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Course UCJG au pic de Jallouvre_10

18 juillet 1931
Le Petit-Bornand-les-Glières
Simone George
Claire Bärtschi-Flohr

Course au pic de Jallouvre (alt. 2438m.)

Rapporteur : Simone George.

18 et 19 juillet 1931

Le temps, vilain les jours précédents, et encore fort menaçant le matin même du départ, laissait chacun dans une grande incertitude, surtout le chef de course, M. Fernand Rapin. Aussi, samedi matin, échange d'un nombre incalculable de coups de téléphone entre les participants pour savoir que faire. Ainsi, si nous n'avons pas fait travailler les CFF, ce fut tout bénéfice pour l'administration suisse des PTT ; ceci compensait cela (ceci dit pour les bons patriotes !!!). Enfin, grâce à l'intervention énergique du président, dont les prévisions météorologiques personnelles étaient très optimistes, la course est maintenue et nous nous retrouvons à 2h samedi 18, vingt et un aux Vollandes sur les vingt-trois inscrits, Messieurs Rapin et Rouget étant partis plus tôt pour nous préparer places d'autocar et logis.

On se case dans le train, malgré la foule, mais à Annemasse, descente pour traverser le hall de la douane. Je dis bien, car ce passage de la douane consiste uniquement à entrer par une porte de cette grande bâtisse et à en ressortir par l'autre, avec pour seul agrément de ne plus retrouver nos places dans le train. Chaleur, calme….relatif.

A l'arrivée à Saint-Pierre de Rumilly, nous allons attendre l'autocar sur le Pont du Diable, ce qui nous laisse tout le temps d'admirer le pittoresque des gorges du Borne et nous pensons avec mépris à tous les gens qui viennent dans cette région uniquement pour se régaler des truites qui vivraient, sans eux, dans cette eau claire.

Montée de la vallée du Petit Bornand dans deux autocars, dont l'un avait un peu l'aspect d'une camionnette servant aux transports des bestiaux (sans allusion aux occupants dudit).

Elle est belle, cette vallée, pentes mi-forêt, mi-pâturage, chalets disséminés, petite chapelle des Eveaux qui domine la route, sur la rive droite, bruit du torrent qui coule tout au fond, invisible, bruit du reste bien étouffé par celui, moins poétique, des moteurs de nos autocars.

Une fois débarqués au Petit Bornand, vers 5h., nous commençons tout de suite à grimper. Mais les derniers chalets dépassés, halte pour le goûter, fort attendu par plusieurs affamés.

Quand nous nous remettons en route, Loulette Champendal se sent incapable de monter et, avec bien des regrets, nous sommes obligés de nous séparer d'elle et nous la voyons redescendre avec son père. (Loulette, malade de leucémie, mourra en 1933_note Claire Bärtschi-Flohr)

Le sentier, assez raide, monte d'abord au flanc d'une belle combe boisée puis devient plus caillouteux et découvert mais le soleil est caché derrière les nuages et nous le louons pour sa discrétion, trouvant la chaleur déjà plus que suffisante.

M. Rapin, qui a déjà retenu notre dortoir, vient à notre rencontre et tout en traversant les pâturages, nous contemplons les chalets, joliment groupés, de Cenise de dessous et de Cenise de dessus, avec sa croix bien posée au haut du plateau, les bouquets de sapins, taches sombres.

M. Daniel Rouget, à son tour, vient au devant de nous et nous voici bientôt arrivés à notre logis d'une nuit. Il est 7h et demie, un dernier rayon de soleil éclaire les sommets et les hauts pâturages, plus loin, vers le sud. Un vent frais nous oblige à abandonner le coin de pré où nous voulions nous installer et à transformer, pour l'instant, notre dortoir en salle à manger. En face de nous, le Jallouvre, que nous allons conquérir demain, s'incendie au soleil couchant.

