Journal d’Edith Matthey-Junod (1919-2012) La vie à Chaumont (NE) au début du 20e siècle Repérage

Edith Matthey Junod 1919-2012
Claude-Alain Wenger

Préambule :

Dans ma jeunesse, je n'ai jamais pensé écrire mon journal, mais avec la vieillesse, j'ai un long film dans ma tête.

J'aime raconter mes souvenirs mais ont dit que je parle beaucoup ! Pourtant c'était un autre temps et quand les gens sont morts, ont dit souvent « si je lui avais demandé », mais il est trop tard ! Alors pour passer le temps, j'ai décidé de l'écrire.

Enfance

Mon papa, Ami-Frédéric-Louis Junod habitait « Les prés sur Enges ». Il y était fermier d'un domaine appartenant à Monsieur Max Carbonnier de Wavre.

Avant de se marier, il y avait déjà passé quelques années avec un de ses frères pour faire le travail.

Maman, Rose Perriard qui est née à la Combe d'Enge (actuelle maison des amis de la nature) à vécu 10 ans à St-Blaise comme servante chez deux vieilles demoiselles Châtelain et leur neveu, Monsieur Edmond Reinwald, pasteur.

Maman était l'ainée de sa famille, née le 23.10.1893 elle avait 16 ans lorsqu'elle est montée le « Pouet sentier » pour apporter sa première paye de CHF 30.- à ses parents qui habitaient la maison natale de la combe d'Enge. C'était en ce temps là un petit domaine.

Mes arrières grands parents sont partis de ce lieu vers 1914-1915 pour venir habiter la Ferme de l'asile à Saint-Martin, c'est là que mes parents se sont mariés le 29.03.1919.

Après la cérémonie au temple, ils se sont rendus avec 3 breaks conduits par Messieurs, Tripet, Veuve et Guyot de St-Martin en direction de Cernier pour y faire une photo puis par Neuchâtel à destination de St-Blaise où les « 4 heures » les attendaient chez les demoiselles Châtelain, elles avaient invité toute la noce (je trouve que cette invitation était une belle récompense pour maman).

Après cette collation, ils sont montés à la métairie de Cressier où habitaient les parents de papa, (Charles-Hilaire Junod et Mathilde (Knecht)), ils étaient attendus pour le souper, puis ensuite ils repartirent pour dormir aux Prés sur Enges, accompagnés par les sœur de maman, ils durent chausser des gros souliers afin d'affronter la neige tombée durant le souper.

Naissance

« Moi », je suis née la première, le 23 décembre de 1919 à 8h du matin à la maternité Pourtalès de Neuchâtel.

Donc le 23 décembre, une communication téléphonique à été transmise au restaurant d'Enges où il y avait un téléphone publique, afin que quelqu'un avise Ami Junod de la naissance d'une petite fille et que tout allait bien pour la mère et l'enfant.

Mais… personne n'est allé, le jour suivant, le 24, l'oncle René Junod passe au restaurant et la tenancière lui dit « Tu diras à Ami qu'il a eu une petite fille », René s'étonne et demande pourquoi ils n'ont pas été prévenus ? La réponse est la suivante… « Mais tout allait bien alors… ».La première visite du papa eu lieu le jour de Noël.

Chapitre II

J'ai un peu grandi et mon premier souvenir est celui de mon grand-papa Charles-Hilaire Junod. Il était au lit, malade et on m'a dit de l'embrasser, j'imagine avoir été impressionnée par sa grande barbe grise, c'est pourquoi j'en ai gardé le souvenir

Il est mort le 4 janvier 1923 à l'âge de 77 ans, moi, j'en avais 3

Le second souvenir est une plus longue histoire. J'ai été opérée à l'âge de trois an d'une hernie au nombril cela s'est passé à l'hôpital Pourtalès de Neuchâtel, j'ai eu beaucoup de chagrin de devoir rester ainsi éloignée de mes parents dans un endroit que je ne connaissais pas. J'ai souvenir que dans ma chambre il y avait une petite fille aux cheveux noirs ainsi qu'un petit garçon avec un bandeau sur un œil.

