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Le projecteur Eidophor, une invention suisse qui va révolutionner le monde de l'image

1 avril 2014
Jean-Jacques Lagrange
Jean-Jacques Lagrange

Le mot « Eidophor » est dérivé du grec et signifie « porteur d'image ». C'est le nom donné au premier projecteur d'image de télévision sur grand écran jamais construit par l'homme. Et c'est une invention suisse !

Historique

L'idée de projeter une image vidéo sur grand écran est aussi vieille que celle de la télévision elle-même avec les travaux de Nipkov sur la transmission à distance des images en 1884. Vers 1900, Lux, Ruhmer et Bronx ont tenté de résoudre les obstacles techniques pour construire un projecteur. Et c'est en 1930 que le Prof. Karolus a recréé une image sur un écran lumineux de 4m2 équipé de 10'000 ampoules disposées sur 100 lignes. Chaque ampoule était reliée à une cellule photoélectrique qui permettait de varier l'intensité de l'ampoule et de recréer ainsi les divers points d'une image transmise par signal électrique.

Le développement technique de la télévision se concrétise par les premières émissions en Angleterre (BBC au Crystal Palace - 1936) ainsi qu'en Allemagne et en Union Soviétique puis aux Etats-Unis et en France. Après la guerre 39-45, la télévision se développe dans tous les grands pays européens et en Suisse en 1953-54.

Mais la projection d'image TV sur grand écran de cinéma se heurte à la perte énorme de luminosité de toutes les tentatives par agrandissement optique.

Il appartiendra au Prof. Fritz Fischer (1898-1947), professeur de physique technique et directeur de l'Institut de recherche industrielle à l'École polytechnique fédérale de Zurich, de trouver la solution à ce problème avec son appareil « Eidophor ». Fritz Fischer est un inventeur de génie qui avait déjà mis au point en Allemagne le premier bateau et le premier avion télécommandés. Il s'est aussi occupé du développement d'un projecteur de cinéma sonore et a fait des recherches sur l'élaboration physique de la pellicule film en couleurs.

L'écran lumineux du Prof. Karolus - 1930 Prof. Fritz Fischer (1898 - 1947)

Dès 1939, il avait résolu les problèmes techniques d'un projecteur TV sur grand écran et c'est en 1943 qu'il peut présenter son premier prototype de projecteur, un énorme appareil ! Avec un nouveau prototype plus réduit, il peut organiser la première démonstration publique lors du Congrès International de Télévision de Zurich, en janvier 1948. Mais le Prof. Fischer décède quelques jours avant cette présentation. Son invention est en marche vers le succès. Elle est reprise par son successeur à l'EPFZ, le Prof. Ernst Baumann, qui s'associe à un industriel, le Dr. Edgar Gretener, pour mettre au point (avec l'aide financière de la CIBA) un projecteur aux dimensions permettant son utilisation commerciale. Le 11 avril 1958, la société GRETAG présente au cinéma Rex de Zurich la première projection mondiale d'images de télévision en noir-blanc sur un grand écran de 30 m2.

  • Photo de gauche: le prototype (5 m. de hauteur) de l'Eidophor à l'EPFL - 1943.
  • Photo de droite: le projecteur Eidophor version GRETAG - 1959.

L'industrie cinématographique s'intéresse aussi à cette invention, comme le montre cette rencontre en 1951 entre le Dr. Edgar Gretener, le prof. Ernst Baumann et Spyros Skouras, président de la 20th Century Fox. D'ailleurs, pour la 20th Century Fox, GRETAG construit un modèle spécial de projecteur Eidophor.

  • Photo de gauche: Spyros Skouras - Prof. Ernst Baumann - Dr. Edgar Gretener.
  • Photo de droite: le projecteur Eidophor construit pour la Fox.

Durant les années 60-95, GRETAG fabriquera plusieurs centaines de projecteurs noir-blanc d'abord, puis couleurs ensuite, qui équiperont dans le monde entier des studios de télévision, des auditoriums d'université, des centres de recherche sans compter les 15 projecteurs acquis par l'administration américaine pour le Pentagone, la CIA et la NASA et les 27 projecteurs de la société TNT Theater Network Television Inc. ainsi que ceux acquis par l'URSS.

La TSR et DRS en ont chacune acquis un pour la back-projection en studio d'émissions comme Destin » ou pour des projections en public.

