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Mécanisation de la montagne et changements climatiques

Mécanisation de la montagne et changements climatiques

Marcel Maurice Demont
Marcel Maurice Demont

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Au printemps, ouverture du Col du Grand-Saint-Bernard, deux semaines de travail nécessitant l'engagement de plusieurs fraiseuses à neige, alors qu'aux alentours gambadent les marmottes et les chamois, roucoulent les tétras-lyres, et que les randonneurs épris de grands espaces silencieux non pollués visitent avec beaucoup d'égards les sommets bordant cette voie de communication. Très vite, des hordes de motards, d'interminables files de voitures, de cars, de camions, envahissent les lieux.

Au sous-sol, une route en tunnel, ouverte douze mois sur douze, double avantageusement celle du Col et permet de passer du Val d'Entremont (Valais) au Val d'Aoste (Italie) sans perturber davantage encore la nature en grand danger.

Mécanisation de la montagne et changements climatiques

Montagnes de la Terre et Alpes vaudoises : création de zones de tranquillité (2017).

Ce que cela change pour tous ceux qui évoluent sur les hauteurs avec pour seules sources d'énergie (renouvelable) leur force physique et psychique, leur amour de la nature.

Introduction

Au cours des premières années de ma vie, vécues en toute liberté dans le Haut Val de Bagnes, j'ai développé le goût de l'action sans contraintes, l'amour immodéré de la montagne.

Le grondement des eaux tourbillonnantes du torrent proche du chalet familial berça les heures douces d'une jeunesse heureuse : aller au long de l'eau qui, dans son conduit de bois, dévale en bouillonnant le flanc de la montagne ; cueillir les myrtilles qui tachent les doigts, les fraises des bois, les champignons ; aider à 'faire les foins' ; aller 'en champ les chèvres', y partager le pain de seigle, le fromage de Bagnes, le thé au vin rouge ; après avoir aidé à harnacher le mulet, obtenir le droit de tenir ses rênes ; admirer le ballet des criquets dont on aperçoit les ailes rouges ou bleues à l'instant de l'envol, les sauterelles qui sous les pas de tous côtés bondissent ; découvrir au hasard des jeux la salamandre noire et le triton alpestre ou la grenouille rousse ; de cette nature forte et riche écouter la musique, en apprendre les sons, les odeurs, la beauté.

Par un petit matin, alors que l'obscurité lentement se dilue dans le jour qui se lève, emprunter le chemin qui, partant du mayen, conduit à la cabane où règne un accueillant gardien, un homme de la montagne, le plus souvent un guide à l'âge avancé, retiré du métier, mais en ayant gardé l'amour et les qualités. Entretenir le sentier, préparer la soupe et le thé, le reste des repas étant tiré des sacs, renseigner, secourir, aider en toutes occasions étaient les tâches qui lui incombaient. A la nuit tombante, monter la raide échelle de bois qui conduit au dortoir. Après avoir éteint la lampe à huile, s'enrouler dans les chaudes couvertures de laine et, immobile sur la couchette étroite, par l'unique carreau de la petite fenêtre, se laisser fasciner par le scintillement mystérieux d'une lointaine étoile. Frémir aux craquements puissants des séracs tout proches. Le matin venu, après avoir gravi de multiples rochers, un long névé pentu, l'arête sommitale, atteindre enfin la cime, libre, libre et heureux.

Que reste-t-il de ce riche legs de souvenirs ?

Que nous est-il proposé aujourd'hui, en échange ?

