L'Ecole suisse de céramique se féminise Repérage

1 janvier 2014
Avenue de la Gare 46 1022 Chavannes-près-Renens
Pierrette Frochaux
Pierrette Frochaux-Chevrot

En 1956, les jeunes filles sont admises à l'ESC, essentiellement comme décoratrices. On estimait que la manipulation de la terre était trop pénible pour elles. Cependant la profession va peu à peu se féminiser et elles auront vers les années 60 accès à toutes les filières.

Une exception : Marguerite Johannel, apprentie dessinatrice, fille de Jean Johannel, contre-maître de 1918 à 1921.

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/61259/

RENEE MANGEAT - DUC : a fait un apprentissage de 1965 à 1969 de céramiste. Elle a fait partie de la première génération de femmes tourneurs : "Mon passage à l'ESC a été une belle période de ma vie. L'ambiance de l'école était quasi familiale, on se sentait bien". Elle garde aussi de très bons souvenir de Pierre Blanc alors professeur de modelage, remplacé ensuite par Jean-Marc Besson qui a suivi l'école lors du transfert à Vevey et y a fait toute sa carrière d'enseignant.

Elle a été très marquée par des professeurs remarquables : MM. Robert Héritier, dessin, Claude Vittel, Adolphe Schweitzer et Jean Allenbach*.

Source : entretien téléphonique en avril 2014

* Voir vidéo de la TSR : http://www.notrehistoire.ch/group/ecole-suisse-de-ceramique-chavannes-pres-renens/video/1212/

MONIQUE DUPLAIN : a fait un apprentissage de 3 ans comme décoratrice, puis comme céramiste (1966 - 1970) d'une durée de 4 ans.

"Cette école était très technique à cette époque. Le grand tournant pour rendre la formation encore plus technique s'est fait dans les années soixante déjà. Il y avait l'influence de professeurs très importants. comme M. Héritier par exemple. La renommée de l'école était excellente à cette époque". Elle garde elle aussi un excellent souvenir de l'école et de sa formation, une très belle période de sa vie. Un petit effectif et un bel esprit de famille régnaient à Chavannes. Elle tourne encore parfois sur un tour manuel qu'elle avait acheté, lors du transfert de l'ESC à Vevey en juin 1970.

Source : Entretien téléphonique en avril 2014 et http://www.swissceramics.ch/fr/membres/galerie/duplain-juillerat-monique.html

DENISE MILLET

En 1965, Denise Millet parvient, avec une volonté déterminée à suivre un stage à l'École Suisse de Céramique. Un stage cependant très court. Elle était « admise » à suivre les cours dans la classe avec les autres élèves, mais sans pouvoir participer à l'enseignement régulier, ni passer des examens. On a tout fait pour la décourager, me dit-elle lors de l'entretien qu'elle m'a accordé en octobre 2014. À 25 ans, jeune maman, elle est jugée trop « frêle » pour faire la formation, généralement décrite comme étant très dure, pénible (sous-entendu pour les filles) et qu'elle est trop âgée pour suivre la formation de céramiste. C'est comme stagiaire, à raison de 3 jours par semaine, puis de 1 jour seulement, qu'elle a appris le métier, en autodidacte. Sa formation théorico-pratique à Chavannes a duré en tout 3 mois. « Les enseignements étaient assez « cachés », les secrets de fabrication de vrais secrets qu'il fallait voler. Elle fouillait pour trouver les « recettes » des émaux et des mélanges de terres, les « trucs », à la cave, dans les ateliers ».

En revanche, l'ambiance de l'école lui laisse un excellent souvenir, à l'instar de ses camarades. Des professeurs, MM. Allenbach et Schweitzer, elle garde d'eux une grande estime.

Très vite après son passage à Chavannes, elle installe son propre atelier. Ses compétences sont reconnues par son appartenance au Centre genevois de l'artisanat puis par l'Association des céramistes suisses. Après de nombreux voyages en Afrique noire : « L'Afrique m'a ouverte à une simplicité matérielle et à la tranquillité du geste », Denise Millet sera invitée comme experte pour les examens finaux de la section de céramique de l'École supérieure d'arts appliquée de Vevey.

Sources : Catalogue de la Première biennale internationale de la céramique - Saint-Cergue 20 septembre - 5 octobre 2014 et entretien téléphonique avec l'auteur le 9 octobre 2014.

Lors de la célébration du centenaire de la section de céramique en 2012 à Vevey on dénombrait 90% de présence féminine dans toutes les volées et cela depuis de nombreuses années.

