans les pauses, les rapports entre personnel et direction. De même, on peut s’imaginer la pénibilité du travail en usine, la monotonie des tâches, les atteintes à la santé occasionnées par la répétitivité de certaines opérations ou le danger des machines et des produits manipulés, voire le bruit des machines et les odeurs d’huile et de métal. Bon nombre d’éléments, notamment ceux liés aux conditions de travail et aux revendications ouvrières, n’entrent pas dans les préoccupations des commanditaires des photographies. D’autres sources en rendent compte : plusieurs émissions de la Télévision suisse romande et des articles de la presse qui, à l’occasion de conflits, s’intéressent à Gardy, les documents de la commission ouvrière conservés aux Archives d’État de Genève, enfin quelques témoignages oraux enregistrés par le Collège du travail dans le cadre du traitement du fonds en 2018, qui recueillent la parole d’anciens ouvriers et ouvrières de l’entreprise.

Préservées, par Vincent Kessler – alors président de la commission du personnel – et par Marc Winiger – ancien directeur – au moment de la reprise de Gardy par ABB, ces photographies ont été confiées au Collège du travail. Cette fondation conserve et met en valeur des archives sur le monde du travail à Genève en cherchant à tisser des liens vivants entre le passé et le présent. Les documents ont été inventoriés, reconditionnés et numérisés en 2018 grâce au soutien financier de Memoriav et du fonds Mécénat des SIG, puis remis par le Collège du travail à la Bibliothèque de Genève afin que cette dernière garantisse leur préservation à long terme.

Patrick Auderset, coordinateur, Collège du travail

Paru dans Travailler à l'usine. Photographies de l'entreprise Gardy (1918-1958), Bibliothèque de Genève, 2019.

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