GRETAG a aussi construit des projecteurs TV à couleurs séquentielles puis, en 1977, à couleurs simultanées trois tubes et même un projecteur HDTV en 1993.

  • Photo de gauche: le projecteur Eidophor trois tubes pour la télévision couleurs simultanée - 1997
  • Photo de droite: le projecteur Eidophor couleurs de télévision HD - 1993

Mais, avec la numérisation de la télévision à la fin des années 1990, l'Eidophor a été supplanté par les projecteurs à laser ou les murs d'écrans et les écrans géants à lampes led.

Principe technique de l'Eidophor

Le projecteur Eidophor fonctionne sur le principe d'une lumière modulée électroniquement et utilise comme source lumineuse une puissante lampe à arc ou au xenon. (voir schéma ci-dessous)

Le faisceau lumineux traverse une lentille convergente puis une fenêtre qui définit le cadre de la future image et une lentille de champ avant d'arriver sur des barres-miroirs disposées comme un store vénitien entrouvert. Il y a six miroirs dont quatre seulement sont schématisés ici. Ces barres renvoient la lumière contre un miroir parabole concave recouvert d'une fine pellicule d'huile de 1/10 de millimètre.

Tant que la couche d'huile est lisse, la lumière est renvoyée à sa source selon le principe dit de la chambre obscure. Pour atteindre l'écran il faut qu'elle soit légèrement déviée pour passer entre les barres-miroirs.

Cette déviation est obtenue en déformant la couche d'huile bombardée par le faisceau électronique du signal vidéo qui vient créer l'image vidéo point par point sur une portion de la parabole huileuse, parabole qui est en rotation pour assurer la régularité de la couche d'huile.

Pour chaque point de l'image vidéo se produit une déformation de la surface de l'huile en fonction de la charge du courant électronique variant selon la luminescence de chacun des 400'000 points de l'image, ce qui entraîne le passage de plus ou moins de lumière qui alors peut traverser le fentes entre les barres-miroirs et, par la lentille de projection, atteindre l'écran pour reproduire l'image avec un maximum d'intensité.

L'intensité de la source lumineuse à arc ou au xenon permet d'atteindre des écrans de 20 à 70 m2 avec une luminosité d'image surprenante pour de grandes salles.

La télévision des années 1950 est en noir-blanc mais il existe aussi un système de télévision couleurs séquentiel inventé par celui qui a mis au point le microsillon LP, l'ingénieur des CBS Laboratories, Peter C. Goldmark.

Ce système analyse 75 images/seconde au lieu de 25 images/seconde dans la télévision noir-blanc. Il s'agit toujours de télévision noir-blanc, mais pour obtenir une image couleur, un disque rotatif composé de plusieurs filtres rouges, verts et bleus disposés en segments parallèles de la périphérie au centre est fixé entre l'objectif de la caméra et son tube cathodique noir-blanc. De sorte que des images monochromes rouges, vertes ou bleues sont analysées tous les 1/75 de seconde. Si on place le même disque rotatif synchrone devant l'objectif du projecteur Eidophor, cela donne au spectateur la sensation d'une seule image en couleur selon les règles de la synthèse additive du mélange de lumière qui veut que l'oeil ne perçoit pas les détails d'une image au delà du 25e de seconde d'où 75 images analysées à la seconde.

C'est avec ce système que CIBA a équipé les caméras et moniteurs du car de reportage ainsi que les projecteurs Eidophor. Cela impliquait, à l'enclenchement du car, une longue et délicate synchronisation totale de tous les appareils pour obtenir la bonne couleur. Mais permettait ainsi de faire de la télévision en couleur alors qu'elle n'existait qu'en noir-blanc.

Le filtre rotatif trois couleurs et son moteur

CIBA et la télévision sur grand écran

Pour avoir co-financé le développement du projecteur Eidophor dans la société GRETAG, l'entreprise CIBA s'est trouvée avoir en main des droits et une connaissance industrielle sur un outil d'avant-garde. La direction de CIBA comprend très vite la possibilité qu'offre cette invention pour l'information audiovisuelle au service de la médecine, de la science et aussi... du marketing ! Elle décide l'acquisition de deux unités mobiles de télévision en couleurs séquentielles, une pour les Etats-Unis et l'autre pour l'Europe.