Renée Champendal

Nous nous régalons d'une grande marmite de lait - ou plutôt de son contenu - que notre hôtesse a fait bouillir pour nous avec beaucoup de complaisance et de gentillesse, mais nous constaterons plus tard que tout cela se fait largement payer. Pendant ce temps, Messieurs Rapin et Rouget sont particulièrement fiers d'une soupe de leur composition où il entrait une telle quantité de fromage qu'ils craignaient de manquer de recul pour tirer les fils.

D'autres personnes arrivent qui coucheront dans la même grange que nous : cela ne nous enchante guère, mais quoi…..

Après nous être assis sur des troncs d'arbres, chansonniers en main, - étions-nous contents de les avoir ces chansonniers ! - et pendant que peu à peu l'obscurité nous envahissait, nous avons fait résonner nos voix, heureux de pouvoir chanter ensemble et d'exprimer ainsi notre joie pour ce repos dans ce beau soir, au milieu de cette ambiance de calme et de paix.

Quant la nuit fut tout à fait venue, nous prîmes possession de nos lits, si l'on peut dire. Enfin, étendus sur une bonne couche de paille avec un oreiller fait d'un sac rempli de foin - du moins, côté filles - c'était presque confortable. Il y eut un moment de fou-rires et d'échange de plaisanteries et M. Rouget, particulièrement en verve, se chargeait d'amuser la galerie. Il passait beaucoup de monde autour du chalet et à un moment où des pas se firent entendre tout près de notre porte, il s'écria : « C'est le garçon qui vient cirer nos souliers ! ».

Mais tout devint assez vite silencieux. Silencieux à notre étage, car au rez-de-chaussée, occupé par les vaches, il n'en était pas de même. Nous pouvions deviner leurs mouvements à la façon dont les clochettes s'agitaient, tantôt en solo, tantôt en duo : quand encore elles ne poussaient pas de grands soupirs nostalgiques, à moins que ce ne fut simplement un brin de paille qui leur chatouillait le museau, comme a dit Renée. Et c'étaient des voisines non seulement bruyantes, mais encore odoriférantes ! Tout cela fit que ceux qui dormirent furent rares, mais nous n'en étions pas plus malheureux et n'en avons eu que moins de peine à nous lever à l'heure prévue, 5h.

Toilette sommaire à la petite fontaine, déjeuner composé d'une nouvelle marmite de lait. Départ à 6h moins le quart. Nous laissons Renée au chalet. Elle gardera nos sacs. Sa jambe encore trop fraîchement recollée ne lui permettant pas de tenter l'ascension.

Il fait un joli temps, le ciel se découvre, mais le vent souffle avec force, du moins il nous le semblait, mais nous verrons en haut ce que c'est qu'un vent violent.

Nous grimpons raide pour attraper l'arête verte et il faut quelques petits arrêts pour permettre aux moins vaillantes d'entre-nous de reprendre leur souffle. Une fois sur le sentier de l'arête, la montée est très plaisante. A notre droite, nous avons quelques monticules qui nous cachent Cenise d'abord, mais nous les dominons bientôt. De loin en loin le sentier passe au bord même de l'arête et nous permet de jeter un coup d'œil sur des descentes vertigineuses, à gauche. Nous atteignons le pierrier qui est un des bouts les plus pénibles, mais une fois qu'il est fait, nous sommes à l'entrée du rasoir.

La violence du vent rend plus difficile et plus impressionnant le passage du rasoir qui s'effectue sans anicroche, les jeunes filles bien encadrées par les jeunes gens ; mais qui donne une petite sensation glorieuse à ceux, et celles surtout, qui n'avaient fait jusque-là que de la montagne à vaches.

La photo ci-contre fut prise en passant le rasoir à la descente. Merci au photographe qui nous permet d'illustrer abondamment cette course !!!) Puis on longe le Jallouvre sous la crête, au flanc des rochers, pour arriver à son sommet par le sud.

Vue sur le lac de Lessy.