SUZANNE SCHURCH

Alors qu'elle n'avait que 8 ans, Suzanne Schurch, voit à la Télévision Suisse Romande, vers 1960, un reportage sur Edouard Chapallaz. Il tourne des pièces … et la magie opère. La petite Suzanne fascinée et déterminée décrète : « C'est ça que je veux faire quand je serai grande ! ». Une vocation était née.

En 1967, elle n'a pas encore 16 ans révolus, elle intègre l'Ecole Suisse de Céramique pour suivre sa formation de céramiste. Le choix d'options antérieur pour devenir tourneur, mouleur ou décorateur a été aboli. La formation est désormais complète et compte toutes ces options, la formation dure désormais 4 ans.

La composition des classes était hétérogène, il y avait des adultes, des étrangers, d'anciens élèves des beaux-arts et des jeunes sortant tout juste de la scolarité obligatoire, comme elle.

La première année se passe : « … à dessiner des hiboux, sous la houlette de M. Héritier » me dit elle. Elle garde de lui, qui l'a beaucoup marquée comme enseignant, un grand respect et un excellent souvenir.

Trop jeune pour être dans une chambre indépendante, elle fait les trajets quotidiennement de la gare de Nyon à la gare de Renens. Une sélection sévère avait lieu après 2 ou 3 mois. Seuls 5 élèves pouvaient poursuivre la formation. Brillante, elle a toujours été 1ème ou 2ème de sa classe.

Son diplôme en poche, elle fait quelques mois de stage en Suisse alémanique. Découvrant par hasard un reportage dans le magazine Marie-Claire, sur une extraordinaire maison au toit de chaume en Bretagne, elle décide d'offrir ses services au propriétaire des lieux, le potier-céramiste Gustave Tiffoche. Il est déjà renommé et l'engage tout de suite, séduit par sa spontanéité et la façon qu'elle avait de se présenter, de parler de son métier.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Tiffoche

Elle a travaillé dans son atelier à Guérande de nombreuses années. puis, chez des potiers étrangers (Danemark, Angleterre, Irlande). A son retour d'Irlande, elle enseigne pendant un an à l'école de céramique de Berne, fondée en 1906, antérieure de 6 ans à celle de Chavannes-près-Renens. Puis, l'envie d'avoir son propre atelier étant venue, elle a l'opportunité de louer durant un an l'atelier des céramistes Evelyne Porret et Michel Pastore, qui repartent en Egypte, dans le Fayoum.

http://www.lecoindesceramistes.fr/les-ceramistes/parnom/porret_evelyne_pastore_michel/pages/porret_pastore_15.htm

La région de l'Anjou lui convenant, c'est dans les vignes, à Saint-Rémy La Varenne, près d'Angers, qu'elle construit son propre atelier, où elle recevra régulièrement des stagiaires.

A l'école de céramique on cuisait à l'électricité (fours électriques installés vers 1945). Ensuite à l'école de Vevey, on cuisait au gaz. La production de Suzanne Schurch était essentiellement utilitaire et elle a privilégié la cuisson au four à bois à cause des teintes et des flammés qu'il donne. Son inspiration lui venait en observant des objets traditionnels comme les jarres, les amphores, les plats profonds qu'elle affectionne particulièrement. Suzanne Schurch m'apprend que c'est en regardant sous une pièce que l'on découvre comment elle a été faite et qu'on peut apprécier l'art du céramiste. Le type de cuisson, de four, la température à laquelle on a travaillé et si on est en

réduction ou en oxydation.

Photo : Pierrette Frochaux - 2014

Vase,11 cm de diamètre, cuisson 24 heures, 6 m3 de bois, à haute température 1300°. Travail de Suzanne Schurch, élève à l'Ecole suisse de céramique.

Le transfert de l'école de Chavannes à Vevey a amputé les élèves d'environ 6 mois de formation. Suzanne Schurch a participé activement au déménagement. Elle a beaucoup aimé, comme ses collègues, ces années passées à Chavannes et l'ambiance de l'école. Elle considère avoir reçu une excellente formation, très reconnue et très respectée qui ouvrait toutes les portes à l'époque. Elle a toujours trouvé du travail avec une grande facilité. Elle a aimé toute sa vie travailler pour les autres et partager son art. Il y a quelques années, Suzanne Schurch, gravement atteinte dans sa santé a cessé son activité.

Sources : Témoignage recueilli au domicile de Suzanne Schurch le 16 octobre 2014 par l'auteur.

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25 juillet 2014
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