La suite de l'histoire, je l'ai apprise à l'âge de 18 ans dans ce même hôpital ou j'ai passé Noël 1937 opérée pour une appendicite.

Le troisième jour de mon hospitalisation, les docteurs regardent ma cicatrice et l'un dit à son collègue, on peut la faire rire aujourd'hui ! Il sort et revient peu de temps après avec un vieux cahier, l'ouvre et le lit…

C'était une petite fille aux boucles blondes opérée d'une hernie, son camarade de chambre était là pour une opération d'un œil, pendant l'absence de la sœur le petit garçon est allé dans le lit de la petite fille et comme la sœur revenait, elle les vit s'échanger un baiser.

Cette sœur avait écrit cette histoire dans son journal intime et c'est ainsi que 15 ans plus tard on me la conta.

C'était des sœurs de Saint-Loup et le petit garçon avait mon âge et habitait Chézard, il avait joué dans le sable avec une fourchette et par un faux mouvement elle lui était arrivée dans un œil.

En 1921 mes parents ont déménagé, ils sont partis des Prés sur Enges pour venir s'installer à Chaumont où ils ont loués 50 ans durant le domaine de Monsieur Carbonnier.

Il avait dit à papa de venir s'y installer afin d'installer son charretier aux Prés sur Enges. Papa avait passé 12 ans de sa vie dans cette ferme et s'y plaisait beaucoup, il fut triste de devoir déménager, mais une fois installé à Chaumont il s'y plu beaucoup. Du même coup, la famille de maman venait plus souvent leur faire visite et les aider.

Mes tantes aimaient chanter et comme il n'y avait pas de radio, le soir après le travail, elles se réunissaient avec mes parents devant la maison sur le banc afin de pousser la chansonnette. Il n'y avait pas de bruits, pas de voisins tout au plus le bruit d'une chouette dans les bois ou un renard rôdant près de la maison.

Les jours de beau temps la vue sur le plateau et les Alpes bernoises était magnifique et le matin lorsque le soleil se levait derrière l'Eiger le spectacle était féérique. Depuis lors les sapins ont grandit et la vue n'est plus tout à fait la même

Je me vois encore quand j'avais 4-5 ans, avec mes sœurs, Claudine et Lucette sur couverture à l'ombre du plane et maman qui nous passait par la fenêtre de la cuisine, à chacune notre biberon plein de bon lait et de cacao, ou de thé pour étancher notre soif.

Ecole

En 1926 je dois me rendre à l'école, j'avais une heure de marche, seule pour rejoindre l'école de Chaumont depuis notre maison, c'est pourquoi, mes parents ont décidé de me « mettre » en pension une année chez mes grands-parents Perriard à Saint-Martin et je suis donc allé au collège de Chézard.

Quand je partais pour l'école l'après midi, ma grand maman me donnait un petit coup de nettoyage avec la « patte à relaver » sur ma bouche où il restait des miettes de pain de midi, c'était une très gentille femme que j'aimais beaucoup, mon grand papa Perriard était très petit rouquin, avec une grande moustache.

La famille se composait en plus de mes deux grands parents, de l'oncle Emile Matthey, frère de grand maman, il était célibataire et vivait avec eux, je l'ai vu manger pour ses 10 heures, un gros oignon avec une tranche de pain et sans faire la grimace.

Il y avait aussi dans la famille Perriard, tante Alice, qui vivait à Cernier elle faisait le ménage chez la famille du garde forestier cantonal, Monsieur Veillon.

Jeanne, petite comme grand papa, quand elle était petite elle allait à l'école au petit collège près de la Charrière à Chaumont (commune de Savagnier, fermé dans les années 1920) et quand il y avait trop de neige, grand-papa la mettait dans une hotte sur son dos pour la porter à l'école.

Berthe, qui était couturière et allait de famille en famille afin d'y confectionner des habits sur mesure.

L'oncle Georges était à la ferme pour aider grd-père, il s'est marié en 1928 et s'est installé au domaine de M Debosset à Chaumont.

Arthur, lui est décédé en 1932 à l'âge de 34 ans.