En 1959, à Bâle, se constitue une équipe de production d'émissions de télévision en circuit fermé d'un dizaine de techniciens et collaborateurs autour d'un car de reportage TV et d'un deuxième camion pour transporter un grill d'éclairage, les projecteurs et le matériel d'un studio mobile de télévision.

Cette équipe est dirigée par Erhart Hauswirth pour la production et de Paul Hauser pour la technique sous les ordres du directeur Dr. Paul Erni, frère du peintre Hans Erni.

L'unité de reportage TV devra parcourir la Suisse et l'Europe. C'est à la fois pour CIBA un outil de marketing et un extraordinaire moyen de développer l'information audiovisuelle au service de la médecine, entre autres. Le caractère unique de l'Eidophor place l'entreprise CIBA dans une position d'avant-garde aussi bien technique que promotionnelle.

Le but est d'inviter, dans chaque ville visitée, de très larges audiences de médecins, spécialistes, scientifiques, professeurs, etc... dans une grande salle où sera projetée sur grand écran en direct et en circuit fermé une émission réalisée en couleurs par le car de reportage qui a monté un studio mobile dans un hôpital, une faculté ou un laboratoire de la ville.

Les émissions sont mises au point par les délégués médicaux de CIBA avec les professeurs et médecins du lieu visité. La réalisation est confiée à des réalisateurs free-lance qui viennent au coup par coup avec leur scripte ainsi que les cameramen.

Ce furent d'abord les réalisateurs Walter Plüss, Wilfried Bolliger puis Jean-Jacques Lagrange, Pierre Matteuzzi, Evelyn Bovard et Gianna Lombardi.

Emissions CIBA Eidophor en circuit fermé

Un schéma permet d'expliquer comment fonctionne une émission en circuit fermé

Les trois caméras sont placées dans le studio mobile installé dans le laboratoire ou l'hôpital, voire dans une salle d'opération. L'image est réglée et sélectionnée dans le car de régie garé à l'extérieur de l'hôpital. Sur le toit du bâtiment, un link reçoit du car, par câble, les images de l'émission et les transmet à un deuxième link placé sur le toit de la salle de projection. Dans cette salle, pouvant contenir quelques centaines à quelques milliers de spectateurs, est dressé l'écran de 30 à 50 m2 et le projecteur Eidophor. Une liaison son en duplex permet au public de la salle de dialoguer avec les intervenants dans le studio. Si le car de régie est situé à côté de la salle de projection, la liaison se fait par câble plutôt que par link.

C'est ainsi que les centaines d'émissions médicales ou scientifiques que les deux cars de reportage CIBA ont réalisées dans des hôpitaux ou des universités, respectivement en Europe et aux Etats-Unis, entre 1959 et 1975, ont pu être présentées devant des audiences réunissant de 1000 à 4000 spectateurs. Pour ces quatorze années d'activité, cela représente des dizaines de milliers de spectateurs, médecins, scientifiques, étudiants, industriels, managers ou autorités politiques.

De 1959 à 1965, le car CIBA Eidophor a réalisé un millier d'émissions en Suisse et dans tous les pays d'Europe occidentale ainsi qu'en Yougoslavie, Grèce, Turquie et Egypte. En 1966, il a entrepris une tournée en URSS, Pologne, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Hongrie, Roumanie puis partout en Europe jusqu'en 1975. Autre prouesse: en 1970, l'émission spéciale sur la Médecine spatiale réalisée en direct de Houston et en circuit fermé sur dix villes d'Europe.

Il n'y avait pas seulement des émissions médicales ou chirurgicales mais aussi des émissions scientifiques sur la chimie, les colorants, la mode et même la culture muséale. L'équipe Eidophor a aussi couvert de nombreux congrès médicaux ou scientifiques.

Voici un choix de photos sur le car CIBA Eidophor et les émissions réalisées en Europe suivi d'un chapitre sur l'émission intercontinentale en circuit fermé de la NASA à Houston.

1959 - Le car de régie et le camion matériel de l'équipe CIBA Eidophor

Le pupitre de réalisation Le pupitre de régie son

Studio mobile en émission Le contrôle vidéo des caméra

  • Photo de gauche: 1959 - Paris - Émission scientifique
  • Photo de droite: 1960 - Porto - Émission scientifique en répétition

  • Photo de gauche: 1959 - Genève - Caméra sur endoscope
  • Photo de droite: Connexion caméra sur microscope

1961 - Lausanne - le Prof. Saegesser opère à coeur ouvert. Un miroir à l'aplomb du champ opératoire permet à la caméra de capter l'image sans déranger les chirurgiens.

