Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.

Crans, Vaud, avant 1943

1 janvier 1943
Albert Roulier
Claude Kissling

CRANS, VD, avant 1943

De la halte des trains-tramways qui porte- en caractères très discrets – le nom de ce village, montez à flanc de coteau, à travers les vignes inclinées au midi, et suivez le chemin qui longe le canal de Crans, une dérivation de la Versoix, qui précipite ses eaux à votre droite, avant de les mêler à celles du Léman. Après quelques minutes de marche, vous atteignez le plateau sur lequel la commune de Crans étale ses prés, ses champs et ses bois, et en bordure duquel elle a bâti ses fermes, grandes et moins grandes, dont certaines sont couvertes de ces tuiles courbes d’autrefois, que l’on rencontre encore assez fréquemment à La Côte.

A l’entrée de ce plaisant village de quelque trois cents habitants, le château, dans une situation admirable et dominant le lac tout entier et ses rivages incomparables. Une avenue bordée de noyers conduit à la haute grille en fer forgé et se continue par une large allée de platanes dominant superbement l’ensemble de bâtiments.

Le château actuel, qui a remplacé une construction plus ancienne fut édifié par Antoine Saladin, dans le style Louis XV, de1764 à 1767. La molasse dont il est fait a été tirée des environs et a fort bien résisté aux injures du temps.

La rue du village qui commence au château et à ses vastes dépendances court parallèlement au lac. Après avoir contourné l’Hôtel du Cerf, auberge communale, et sa fontaine, vous atteindrez le quartier de l’église, d’où part, à angle droit avec la première, la rue qui est le prolongement de la route venant de Crassier. Entre les deux et bordant la chaussée qui conduit à Eysins, s’alignent d’avenantes demeures paysannes, dont l’une au moins présente une curiosité, c’est la maison Pelichet, autrefois Pollet : A gauche de l’entrée de la grange, on remarque un vieux bénitier taillé dans un bloc de calcaire du Jura. Il ne porte aucune inscription. La tradition veut qu’il y ait eu là un couvent dépendant de Bonmont ou du chapitre de Lausanne. Peut-être était-ce aussi la porte d’une chapelle rattachée au château. A diverses époques, on a découvert dans le jardin de cette même maison des tombes placées à une faible profondeur, avec parois latérales en molasse et la tête protégée par une arcade en ciment. On les fait remonter à l’époque romaine.

(On a aussi trouvé un milliaire au bord de la route Lausanne-Genève, au-dessous du village. Il est au musée romain de Nyon.)

Revenons au quartier de l’église. Il mérite qu’on s’y arrête quelques instants. Figurez-vous une esplanade ombragée de tilleuls et où le promeneur trouve des bancs confortables à sa disposition. De là, il domine le Petit-Lac et ses rives pleines de grâce, avec, en face, les Voirons et le Salève et, tout proche, les coteaux couverts de vignobles, les collines mollement arrondies, les magnifiques frondaisons du parc du château et le ravin boisé du Priez, ruisseau qui forme limite entre Crans et Céligny.

Quant à l’église elle-même, - à laquelle une restauration malheureuse en 1888, dit un connaisseur, a fait perdre la valeur architecturale qu’elle pouvait avoir autrefois, - on lui a redonné dernièrement un cachet artistique remarquable. L’affreux badigeon rouge sang qui revêtait les murs a fait place à d’intéressantes – encore plus discutées – peintures décoratives ; le plafond horizontal boisé, le mobilier renouvelé, le beau vitrail et le plafond colorié du chœur, l’éclairage et quelques menus détails bien compris, ont transformé de la façon la plus heureuse cette petite église, qui avait déjà pour elle un emplacement admirable l’inscription suivante se lit dans le vestibule.

1936

Pour marquer le IVe centenaire de la Réformation au Pays de Vaud,

la paroisse de Crassier-Crans a restauré ce temple,

sous la direction de de Jean Falconnier, architecte.

La décoration, offerte par la famille van Berchem,

a été faite par Jean van Berchem.

Gloire à Dieu.

La paroisse de Crassier-Crans comprend outre ces deux villages, ceux de La Rippe, Arnex, Borex, Chavannes-de-Bogis et Bogis-Bossey. Crans en fait partie dès 1584. Rappelons à ce propos que selon un accord entre Berne et Genève, le ministre de Céligny, Louis Trappereau – pas très bien vu de Calvin, qui lui trouvait à la fois trop peu de gravité et trop de complaisance pour LL. EE. – (LL.EE. ou Leurs C’est ainsi que les autorités de la ville de Berne ont Excellences de Berne choisi de se faire appeler par leurs sujets franco phones) desservait en même temps l’église de Crans, du bailliage de Nyon. Il était donc de droit membre de la Vénérable Compagnie de Genève et de la Vénérable Classe de Morges. Or, comme la liturgie était différente selon qu’on appartenait à Berne ou à Genève, le pasteur se trouva fort embarrassé. Le Sénat de Berne trancha la difficulté en rattachant Crans à Nyon, et Trappereau fut nommé diacre à Nyon, tout en continuant à être ministre à Crans (1553).

Céligny nous remet en mémoire un petit fait historique. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, on devait, se marier le dimanche, au culte du matin. En 1647, à cause des réjouissances bruyantes qui suivaient la bénédiction nuptiale, LL.EE. Interdirent de fixer celle-ci le dimanche. Mais, à La Côte, on continua longtemps à célébrer ses noces ce jour-là : On allait à Céligny, où l’on était à l’abri de l’ordonnance bernoise et où l’on pouvait festoyer à son aise !

