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Arthur HONEGGER, extrait de Battements du monde, H 176, OSR, Ernest ANSERMET, 1944

2 avril 1944
RSR resp. RTSR
René Gagnaux

1940: Deux Suisses, qui se sont connus à Paris, Arthur Honegger et William Aguet, se retrouvent à Lausanne... En terre romande, où ils oublient pour un instant les horreurs de la guerre, ils composent, à la demande de Radio-Lausanne, une première oeuvre radiophonique: Christophe Colomb.

William AGUET et Arthur HONEGGER

En 1944, William Aguet fait, dans le sens inverse, le voyage accompli trois ans auparavant par Honegger. Il se rend à Paris, auprès du compositeur, lui soumet le texte d'une nouvelle émission selon le désir de Radio-Lausanne et lui demande d'en composer la partition musicale. Cette émission nouvelle, c'est «Battements du Monde», sorte d'hymne, d'appel à la pitié pour l'enfance du monde victime de la guerre.

Première lecture au piano, par Mlle FOETISCH, de la partition de Honegger, sous la direction d'Ernest ANSERMET

«Battements du Monde», une émission nationale, fut montée par Radio-Lausanne avec le concours des studios de Beromunster et de Monte-Ceneri, sous le patronage de l'Union Internationale de Secours aux Enfants, dont le siège était à Genève et dont la charte était la Déclaration Générale des Droits de l'Enfant. Sa réalisation fut abondamment annoncée et commentée dans la presse, l'oeuvre devant être donnée dans 3 de nos 4 langues nationales, en français sur l'onde de Sottens, en allemand sur l'onde de Beromünster et en italien sur l'onde du Monte-Ceneri.

Par exemple, en page 2 de la Gazette de Lausanne du 20 mars 1944:

"[...] La mise en ondes de Battements du monde

Nous avons signalé, déjà, que notre collaborateur M. William Aguet, avait mis la dernière main à un grand jeu radiophonique intitulé «Battements du monde», avec musique d'Arthur Honegger.

Ce jeu sera diffusé pour la première fois, par tous les émetteurs suisses, le jour de Pâques. Il exprime la souffrance d'une part, puis, aussi, les raisons de vivre et d'espérer du monde actuel. Plus tard, il sera monté sous une forme scénique au Palais de Challot (ancien Trocadéro) de Paris.

Pour le moment, les répétitions ont commencé au studio de La Sallaz et ce n'est pas une mince affaire ni pour la direction du studio, ni pour le metteur en ondes, M. Marcel Merminod, ni enfin pour l'auteur lui-même. Nous nous sommes rendu, un de ces derniers jours, au studio, afin d'y suivre le travail délicat assumé par M. Merminod, qui consiste à styler (à orchestrer, si l'on peut dire) un «choeur parlé» composé de nombreux jeunes exécutants des deux sexes. En effet, dans «Battements du monde», à l'exception de trois rôles masculins qui sont l'Annonciateur, l'Homme et le Diable, tout le vocal parlé est confié à des choeurs de femmes, de jeunes hommes et d'enfants. Ces choeurs ont une grande importance, car ils doivent prolonger les sonorités de l'orchestre et des choeurs chantés, en trouvant, en eux, des équivalences sonores qui donneront à l'ensemble de l'oeuvre son assise et son architecture. C'est un travail ardu que de coordonner les voix de deux cents choristes-amateurs pour qui cette tâche est absolument nouvelle. Mais la patience et la science de M. Merminod - qui est en outre professeur au Conservatoire - commencent déjà par triompher des difficultés. Il inspire à tous et à chacun la conviction qu'il faut pour donner à l'ensemble le caractère d'un vaste orchestre humain.[...]"

Marcel Merminod, comme s'il voulait convaincre ses élèves de l'apparition du diable ou de l'ogre en personne... «Les ogres!... Les ogres!... Les ogres!... Les ogres!... »

"[...] Nous en aurons assez dit, pensons-nous, pour donner aux profanes une notion faible, mais suffisante, des très nombreuses difficultés qui se posent aux animateurs d'un jeu radiophonique. Les dirigeants eux-mêmes sont appelés à découvrir certains aspects inédits ou inattendus d'un art encore tout neuf. [...]"