Edmond aidait au facteur du village Monsieur Blandenier il me semble me souvenir qu'il portait le courrier jusqu'à Pertuis

Louis avait 10 ans de plus que moi il travaillait à la fabrique Sandoz dans les hauts de Saint- Martin.

Tout ce monde faisait une belle tablée le soir au souper pour manger les «rondes» (pommes de terre en robe des champs) avec de la salade ou du fromage ou même de la confiture. Personnellement je n'aimais pas la confiture sur mes « rondes », nous buvions du café au lait. Le lait était vendu à cette époque 19 cts du litre, je pense que le thé quant à lui coutait plus cher.

Après le repas, grand maman versait les restes des pommes de terre sur la table et chacun les pelaient pour en faire des röstis pour le déjeuner. Cela se faisait ainsi dans toutes les familles à l'époque !

Ma grand-mère nous tricotait nos bs de laine pour l'hiver, beiges ou bruns, ils me piquaient un peu les jambes mais ils nous tenaient bon chaud !

Elle avait de petites lunettes rondes, quand elle était fatiguée, elle les remontait sur sa tête et s'assoupissait un instant. Mon grd-père chiquait, il prenait une pincée de tabac, en faisait une boule comme une noix qu'il mettait dans sa bouche comme aujourd'hui avec les chewin gum.

Chapitre III

Après cette année scolaire passée à Saint Martin, je suis remontée à Chaumont pour faire ma seconde année d'école.

Nous avons continué par la suite d'aller visiter mes grands-parents, avec le cheval Fleurette, l'été en voiture et l'hiver en traineau. C'est lors d'un retour de l'une de ces visites à Saint-Martin que le cheval ne pouvait plus avancer en descendant le dernier bout de chemin menant à notre maison tant il avait neigé durant la journée. Papa est allé chercher une pelle afin de le dégager.

La même aventure est arrivée à maman quelques années plus tard, rentrant de Neuchâtel, elle fut également bloquée par la neige à la nuit tombante, nous étions très inquiets ne la voyant pas arriver.

En 1932 me grands-parents Perriard vu leur grand âge sont venus vivre chez l'oncle Georges à la ferme située à Chaumont de Bosset, il y avait là une chambre pour eux.

Grand-maman n'est pas restée longtemps avec nous, je me souviens du 3 septembre 1933 jour de son anniversaire, elle est venue dîner chez nous, la même année à la fête de Noël à la chapelle de Chaumont, j'étais malade et c'est ma bonne grd-maman qui est venue pour me tenir compagnie, nous avons passé l'après midi ensemble, elle près du fourneau. Je la vois encore en janvier 1934 partir chez tante Berthe à Cressier Où papa l'emmenait pour quelques jours. C'est la dernière image d'elle, 8 jours plus tard elle décédait d'une pneumonie à l'âge de 67 ans.

Mon grand-papa a encore vécu 4 ans, il buchais du bois et chantait des cantiques à ses petits enfants. Un après midi il s'est senti mal et à demandé à voir maman, l'oncle Georges l'a aidé à s'aliter et il est décédé, c'était le 10 mars 1938.

Chaumont avril 1927

Nous commencions l'école au printemps en ce temps là, la scolarité était de 8 ans, me voilà donc partie pour 7 années d'école à Chaumont, avec ma sœur Claudine pour deux ans, puis avec Lucette, j'ai quitté l'école au moment où mon frère André la commençait.

Il nous fallait environs 1 heure de marche à nos petites jambes pour arriver au collège et cela par tout les temps ! Et pourtant que de beaux souvenirs, en chemin nous croisions quelques fois un beau petit chevreuil, un écureuil traversait la route devant nous pour grimper à un sapin, un bouvreuil sur une branche et même une fois un couple de faisans. En hiver la neige, au printemps les fleurs, violettes, primevères…..

Nous mangions, des fraises et des framboises des bois, des noisette et le bon pain de Mme Knecht qui n'était pas riche, mais avait bon cœur.

Le 3 septembre 1927

Ce jour là, nous avons du mettre nos plus beaux habits et nous rendre au grand Hôtel de Chaumont pour chanter quelques chants à de grands personnalités En effet le Président de la Confédération, Monsieur Guiseppe Motta et sa suite étaient présent pour un banquet.