S**tudio en répétition avec la scripte 1964 - Bürgenstock - Émission mode

  • Photo de gauche: Les caméras ont capté de très nombreuses opérations en chirurgie cardiaque (pontages coronariens, remplacement de valves), en chirurgie orthopédique (prothèses de hanche, arthrodèses), ophtalmologie, gynécologie, chirurgie réparatrice des grands brûlés.
  • Photo de droite: L'écran géant de 30m2 dans une salle où sont réunis un millier de spectateurs comme ici en Hollande. De 1959 à 1974, ce sont des dizaines de milliers de scientifiques, de médecins, d'étudiants et de spectateurs qui ont assisté dans toute l'Europe à plusieurs centaines de démonstrations grâce au projecteur Eidophor.

Après ces centaines d'émissions dans l'Europe de l'Est et de l'Ouest, l'équipe CIBA Eidophor a assuré la réalisation de la première transmission intercontinentale en circuit fermé de Houston sur dix villes d'Europe. C'est le dernier chapitre de cette étude.

Une première, la retransmission intercontinentale mondiale en circuit fermé: l'émission spéciale CIBA Eidophor sur la médecine spatiale

Depuis 1960, l'équipe Eidophor couvrait chaque année à Davos le Symposium de l'Association de Médecins allemands. Pour son dixième anniversaire en 1970, l'Association a souhaité faire un coup d'éclat avec une émission sur la médecine spatiale transmise de Houston. Projet facilité par les contacts existants entre l'Association et les anciens scientifiques du Centre de fusées de Peenemünde partis après la guerre avec Wernher von Braun pour travailler à la NASA.

CIBA Eidophor s'est chargée d'organiser cette grande émission en direct de Houston et retransmise dans dix villes d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse où 30'000 médecins spectateurs ont pu suivre en direct et en duplex les démonstrations captées au Centre Spatial de la NASA. Cette retransmission intercontinentale en circuit fermé a été possible à cette époque grâce à la mise en orbite récente du premier satellite de télévision Intelsat III.

Erhart Hauswirth, chef de production CIBA Eidophor, m'a demandé de réaliser cette émission et nous avons commencé les premières études dès septembre 1969 avec une reconnaissance de deux semaines à CBS New York, à la NASA à Houston et au Aerospace Medical Center de l'US Airforce à San Antonio. Il fallait régler notamment des questions de logistique et des problèmes techniques pour établir le programme.

Heureusement que CIBA avait des contacts industriels pour les cassettes EVR avec CBS qui a désigné son spécialiste des liaisons hertziennes, l'ingénieur Richard SEDIA, pour nous piloter aux Etats-Unis.

Problèmes logistiques

Le premier problème a été de louer à la station TV locale de NBC un car vidéo à quatre caméras pour réaliser l'émission dans le Manned Spacecraft Center de Houston. Richard Sedia a dû ensuite planifier la transmission des images de l'émission par voie hertzienne terrestre jusqu'à la station terrestre d'Etam en Virginie occidentale dont la parabole envoyait les images sur Intelsat III. Images captées en Europe par la station terrestre de Raisting en Allemagne comme le montre le schéma ci-dessous :

Le deuxième problème était de planifier la distribution de ces images et du son duplex sur Davos qui officiait comme centre coordinateur avec le modérateur et aussi sur les neuf autres villes soit : Berne (2 salles), Munich, Stuttgart, Cologne, Bochum, Berlin, Hambourg, Bad Gastein et Vienne. Seul Davos parlait avec Houston mais les autres audiences pouvaient poser des questions par téléphone qui étaient relayées par le modérateur de Davos.

Cette logistique très complexe utilisait le réseau fixe de liaisons hertziennes de l'Eurovision et est représentée ci-dessous par le schéma établi par Richard Sedia :

Problèmes programmatiques

La reconnaissance de septembre 1969 a permis de mettre au point les grandes lignes de l'émission comprenant trois parties de 30 minutes chacune :

  • La médecine spatiale, avec le Dr. Charles Berry, directeur médical de la NASA.
  • Diagnostic précoce du cancer, avec le Prof. Lütterbeck et ses collègues de Chicago.
  • Médecine de l'espace et pratique médicale quotidienne, avec le Prof. Hans G. Clamann, directeur scientifique du Centre Aérospatial de l'US Air Force à San Antonio.