Le Journal de Genève des mercredi 17 et jeudi 18 mai 1944, en page 4 donna un court résumé de l'argument de l'oeuvre:

"[...] Qu'est-ce que «Battements du monde»? Une sorte d'hymne, d'appel à la pitié pour l'enfance du monde, victime de la guerre. L'évocation émouvante, dans sa forme pratique et maternelle des souffrances de l'enfance dans le monde d'aujourd'hui. Voici la substance de cette oeuvre:

Le poète imagine un prologue où les âmes des enfants attendent le moment de descendre sur terre. Entre elles et les futures mères, les questions et les réponses s'entrecroisent. Ainsi se dessinent les éternelles douleurs, les grandes amours, les cruels malentendus; ainsi s'amorcent les futures vies magnifiées ou assombries. Mais cette claire et peut-être cruelle vision s'efface lors de la naissance; ce sont les mères de toute la terre, inconscientes de l'avenir, qui bercent leurs enfants d'un même amour.

Mais voici l'homme au seuil de la mort, éperdu devant l'oeuvre dévastatrice de son intelligence. Il veut retrouver, sous la forme de son salut, son visage d'enfant. Un seul guide se présente pour l'aider à remonter les méandres touffus des siècles et le conduire au terme du voyage: c'est un enfant rendu muet par les horreurs de la guerre.

Étape par étape, recherchant en vain l'image de sa pureté, l'homme visite les différentes régions habitées par les enfants. Ceux que le génie ou la souffrance ont marqués, les martyrs, les inconnus, les suicidés, ceux aussi des contes de fées. Mais voici enfin la région des prophètes, de ceux qui tentèrent d'initier les hommes à la vérité. Voici l'Enfant des enfants, l'Enfant-Roi couché sur la paille de la crèche: Jésus!

À sa vue, l'homme pousse un cri: il est délivré et se retrouve en l'enfant qui lui servait de guide. Alors, descendant sur terre, on entend le choeur des anges vers lequel s'élèvent les voix de tous les enfants et de toutes les mères.

Pour soutenir et baigner ce beau poème plein d'élan, frémissant d'images, Arthur Honegger a conçu une musique qui est tantôt un habile commentaire musical, tantôt composée de pages plus vigoureuses, détachées du reste de l'oeuvre: le prélude et le choeur initial, la berceuse des mères de demain, la marche terrifiante des ogres, enfin le suave Final. Tout se tient parfaitement lié, les deux auteurs ayant pu prendre contact en France au cours de l'hiver et tous deux étant, en outre, rompus aux subtilités réelles de l'art radiophonique. [...]"

L' oeuvre devant être diffusée en trois langues, "[...] il a donc fallu procéder à trois enregistrements bien distincts: celui de la version française au Studio de Lausanne et celui de la version allemande au Studio de Zurich. La version en langue italienne sera montée à Radio-Lugano dans quelques semaines. À l'Ascension, Monte-Çeneri diffusera l'émission en français en collaboration avec Radio-Lausanne. De là, la nécessité de former trois groupes différents d'interprètes: un groupe d'acteurs et de choristes de langue française à Lausanne et deux groupes d'acteurs et de choristes à Zurich et au Tessin s'exprimant, l'un en allemand, l'autre en italien. En revanche, c'est M. Ernest Ansermet qui dirige le montage d'ensemble des trois versions. [...]" cité de la revue Radio Actualités du 12 mai 1944 en page 4.

Ernest ANSERMET dirigeant «Battements du Monde»

Dans toute l'oeuvre, «l'osmose entre texte parlé et musique se fait intimement, au prix d'une véritable atomisation de cette dernière, pulvérisée en séquences brévissimes: même lorsqu'elles s'enchaînent, la plus longue continuité de musique n'est (à deux reprises) que de trois minutes» écrit Harry Halbreich. Il écrit plus loin «il n'y a qu'un solo chanté, le n° 13, mais c'est l'un des sommets de la partition: une émouvante berceuse pour mezzo-soprano et choeur dédiée aux enfants qui n'existent encore que dans l'imagination de leur mère. Mais il faudrait tout citer dans cette chaîne de miniatures ciselées avec amour, jusqu'à la polyphonie sereine de la conclusion, annonciatrice de la future Cantate de Noël. À l'extrême opposé, voici le leitmotiv du Diable, solo de clarinette ricanant, et l'hallucinante et barbare «Marche des ogres» (n° 46), celle des Hérode d'hier et d'aujourd'hui: et comment chasser de sa vision, celle, insoutenable, des SS enfournant les gosses juifs vivants dans les crématoires ou leur fracassant le crâne contre les murs devant leurs mères? William Aguet, dans son refuge suisse, n'avait sans doute même pas encore connaissance de cet innommable-là au début de 1944!... Battements du monde demeure une de ces oeuvres-cri dont on espère, sans y croire, qu'elles ne seront plus nécessaires, un jour lointain.» Harry Halbreich, «Arthur Honegger» pp.624-625.