Alors une petite fille nommée Edith est allé en tremblant porter un bouquet de fleurs des champs à ce grand monsieur, je les vois encore tout vêtus de noir Quand je lui ai tendu mon bouquet, il m'a donné une grosse bise sur le front, ce dont je fut très fière et le reste encore aujourd'hui !

Au printemps 1928 on nous a présenté une nouvelle institutrice en remplacement de Mlle Edith Houriet. Elle était jeune et portait une robe verte, elle me plaisait beaucoup, j'ai fait toutes mes classes avec elle (si on excepte la première année à Saint-Martin). Elle se nommait Andrée Borel et était la fille du conseiller Antoine Borel.

Nous étions 15 à 20 gamins dans la classe, de tous les « ordres » du plus petit au plus grand. Dans mon « ordre » nous étions quatre, André Krähenbuhl et son cousin Paul Krähenbuhl, ils venaient du Pré Louiset (avec leurs frères et sœurs) puis Numa Gyger et moi.

Je garde un bon souvenir de ces années d'école, j'aimais particulièrement la géographie, mais faisait des fautes d'orthographe et je continue d'en faire !!! Mais j'ai réussi chaque année mes examens.

C'est dans un sac touriste qu'on apportait notre pain pour la journée, le lundi nous avions du bouilli du rôti (reste du repas du dimanche), un autre jour c'était un œuf dur ou un morceau de chocolat ménage, ou uniquement un morceau de ce pain fait au four par maman.

Un partie de la ration, nous la mangions déjà lors de la récréation du matin, la marche nous avait ouvert l'appétit, et ce malgré un bon petit déjeuner fait de rösti ou de Grieß à la semoule avec du sucre et de la cannelle, un peu de crème fondue par-dessus.

Lorsque le pain devenait un peu sec et dur, nos le coupions et en petits morceaux et le mettions dans un grand bol avec du cacao, on appelait ça de la « trempette ».

Il nous arrivait assez souvent de passer par la Charrière chercher Numa Gyger, sa maman nous préparait de la farine rôtie dorée refroidie elle y ajoutait du sucre et en remplissait pour chacun une boite « Gaba ».

Le long du chemin on trempait la langue on refermait la boite et recommencions de plus belle, c'était vraiment très bon… merci Mme Gyger !

Arrivé à l'école, dans un premier corridor, nous secouions la neige de nos habits et les suspendions, il y avait un long banc pour nous asseoir et enlever nos chaussures. Puis il y avait un second corridor plus grand avec une table et des bancs, car dès le 1er novembre on mangeait la soupe à l'école.

Pendant les leçons du matin une grande fille allait brasser la marmite de soupe qui se trouvait sur un potager à gaz dans la cuisine de l'institutrice. A midi, les « grandes » mettaient la table chacun avait apporté son assiette et sa cuillère, il n'y en avait pas deux pareilles. La maîtresse apportait la marmite de soupe et dinait avec nous assise en bout de table. On avait tous très faim et on restait tranquillement assis à notre place, il y avait des soupes au riz, ou lentilles, au potage Maggi, celle que je préférais était le bouillon de légumes avec de tout petites pâtes. Une fois la soupe de gruau avait brûlé et avait le gout de « Brulon », nous l'avons mangée malgré tout

Durant l'été on avait congé l'après midi, le mardi seules les filles assistaient à la leçon « d'ouvrage », c'est nous qui étions les plus éloignées de l'école, les 3 petites Junod apportaient un petit bidon de soupe que l'institutrice nous réchauffait, la bonne soupe faite par maman le soir précédent.

C'était toujours moi l'ainée qui devait porter le bidon, un jour un peu mal lunée ! Je l'ai abandonné au milieu des champs, mes sœur sont passé à côté sans le prendre ce qui fait que j'ai finalement du rebrousser chemin pour le rechercher.

A l'école par beau temps, on allait sous les noisetiers pour tricoter assises sur des bancs de pierre, c'était un après midi de repos. Je vois encore le beau pull que j'ai tricoté la dernière année, c'est papa qui avait acheté la laine à Saint-Blaise lors d'un voyage au moulin, chez le charron et au magasin d'alimentation, à son retour nous trouvions un petit paquet rose avec des bonbons, cadeau de la dame du magasin. Il s'y rendait environs deux fois par mois avec son cheval Bijoux.

