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J’ai vécu au temps du coronavirus

10 janvier 2021
Valais
Jean-Yves Gabbud

Vivons-nous un moment historique? Peut-être. Il marquera en tout cas l’histoire personnelle de nombre de ceux qui ont vécu cette pandémie.

Journaliste au Nouvelliste, je vous propose de raconter ce qui s’est passé, en Valais principalement, lorsque le monde a été frappé par la pandémie provoquée par le coronavirus, celui que l’on appelle aussi la COVID-19 ou le SARS-CoV-2.

Une forme d’histoire immédiate...

Ce récit sera complété... puisque, pour l’heure, on n’en connaît pas encore l’épilogue.

****

Une maladie au bout du monde

Le coronavirus. Tout d’abord une nouvelle maladie lointaine apparue à l’autre bout du monde.

Une crainte en Suisse au début 2020? Oui, légère. Il y a des milliers de morts oui, mais en Chine. C’est loin.

Il y a une «règle» journalistique, terrifiante, mais qui se vérifie si souvent: celle du mort/kilomètre. Plus l’éloignement avec un événement est important plus il faut de victimes pour qu’on (lecteur et journaliste) s’y intéresse.

Le coronavirus a rapidement intéressé. Parce qu’il faisait peur. Un peu. Mais pas plus que ça. On avait connu le SRAS, les fièvres hémorragiques, ébola et bien d’autres maladies qui avaient fait la une, mais qui n’ont pas vraiment touché l’Europe. Donc, le nouveau virus chinois...

Puis, d’un coup, il a fait un saut et est apparu en Italie, puis a touché le Tessin.

On a minimisé. Il s’agissait d’un homme revenu de Chine. Un cas touchant un secteur isolé.

Le virus arrive

Puis un cas est apparu dans le Haut-Valais. Le grand public a pensé qu’il fallait agir. Mais comment? Une des principales idées consistait à fermer les frontières, mais c’était une option loin de faire l’unanimité, surtout que de nombreux cantons dépendent des frontaliers pour faire fonctionner leur système sanitaire et une partie de leur économie.

Lorsque le nombre de cas a augmenté, en Valais, l’UDC a demandé d’annuler la session de mars, qui s’est déroulée du 9 au 13. Les autres partis ont dénoncé une manœuvre politique et les députés ont nettement refusé l’idée. Les parlementaires ont arrêté de se serrer les mains ou de se faire la bise, mais ils ont continué de siéger dans des locaux exigus à Sion, en n’ayant que quelques centimètres entre chaque élu. Personne ne porte de masque, personne n’y songe d’ailleurs.

Le dernier jour de cette session de mars, le conseiller d’Etat en charge de l’économie, Christophe Darbellay invite les députés et la population à profiter du week-end qui s’annonce pour skier avant que le confinement soit décrété. Le même jour le Conseil fédéral impose la fermeture des remontées mécaniques...

C'est le 13 mars. Ce jour-là, le Valais enregistre le premier décès lié au coronavirus.

Cet épisode montre qu’à ce moment-là, même les plus hautes autorités politiques n’ont pas pris conscience du fait que le virus circule sans que les gens soient malades.

La vie sociale chamboulée

La session de juin est annulée. Les suivantes sont décentralisées à Brigue, puis à Martigny pour bénéficier de plus d’espace et garantir une distanciation sociale entre les élus.

Les mesures du premier confinement sont globalement bien acceptées. La hausse du nombre de cas, d’hospitalisations et de décès justifie les mesures prises pour quasiment tout le monde.

Sur les réseaux sociaux, les messages qui dominent demandent des mesures plus strictes. Un petit parti, le Rassemblement Citoyen Valais lance même une pétition pour durcir le confinement et recueille 6500 signatures.

Le semi-confinement dans lequel le pays est plongé fait naître de nouvelles manières de vivre. De nouvelles attitudes aussi. Des actions de solidarité sont mises en place un peu partout. Les jeunesses des villages s’organisent dans tout le canton pour venir en aide aux aînés, par exemple.

Les frontières étant fermées, on redécouvre le commerce de proximité, le producteur du coin.

Des concerts d’un genre inédit sont organisés. Un soir à la même heure des musiciens jouent le même morceau chez eux ou seul dehors. Les vidéos circulent sur les réseaux sociaux et font un carton.