Arthur Honegger ne put assister à la première des Battements du Monde, les Allemands lui ayant refusé les visas pour la Suisse. Très surprenant, car d'autres musiciens habitant Paris - comme par exemple Charles Münch -, pouvaient se rendre à tout moment sans obstacle en Suisse: il était en plus choquant qu'un Suisse habitant Paris par amour pour la France ne puisse se rendre dans son pays d'origine.

Un extrait de cet enregistrement fut récemment rediffusé dans l'excellente série d'émissions «Poussière d'étoiles - Radio Panoramique», volet du 06 janvier 1945, de Jean-Pierre AMANN.

C'est grâce à la générosité de la...

... nous pouvons écouter ce document:

Arthur HONEGGER, jeu radiophonique de William AGUET, Battements du monde, H 176 (extrait), William AGUET (Le Diable), Alexandre BLANC (L'Homme), Paul DARZAC (Paul VALOTTON), L'Annonciateur, Marie-Louise ROCHAT, La Mère, Camille FOURNIER, Lucienne CAUVIÈRE, Lucien MONLAC, Jean LORIENT, Jean RICHARD, l'enfant, chanté, Guy-Claude BURGER, l'enfant, parlé, Choeurs et mise en ondes: Marcel MERMINOD, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest ANSERMET, 2 avril 1944, Première diffusion radio: 18 mai 1944

CLIQUER sur la photo ci-dessus pour ouvrir une nouvelle fenêtre sur la page correspondante des archives de la RTSR: le PREMIER CLIQ sur le pictogramme PLAY (flèche) fait démarrer l'audio au début de la présentation de Jean-Pierre AMANN, soit à 24 minutes 32 secondes. Le pictogramme PLAY fonctionne ensuite comme d'habitude pour arrêter / continuer l'écoute.

Quelques instantanés:

William AGUET, l'auteur de «Battements du Monde», dans le rôle du Diable, Alexandre BLANC (à droite) dans celui de L'Homme

Une vue du studio d'enregistrement

Marcel MERMINOD faisant répéter l'angoissant leitmotiv du choeur parlé: Pitié!... Pitié...

Puis c'est une voix d'enfant qui s'élève, une voix très pure, très simple: celle de la vérité!...rôle délicat tenu par Guy-Claude BURGER, un élève du Collège classique

À souligner: ces divers portraits et documents sont rendus disponibles grâce à la splendide banque de données SCRIPTORIUM de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne et sa superbe collection de journaux et revues digitalisées, ainsi que celle des des archives de «Le Temps»

Le sommaire de ce volet «6 janvier 1945» de la série «Poussière d'étoiles - Radio Panoramique» de Jean-Pierre AMANN:

(00:57) Rouget de l'Isle, extraits de La Marseillaise des Mille, arrangée et orchestrée par Hector Berlioz et Guy Reibel, Batterie-fanfare de la Garde Républicaine et autres, Arion, 1992

(09:06) Bohuslav Martinu, Mémorial pour Lidice, Czech Philharmonic Orchestra, Jiri Belohlavek, 18-19 septembre 1992, Rudolfinum, Praha, Chandos CHAN 9138, Adagio - Andante moderato - Adagio

(17:55) Georges Milton, La fille du bédouin, Les artichauts, 1934

(24:32) Arthur Honegger, texte de William Aguet, extrait des Battements du monde, H 176, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 2 avril 1944

(45:30) Alexander Glasunow, Concerto pour saxophone alto et cordes en mi bémol majeur, Op. 109, Detlef Bensmann, Berlin RIAS-Sinfonietta, David Shallon, Koch Schwann / Musica Mundi, 1. Allegro moderato, 2. Andante, 3. Allegro

(1:01:11) Sergei Prokofjew, Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, piano et quatuor à cordes en ut mineur, Op. 34, Walter Boeykens, clarinette, Robert Groslot, piano, Ensemble Walter Boeykens (Marjeta Korosec, Peter Despiegelaere, violon, Thérèse-Marie Gilissen, alto, Roel Dieltiens, cello), mars 1992, Harmonia Mundi France

(1:10:13) Nikolai Rimski-Korsakow, court extrait de La grande Pâques russe, ouverture pour orchestre, Orchestre Symphonique de l'URSS, Evgeny Svetlanov, 1969, Le Chant du Monde

Aller sur cette page des archives de la RTSR et régler le curseur temps sur le minutage - ci-dessus à gauche entre () - de la séquence désirée.

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