Nous avons étudié en détail chaque partie pour déterminer les temps de répétition et les séquences à pré-enregistrer à San Antonio et à Houston et choisir ensuite le local dans le Space Center où serait placé le studio de prises de vues.

Richard Sedia est ensuite venu en Suisse pour mettre au point tous les détails de la transmission intercontinentale par satellite et le plan de distribution par le réseau Eurovision vers les diverses villes européennes.

Des modifications de programme et l'inexpérience des participants à ce genre de présentation m'ont obligé à revenir à Houston puis Chicago du 7 au 14 décembre pour préciser les besoins de l'émission et expliquer le travail à chacun des participants.

L'émission était planifiée pour le 13 mars en conclusion du Symposium de Davos. Sur place, Paul Hauser et l'équipe Eidophor assurait l'organisation et la gestion de la réception et l'animation de la soirée en Europe.

Pour Houston, l'équipe CIBA Eidophor comprenait Richard Sedia pour la technique, Erhart Hauswirth pour la production et j'assurais la réalisation avec l'aide d'Evelyn Bovard, la scripte et assistante de réalisation. La photographe Monique Jacot faisait le reportage photographique de cet événement unique.

Le 26 février, nous sommes allés directement à San Antonio où se trouve l'Aerospace Medical Center de l' US Air Force. C'est là que les pilotes et les astronautes sont entraînés et contrôlés médicalement. Le Centre est une école spécialisée dans la médecine des pilotes et astronautes et fait également des recherches médicales sur les problèmes de vols dans l'espace et les conséquences sur la pratique médicale quotidienne. Ce sera d'ailleurs le thème de la présentation du Prof. Dr. Hans Clamann qui est un ancien de Peenemünde. C'est avec lui que j'ai préparé le programme de pré-enregistrement de certaines scènes à San Antonio. Nous utilisons les caméras du système interne de télévision du Centre.

Nous avons eu trois jours d'enregistrements les 27 février, 2 et 3 mars.

Les scènes enregistrées concernaient l'accélérateur force-G, la salle d'entraînement des astronautes, les laboratoires de cytologie et de circulation du sang.

Puis nous nous sommes déplacés à Houston pour le même travail de préparation à la NASA.

Les 4, 5 et 6 mars, nous avons répété et enregistré de 9h. à 18h avec un petit car à deux cameras, des séquences dans divers locaux dont les laboratoires de nutrition, d'ergonomie, de microbiologie et d'analyse du système sanguin.

Le 9 mars a été réservé à l'installation du grand car à 4 caméras dans le studio d'émission situé dans la salle 135 du bâtiment principal de la NASA. C'est la journée où j'ai expliqué, avec la scripte Evelyn Bovard, à toute l'équipe TV de NBC les détails du déroulement du programme. Nous avons aussi monté sur MAZ dans l'ordre les diverses séquences enregistrées à San Antonio et à Houston.

Le 10 mars de 9h. à 17h. ce fut la répétition de la séquence NASA Médecine de l'espace avec le Dr. Berry et les spécialistes et astronautes.

Le 11 mars de 9h. à 17h. ce fut la répétition de la séquence Médecine de l'espace et pratique médicale quotidienne avec le Prof. Clamann.

Le 12 mars de 9h. à 17h. ce fut la répétition de la séquence « Diagnostic précoce du cancer » avec les Prof. Lütterbeck, Alcorn et leurs collègues arrivés de Chicago.

Le jour de l'émission 13 mars, nous avons encore fait une répétition générale complète de 9h. à 11h.30 qui fut suivie du maquillage et des derniers tests techniques.

13 mars 1970 : Emission en direct de Houston

A 13h. - soit 21h. en Europe - nous lancions l'émission en direct en circuit fermé sur Davos à l'appel du Prof. Schretzenmayr, président du Sénat Universitaire Allemand pour la recherche médicale.

La première image est celle du LEM (Lunar Excursion Module) devant le bâtiment de la NASA avec Erhart Hauswirth qui, en allemand, témoigne qu'on est bien en direct de Houston.

Puis le Dr. Gerald Dorman, président de l'Asssociation des médecins américains salue les collègues européens.