La surpopulation d'un territoire inextensible, le développement quantitatif effréné, l'expansion non maîtrisée du tourisme et des résidences secondaires, l'élévation du niveau des revenus au prix d'un stress de mode vie poussant de plus en plus de gens à rechercher la paix des grands espaces naturels libres afin de s'y ressourcer. Dans le même temps, la mécanisation de la montagne s'accélère : extension de certains domaines skiables (exemple le plus récent, 2017, la nouvelle piste de Glacier 3000, la rouge) ; VTT à moteurs électriques sur les sentiers de randonnée et d'accès aux refuges ; VTT héliporté ; canons à neige grands gaspilleurs d'eau et d'énergie ; pylônes de fer et de béton qui défigurent le paysage ; pistes de ski excavées à l'aide d'engins de terrassement offrant dès le printemps revenu le spectacle affligeant d'alpages ravagés par de vilaines cicatrices ; assourdissant et pollueur ski héliporté ; gros quatre-quatre partout ; pétaradantes motos luges ; quads ridicules.

Le problème est général, il devrait être abordé de manière globale, par des femmes et des hommes politiques non soumis à des groupes de pression.

C'est sûr, il y a extrême urgence, la nature, dont l'homme fait partie, sans en être ni le maître, ni le propriétaire, doit être protégée, sauvegardée : un peu plus d'idéalisme, un peu moins d'appât du gain, de la réflexion et des décisions sur les moyen et long termes, en lieu et place des gains à court terme.

Réchauffement, disparition des glaciers, éboulements, glissements de terrain, accès classiques à certaines cabanes et divers sommets rendus très dangereux, difficiles, voire impossibles, ce qui nécessite la création de nouveaux tracés, la pose de câbles, d'échelles, de passerelles, à grands frais. Des millions de migrants lancés sur les routes à la recherche d'un nouveau lieu de vie, chassés par la montée des eaux, alors que d'autres le sont par de terribles sécheresses. Le constat est impitoyable, il est pourtant contesté par des 'spécialistes' et des chefs d'état.

Dans l'immédiat, on nous propose, à titre de compensation, de restreindre drastiquement la liberté des moins pollueurs : les randonneurs à pied, à skis, à raquettes, les alpinistes, les pratiquants de vélo tout-terrain non motorisé, les coureurs de trail, les grimpeurs, tous ceux qui évoluent dans les montagnes avec pour seules sources d'énergie (renouvelable) leur force physique et psychique, leur amour de la nature… au bénéfice des pseudo-sportifs qui n'évoluent sur le flanc des montagnes que grâce à diverses mécaniques qui dégradent l'environnement au nom de l'argent roi.

A la lueur des restrictions proposées dans le cadre de la création de zones de tranquillité (canton de Vaud, 2017), j'imagine les 100 % de sportifs de plein air non motorisés, actuellement actifs, évoluer, en mode cortège de la Fête des Vendanges, sur les 20 à 30 % de territoire leur étant désormais dévolu, et je n'entrevois d'ultime espoir pour l'homme et la nature que dans une rapide décroissance soutenable résolument volontariste, un développement durable qualitatif.

Rêve d'un utopiste ? Peut-être. Peut-être pas.

Mère nature est forte. Elle se défendra. Lorsque résonnera le coup de gong du dernier round, elle sera proclamée vainqueur de cette bataille. La fonte du pergélisol, due au réchauffement dont nos excès sont responsables, entraînera des éboulements rocheux qui bloqueront les voies de communication, interdisant l'accès aux hautes vallées et mettant tout le monde d'accord. Le calme et la paix redescendront sur la montagne rendue à ses premiers habitants, la faune et la flore des hauts lieux, et à quelques authentiques aventuriers : savants, coureurs de cimes, cristalliers, chasseurs par nécessité.

Quant aux tous ceux qui évoluent au flanc des cimes rocheuses ou neigeuses avec pour seules sources d'énergie leur force physique et psychique, leur amour de la nature, depuis belle lurette ils pratiquent le culte de l'adaptation au temps météorologique, aux conditions régnant sur l'Alpe, au réchauffement climatique, au décalage des saisons, aux nouveaux sports de montagne, à la législation. Ils sauront s'accommoder aux nouvelles contraintes, cela fait partie de leur ADN.

Marcel Maurice Demont, 28 décembre 2017.

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