Quelques petits passages où il faut être prudent et nous voici au but ; il est 8h20 minutes. Là, un vent à décorner les bœufs nous fait chercher un abri ; aussi, après avoir contemplé un moment la vue côté est, vue du reste un peu gâtée par les nuages qui barraient de place en place la chaîne du Mont blanc, mais encore belle au premier plan et plus au sud vers le Dauphiné, nous installons-nous sur les rochers, regardant vers Genève. Le Salève paraît une taupinière, le Jura, une vague muraille et le Léman une vaste ardoise gris bleuté.

Quelques chants, mais nous sentons bientôt le froid et nous commençons la descente sans incident, jusqu'au moment où Hélène Décosterd, en descendant le pierrier, roule plusieurs fois sur elle-même et s'écorche joliment mais sans autre mal et après que notre samaritain, M. H. Gurtler, eut rempli son office, elle put continuer sa route prudemment. Plaisir des glissades sur la neige et nous voici de nouveau sur l'herbe aux fleurs merveilleuses et éclatantes, rouges, bleues et jaunes.

De retour au chalet, à 10h et demie, nous cherchons un joli coin abrité pour manger et avant de dîner, M. Léo Reymond nous fait le culte : chant, lecture de quelques psaumes magnifiant l'œuvre du Créateur et d'un passage du Sermon sur la montagne. Puis, dans sa méditation, il nous dit que loin d'être hypocrisie, le culte en plein air est une occasion de nous élever spirituellement comme nous nous sommes élevés en altitude et qu'ainsi, nous rapporterons un bénéfice double de nos courses. Jésus allait aussi sur la montagne pour prier et les Huguenots avaient, au risque des pires souffrances, leur culte dans les coins sauvages des Cévennes. Que notre vie tout entière soit une ascension. Chant, prière, chant.

Après le dîner, qui fut fort substantiel pour quelques-uns (justement ceux que montre

la photo ci-contre)


Renée Champendal

Nous chantons de nouveau et jouons aux métiers : moments pleins de franche gaîté.

A 3h moins le quart, départ. Le ciel est très gris, le vent souffle toujours mais nous arrivons au Petit Bornand sans pluie encore et de là l'autocar nous mène à St-Pierre de Rumilly où autour des traditionnelles bouteilles de limonade, M. Rouget remercie le chef de course, son second M.. De Bay et le président, pour cette belle course et nous fait battre un BAN de cavalerie en leur honneur.

Quatre minutes avant l'heure prévue par l'horaire, soit à 6h15 au lieu de 6h19, le train arrive en gare (ceci pour étonner les gens qui se plaignent sans cesse du retard des trains en France), et, tout à la queue, car il est bourré, nous trouvons des places. Chants et même un peu de chahut dans certains compartiments. La pluie qui a eu l'esprit de tomber une fois que nous étions à l'abri, trouve tout de même le moyen de nous ennuyer puisqu'une gouttière oblige les occupants d'un compartiment à déménager.

Arrivés aux Vollandes, nous commençons à nous séparer, mais tout un groupe part à pied et après avoir fait sonner glorieusement nos souliers cloutés sur les trottoirs de la ville et avoir été assez flattés de la curiosité plus ou moins sympathique que nous soulevions au passage, nous montons l'avenue de Châtelaine, toujours entraînés par ceux qui ne sont pas encore fatigués d'avoir tant chanté.

A Châtelaine, nouvelles séparations et ce n'est plus qu'un dernier petit groupe qui monte, sous la pluie, jusqu'à Vernier.

Tous, nous avons été heureux de cette course, aussi belle par la beauté des paysages qu'elle nous a permis de contempler, que par l'esprit de camaraderie, le joyeux entrain et la saine gaité qui n'ont cessé de régner. Et nous ne pouvons que nous joindre aux remerciements que M. Rouget a déjà adressés au chef de course qui s'est vraiment dévoué, avant l'excursion, pour tout organiser, et pendant, pour que chacun la fasse sans fatigue et sans peine. Et le culte que nous avons eu qui était un peu une expérience puisque le premier que nous faisions à une course, a été un des beaux moments de la journée où nous nous sommes sentis des unionistes heureux de se recueillir dans cette grande nature et il nous aide à garder de cette course un souvenir plus profond.

Simone George

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