La première séquence de 30 minutes est celle de Médecine de l'espace animée en anglais par le Dr. Charles Berry, directeur de Centre de recherche médical et des opérations spatiales de la NASA.

La présentation est suivie d'une discussion de 10 minutes entre Houston et l'Europe animée à Davos par le Prof. Graul, directeur de l'Institut de Radio-biologie de l'Université de Marburg.

A 14h.45 nous passons à la seconde séquence Diagnostic précoce du cancer comprenant trois chapitres de 10 minutes en allemand suivis chaque fois d'une discussion de 5 minutes avec Davos :

  • Rôle de la cytologie dans le diagnostic du cancer aujourd'hui et demain, par le Dr. Wied, Professeur d'obstétrique à l'Université de Chicago avec, à Davos, le Prof. Stroll, directeur de la clinique gynécologique universitaire de Mannheim.
  • Progrès de la détection précoce du cancer du poumon par endoscopie, par le Prof. Paul Holinger du Collège de médecine de l'Illinois à Chicago avec, à Davos, le Prof. Sattler, directeur de l'Hopital municipal de Vienne.
  • Détection précoce du cancer du sein par mammographie et xerographie, par les Prof. Franklin Alcorn et Eugene Lütterbeck de l'Université de Chicago avec, à Davos pour la discussion, le Prof. Gros, directeur de la Radiologie à l'Hôpital de Strasbourg.

A 15h.30, nous commençons la troisième séquence, en allemand, Médecine de l'espace et pratique médicale quotidienne par le Prof Hans Clamann, chef scientifique pour l'US Airforce du Centre aérospatial médical à San Antonio avec, à Davos, le Prof. Graul pour 10 min de discussion. C'est de Davos aussi que le Prof Schretzenmayer fait la conclusion.

L'émission se termine à 14h.30 après deux heures et demie de transmission sans aucun problème technique.

A Houston le champagne a coulé pour marquer le succès de cette extraordinaire aventure de la première transmission intercontinentale mondiale en circuit fermé.

Quelques photos de cette émission

  • Photo de gauche: Houston - NASA Manned Spacecraft Center où se trouve le studio.
  • Photo de droite: Davos - Sur la scène : l'écran avec l'image de Houston. A dr. le modérateur M.Schretzenmayr.

Répétition et cadrages à la NASA - Houston

L'accélérateur Force-G du Aerospace Center - San Antonio -

  • Photo de gauche: Jean-Jacques Lagrange en répétition avec le Prof. Clamann.
  • Photo de droite: E.Hauswirth contrôle le planning

Photo à g.: Dr. Dorman - Le Dr Berry pendant son exposé - Photo à dr. Les autres participants attendent leur tour.

  • Photo de gauche. Dr. Berry - Evelyn Bovard, scripte - Jean-Jacques Lagrange, réalisateur, après l'émission.
  • Photo de droite: En Europe, dans une des douze salles qui ont accueilli au total 30'000 médecins.

Des centaines de projecteurs Eidophor de ce type ont été construits en Suisse jusqu'aux années 1990. Mais ils furent supplantés par les nouveaux projecteurs à laser. La société GRETAG a été liquidée en 1999.

Il n'empêche que pendant quarante ans, seul l'Eidophor aura permis, dans le monde, la projection d'images vidéo sur grands écrans.

La fusion de CIBA et GEIGY en 1970 et la réorganisation des services ont pris près de deux ans pendant lesquels l'équipe CIBA Eidophor a continué de faire des émissions. Mais le nouveau responsable marketing CIBA-GEIGY a modifié la politique d'information du groupe fusionné et l'équipe Eidophor a été démantelée.

Notes:

  • De 1959 à 1972, j'ai réalisé pour CIBA Eidophor plus de 152 émissions médicales, scientifiques, muséales ou artistiques en Suisse, en Europe de l'Ouest et de l'Est, ainsi que celle de Houston. Pour ce travail, la Télévision Suisse Romande (TSR) m'accordait des congés non payés.
  • Une thèse en allemand de Caroline Meyer raconte et analyse l'histoire de l'Eidophor : Der Eidophor. Ein Grossbildprojektionsystem zwischen Kino und Fernsehen 1939-1999, aux Editions Chronos Verlag 2008.
  • Le projecteur Eidophor de la TSR est maintenant exposé au musée de l'Audiorama à Montreux//Territet.

15 février 2014 Jean-Jacques Lagrange

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