Relevons encore qu’en 1567, le baillage de Gex étant alors sujet de Berne, la partie française de Crassier, ainsi que le village de Vesenex (France) rassortissaient à la paroisse de Crassier-Crans. Des difficultés surgirent quand le pays de Gex redevint français (1601). Certains paroissiens vaudois pour éluder les lois sévères de LL.EE. sur la police des auberges et le respect du dimanche,

S’en allaient ce jour-là dans les « logis » (pintes) situés « rière le Roy ». C’est pourquoi le Synode provincial de 1656 ordonna que désormais Crassier rière le Roy et Vesenex seraient détachés de la paroisse vaudoise et desservis uniquement par le ministre de Divonne.

On voit par ces quelques exemples, qu’on pourrait multiplier, combien était délicate la tâche des pasteurs de cette paroisse frontière. Que de tact, de sagesse, de fermeté elle exigeait d’eux ! L’un de ceux-ci, J.-J. Bonnard, qui occupa ce poste dès 1648, dut demander à ses paroissiens de Crans de venir le chercher à Crassier, « avec escorte », et de reconduire chez lui, tant qu’il y aurait des gens de guerre dans le pays de Gex ».

Le village de Crans est bien groupé au bord de son plateau fertile. On ne peut signaler qu’une ou deux propriétés isolées, dans le voisinage : le grand domaine de Charlemont près de la halte de Bois-Bougy, Port des Landes, tout au bord du lac, et le château de Tatiana, à la limite du territoire de Nyon. Bâti vers 1870 par le prince Youssoupoff, il abrita pendant quelques années un important pensionnat de Sœurs de Nazareth, au moment de la suppression des congrégations en France. C’est aujourd’hui une propriété particulière appartenant à Mme la baronne

van Waldthausen, qui l’a louée au baron d’Orville.

Nous voici dans le passé. Jetons-y un rapide coup d’œil, sous la conduite précisément de l’historien van Berchem, de Crans.

Il nous apprend qu’au XIe siècle, la terre de Crans faisait partie du domaine du roi de Bourgogne, qu’elle passa ensuite au Chapitre de Lausanne, qui la conserva jusqu’à la Réformation. A ce moment, les commissaires bernois s’en emparèrent et en firent une seigneurie laïque, qu’ils inféodèrent, en 1542, à Urbain Quisard, bourgeois de Nyon et notaire, d’une famille originaire du Chablais. C’est l’un de ses fils, Pierre Quisard, qui rédigea – de 1555 à 1562 – le code complet des coutumes de Vaud, œuvre considérable, dont l’original se trouve aux archives cantonales.

Un autre membre de cette famille, raconte-t-on, Jean Quisard, avait par mariage hérité la terre de Gingins. Il l’échangea contre celle de Grens se réservant le château et le droit de chasse. Il fit transporter à Crans les archives de Gingins, mit à part ce qui lui convenait et jeta le reste dans un coffre, où chacun pouvait puiser les parchemins « pour recouvrir des pots de confiture et faire des patrons de dentelles »…

La famille Quisard , qui possédait des droits d’usage étendus dans les forêts de Bonmont, droits rachetés par l’Etat en 1876, conserva pendant plus de deux siècles la seigneurie de Crans. Celle-ci passa, en 1763, aux Saladin, de Genève, puis aux van Berchem, qui sont aujourd’hui propriétaire du château et de son important domaine, dont une partie est en vignes.

Crans est le lieu d’origine de Jean-Nicolas Quisard (1653-1712), officier en Hollande, lieutenant-colonel dans les troupes bernoises. Il contribua à la victoire de Villmergen, où il fut mortellement blessé. J.-J. S. Cellérier (1758-1844), pasteur à Satigny et père de E. Cellérier, professeur de langues orientales à l’Académie de Genève, était aussi originaire de ce même village vaudois.

Les armoiries de Crans, « de gueules à la croix pattée, au pied fiché d’argent », sont tirées d’un ancien seau d’un curé de la paroisse (XIVe siècle).

Sans être brillante, la situation financière de la commune est satisfaisante. Elle possède dans le Jura, au voisinage de la Dôle, les bons pâturages de Couvaloup et de Poël-Chaud où aboutit un téléphérique partant de la Givrine, sur la route

St-Cergue-La Cure, et, au sud-ouest du village, de grands bois taillis et des terrains de rapport.

Ces ressources ont permis la réalisation de travaux publics importants : asphaltage de toutes les rues du village, amélioration de l’entée côté Nyon par l’établissement d’une nouvelle route avec trottoir, élargissement de l’ancienne chaussée, côté Celigny création d’une digue et d’un port de plaisance, ainsi que d’une plage, au-dessous du village, non loin du chantier de construction de petits bateaux.

On a surnommé les gens de Crans « lé Fouetta-Corbé » (les « Fouette-Corbeaux ») parce que, disait-on, ces oiseaux au noir plumage sont nombreux dans le voisinage. Peut-être ce surnom vient-il de ce que le nom même du village fait songer au cri désagréable du corbeau ? Quoi qu’il en soit, les voisins ne manquent pas de dire, à la vue d’un groupe de corbeaux dans un champ : « Vaitcé la Municipalitä de Crans que l’a sa tenabllia ! » (Voici la Municipalité de Crans qui tient séance !).

Texte tiré du livre, sortant des presses de l'imprimerie Vaudoise, Lausanne en 1943 "Villages vaudois" par Albert Roulier.

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
Claude Kissling
339 contributions
4 septembre 2021
26 vues
1 like
0 favori
3 commentaires
1 galerie
Déjà 5,586 documents associés à 1940 - 1949

Galeries:

Le Lab
notreHistoire.ch vu à travers des jeux et des expériences singulières !
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
104,517
6,463
© 2021 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.