Le matin nous nous levions à 6h30 nous déjeunions copieusement, puis notre heure de marche pour l'école et retour à la maison aux environs de 16h30, alors c'était les tartines puis on aidait un peu et vers 19h nous soupions, faisons nos devoirs et finissions par nous endormir.

Nos Noël à l'école.

Je veux vous raconter les beaux Noël que nous avons passé. Je pense que pour tous les enfants, Noël est une très belle fête…mais il y a une grande différence entre nous et nos petits enfants et arrières petits enfants.

Nous avions beaucoup plus de temps pour vivre, au mois de novembre, ont préparaient déjà la fête, en apprenant 4 ou 5 chants, des poésies et des dialogues pour que le soir de Noël ils soient connu par cœur !

Entre deux chants, une dictée, un calcul mental ou un problème…nous faisons une quantité de programmes sur une feuille à dessin pliée en deux, sur un côté, un dessin et sur l'autre, nous écrivions les titres de nos chants et les distribuions à l'entrée le soir de Noël.

Il y avait également les cadeaux à faire pour nos mamans, les garçons tricotaient des bonnets pour leurs petits frères.

Nous brodions beaucoup également, aux points de croix. Je me souviens avoir fait un grand coussin avec une coccinelle, il est resté des années sur le divan à Chaumont.

Nous faisions également des calendriers sur du carton, avec des dessins ou du collage de papier. Un après midi, « les grands » allaient chercher du lierre en forêt près du collège, parfois assez bas dans la côte, c'était pour décorer la chapelle.

Il nous fallait aussi un après-midi ou deux avec un vieux Monsieur Bolle de Neuchâtel qui venait perfectionner nos chants avec l'harmonium.

La fête se célébrait le dimanche après-midi vers 15h un semaine avant Noël. On arrivait en traineau avec la grelotière au cou du cheval et nous les pieds dans la paille, une couverture sur les genoux afin d'avoir plus chaud. La fête durait entre 1h30 et 2h, le cheval nous attendait sagement devant la chapelle, sous l'escalier avec les couvertures sur son dos, ou par très mauvais temps, à l'abri dans une écurie chez Monsieur Schneiberg.

Le jour de la fête dans la chapelle, il y avait un fourneau à bois bien chauffé, la table de la communion remplie de paquets et de cornets, la chapelle pleine de monde. Dans cette foule il y avait des dames de Neuchâtel qui passaient l'été à Chaumont, elles nous tricotaient à chacun, l'une un pull en laine à longue manche, une autre une écharpe de toutes les couleurs avec laquelle nous faisons 3 fois le tour de notre tête pour avoir bien chaud aux oreilles.

Dans les cornets, il y avait chaque année un tas de bonne choses, des oranges, des mandarines, des bâtons et des souris en chocolat ainsi que des cacahuètes et des biscômes, tout cela donné par des gens heureux de nous faire plaisir.

Par une porte intérieure, on arrivait en habits du dimanche en se donnant la main deux par deux, un peu intimidé par tout ce monde.

Oh que c'était beau ce grand sapin illuminé par toutes ses bougies et le « voici Noël » chanté par tous. Le Pasteur Daniel Junod qui officiait, nous racontait de belles histoires.

Ma sœur Claudine a chanté de nombreuse fois seule devant toute cette assemblée.

A la sortie, il faisait déjà nuit, ont retrouvaient notre cheval pour retourner à la maison, le traineau était plein de gens sur les lugeons, nous étions tous heureux et tout le monde chantait à nouveau….

Après ce Noël, nous faisons une surprise à la maitresse d'école. Le lundi matin nous partions plus vite que les autres jours, un garçon apportait un sapin d'un mètre, un autre les bougies et chaque élève un cadeau, un petit sac de Pommes de terre, des choux raves, quelques carottes, des poireaux ou une taillaule. Nous allumions le sapin et chacun allait à sa place. J'imagine que la maitresse se doutait de la surprise qui l'attendait, elle rentrait dans la classe une fois qu'il n'y avait plus de bruit, ont se levaient pour lui souhaiter un joyeux Noël, elle prenait ses cadeau et nous chantions.