Tous les soirs, à 21h, les gens sortent sur leur balcon et applaudissent, en hommage au personnel médical engagé dans la lutte contre le coronavirus.

Une grande partie de la population bénéficie des réductions d’horaires de travail. L’ambiance est pour le moins particulière, marquée par les places et les rues vides qui ont succédé à la folie du carnaval en Valais. Le pays vit au rythme des conférences de presse du Conseil fédéral; une phrase du conseiller fédéral Alain Berset deviendra même culte lorsqu’il déclare que le déconfinement se fera «aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire», expression qui fera même l’objet d’inscription sur des t-shirts. Le Valaisan Daniel Koch, le chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique, parfaitement inconnu du grand public jusque-là, devient une personnalité reconnue, avant son départ à la retraite à la fin de la première vague.

Un moment difficile pour la presse

Pour la presse, la situation est paradoxale. Les entrées publicitaires chutant brutalement, les employés doivent réduire leur temps de travail pour permettre la réduction de la masse salariale et dans le même temps, il n’y a jamais eu une telle demande d’informations de la part du public, confronté à une masse de «Fake News» qui fleurissent à travers les réseaux sociaux et à une communauté scientifique qui ne parle pas d’une seule voix, comme le montre la controverse sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Les visites sur les sites des médias mainstream battent tous les records en mars. Les journaux, privés d’événements et de rencontres sportives, ont tendance à devenir monothématiques. Entre le début février et la mi-juin, Le Nouvelliste consacre par exemple 3200 articles au coronavirus.

De vives critiques se font jour face aux articles payant mis en ligne sur le thème de la pandémie. Plusieurs médias passent une grande partie de leur contenu en gratuit et en appellent à la solidarité. Un rebond des abonnements est alors constaté pour plusieurs titres, un phénomène qui s’explique aussi par le fait que les médias ne sont plus accessibles dans les cafés qui ont dû fermer leurs portes.

Tout recommence comme avant

Pendant la première vague, de nombreuses voix s’élèvent pour dire que le monde va changer, que l’état d’esprit va s’améliorer, allant vers moins de consommation, une consommation plus locale, plus consciente, plus respectueuse des valeurs et de l’environnement.

Dès la réouverture des commerces et des restaurants, ces attentes sont douchées. Les consommateurs se précipitent dans les commerces. Plus emblématique encore: de longues colonnes se forment devant les McDrive. La société de consommation et les fast-foods ne sont pas morts. Par contre, le télétravail et les vidéo-conférences rentrent dans les mœurs.

Durant l’été, la majeure partie de la population suisse passe ses vacances en Suisse et (re)découvre son pays. Les hôtes nationaux compensent l’absence des touristes étrangers. Au moment de faire le bilan, la plupart des stations ont réalisés une bonne à très bonne saison estivale.

La première vague n’a pas provoqué trop de casse sur le plan économique, grâce aux mesures de soutien lancées par la Confédération et les cantons. Grâce aux réductions d’heures de travail, le taux de chômage reste bas, dépassant juste les 3%. Les économistes tablent sur un recul du PIB de 4% en 2020, avant un rebond attendu en 2021.

Après le déconfinement, la population baisse petit à petit la garde, malgré les mises en garde des autorités. Les taux de nouvelles contaminations étant extrêmement bas, la menace que représente le coronavirus n’est plus prise en considération. Sur les réseaux, l’idée que la coronavirus n’est qu’une «gripette» se propage.

La deuxième vague

Lorsque le nombre de nouvelles contaminations commence à augmenter à nouveau à la fin septembre, les premières personnes positives sont jeunes. Elles ne développent pas de symptômes ou très peu. Le terme asymptomatique rejoint la liste des nouveaux mots que le monde apprend durant cette pandémie. Il y a alors peu de patients hospitalisés. Ce qui fait dire à certains utilisateurs des réseaux sociaux que le virus a perdu de sa virulence et qu’il ne représente plus un danger.

Si les grandes manifestations (Foire du Valais, combats de reines, fête de la châtaigne ou Mondial de cyclisme) sont annulées, les Valaisans se rencontrent tout de même, dans des cercles privés ou, notamment pendant les élections communales, dans les bistrots.

Le virus finit par passer d’une génération à l’autre.

Le traçage de l’entourage des personnes positives, que l’on espérait être capable de stopper la vague, est vite débordé. Les gens qui subissent les tests sont de plus en plus nombreux. La queue devant l’hôpital de Sion va s’allonger. Les patients doivent attendre 2h30, dans le froid, avant que de nouvelles structures soient mises en place.

La deuxième vague déferle et provoque plus d’hospitalisations et de décès que la première, frappant principalement la Suisse latine.

En Valais, au sommet de la première vague il y avait eu au maximum 154 hospitalisations de patients Covid simultanées. Lors de la deuxième, ce chiffre est monté jusqu’à 344 (8 novembre 2020). Le système hospitalier a passé à deux doigts de la saturation.

La protection civile, les pompiers, puis l’armée sont appelés à la rescousse. Les cliniques privées sont engagées dans le processus de lutte.

Le Valais sera le premier canton à annoncer de nouvelles mesures pour enrayer la deuxième vague, rapidement suivi par les autres cantons romands.

La vague des décès arrivent quelques jours après celle des hospitalisations, au moment même où le nombre de cas positifs entame une décrue relativement rapide.

En Valais, au lieu des 50 décès hebdomadaires enregistrés en moyenne en temps normal, plusieurs semaines consécutives en octobre-novembre dépassent les 100 morts, avec un pic à 131 décès en sept jours. Pour faire face à cette situation, le crématorium de Sion fonctionne 24h sur 24.

Contestation et complotistes

Malgré le nombre élevé de victimes, un mouvement informel de contestation des mesures mises en place se fait jour, surtout sur les réseaux sociaux. Sur le terrain, en Valais il n’y a eu qu’un rassemblement, interdit, réunissant une centaine de personnes pacifiquement à Sion. Sur Facebook, par contre, les commentaires deviennent extrêmement vifs. La perte de liberté et la peur des conséquences économiques des mesures sont évoquées; une partie des internautes remet en doute les statistiques officielles, parce que la très grande majorité des personnes positives décédées avaient des comorbidités. Et, surtout, l’âge moyen des victimes est extrêmement élevé, largement plus de 80 ans. L’exemple suédois est souvent cité en exemple, lui qui semble chercher l’immunité collective en ne prenant qu’un minimum de mesures pour stopper la hausse des contaminations.

Les internautes se traitent de complotistes ou de moutons et le nombre «d’experts Facebook» en épidémiologie ou en virologie se développe rapidement. Les incertitudes qui planent même dans le monde scientifique sur la pandémie en cours n’aident pas à la sérénité des discussions, pas plus que certaines décisions des autorités. Par exemple, lors de la première vague, alors qu’il n’y a pas de masques de protection à disposition, les autorités fédérales, le conseiller fédéral Alain Berset en tête, expliquent qu’il n’est pas nécessaire de le porter et le déconseillent même, disant qu’il offre une fausse sécurité; lors de la deuxième vague, le même masque devient obligatoire dans les transports publics...

Les mesures changent régulièrement. Pour gérer la deuxième vague, la Confédération laisse, dans un premier temps, la main aux cantons. On se retrouve avec des restaurants fermés ici et ouverts quelques kilomètres plus loin. Il s'en suit un certain tourisme interne pour détourner les fermetures.

Face à la hausse du nombre de cas, la Confédération finit par reprendre la gestion de la pandémie à son compte. En Valais, les restaurants ouvrent quelques jours avant d'être refermés.

La plupart des pays d'Europe ferment leurs pistes de ski. Les cantons alpins font pression pour que la Suisse gardent les siennes ouvertes, ce que la Confédération accepte.

L'arrivée des vaccins

A la fin novembre 2020, le monde attend un ou des vaccins, un moyen de lutte qui provoque des controverses virulentes entre les pros et les anti-vaccins.

Le Valais est aux premières loges, puisqu’un des vaccins, celui de la firme américaine Moderna, est fabriqué à Viège, chez Lonza.

Le 28 décembre 2020, le premier vaccin est administré en Valais. Ce sont les patients des services de gériatries, puis les résidents des EMS qui sont vaccinés en premier, parce que ces personnes sont les plus vulnérables.

Le 11 janvier, la vaccination débute dans les cabinets médicaux, en commençant par les personnes de plus de 75 ans.

Les vaccins, qu'une bonne partie de la population ne veut pas recevoir en raison du manque de recul, arrivent au compte-goutte. Une nouvelle polémique survient, sur le manque de préparation des autorités.

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Jean-Yves Gabbud
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28 novembre 2020
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