Puis elle nous racontait une histoire généralement assez longue. Ensuite nous allions manger notre soupe et l'après midi elle nous passait un film muet de LAUREL ET HARDY, suivait une collation et plus tard sa maman avertie, arrivait avec un grand carton de pâtisseries, c'est peut être la seule fois de l'année que les petits Chaumoniers en mangeaient avec plaisir, puis c'était les vacances de Noël…….

Noël à la maison

Après avoir fêté Noël à l'école, c'était le 25 décembre Noël à la maison. C'est un beau souvenir malgré le fait qu'il n'y avait pas de cadeaux sous le sapin, le père Noël ne connaissait pas encore toutes les maisons, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui !

Noël c'était donc surtout un sapin illuminé et un bon dîner à la chambre, c'était aussi de voir arriver le facteur avec un petit sac en jute plein d'oranges que Mlle Monnier nous envoyait depuis Lausanne et la bonne taillaule cuite au four par notre maman. Ça sentait bon Noël.

Entre Noël et nouvel an, les cousins de Clémesin venaient passer deux jours avec nous, nous étions contents de les voir arriver et on avait du plaisir à chanter ensemble et réciter nos poésies.

Maman faisait pour Noël une fournée de taillaules : 10kg de farine-2kg de sucre-150gr de saindoux- 1kg de beurre- 2 citrons râpés- 6 litres de lait- 120gr de levure de bière et 60gr de sel.

Au sortir du four, elle les appuyait contre des buches de bois et les laissait refroidir. Les taillaules se conservaient longtemps, emballées dans du papier et glissées dans une marmite ou un seau en métal, elles pouvaient « tenir » environs 15 jours.

Noël passé, arrivait le nouvel an, nous n'avons pas souvent veillé, mais je me souviens du plaisir que nous avions quand tante Jeanne (sœur de maman) oncle Charles, Claudine et Nelly Weinmann sont arrivé une année les mains pleines pour fêter nouvel an avec nous « sans crier gard ». A minuit, nous sommes sortis écouter les cloches sonner, il faisait un beau clair de lune.

Quelques fois, lorsque le vent venait du sud ouest, nous pouvions entendre les cloches de la collégiale de Neuchâtel ou celles du Val-de-Ruz par vent du nord ouest.

Le jour de l'an nous avions un bon dîner, maman savait bien nous soigner avec des légumes de la cave et toujours une table bien mise à la chambre où il faisait bon chaud.

Le 2 janvier, chaque année, nous avions la visite de l'oncle Numa, frère de papa, mon parrain. Il m'apportait une plaque de chocolat et une pièce de 5 francs, j'étais contente de le voir arrivé et ce par tout les temps à pied ou à ski. Il montait depuis la Coudre en funiculaire et maman lui offrait les « quatre heures ». Ensuite il descendait sur Enges pour prendre la « poste », la poste en ce temps là était une grande automobile qui transportait une ou deux fois par jour les voyageurs de Saint-Blaise à Enges et retour.

La brise du soir nous apportait depuis Enges, le son de la cloche de la chapelle qui sonnait l'angélus.

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  • Claire Bärtschi-Flohr

    Comme elle a été bien inspirée d'écrire ses souvenirs ! Cette personne nous offre ainsi une belle page de vie quotidienne et nous avons beaucoup de plaisir à la lire aujourd'hui.

  • Renata Roveretto

    Cher monsieur Claude Alain Wenger, il y a la bonne parole, il y a les belles paroles, il y a d'autres paroles, et arriva un jour la parole de la conteuse Edith Matthey Junod. C'est avec grand plaisir que j'ai pour ma part lu, suivi et même selon les passages, ressenti à nouveau des instants vécus durant ma propre enfance. Ceci au travers de son récit pleins de vies remplies d'émotions plus chaleureuses et joyeuses les unes que les autres et encore selon lesquelles elles faisaient tout simplement partie de la vie humaine

    Merci pour vos partages

    Amicalement Renata