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Maurice Fatio Architecte à Palm Beach

1922
Palm Beach, FL
Andrea Taylor-Brochet

Aujourd’hui nous constatons une flambée des prix de l’immobilier un peu partout dans le monde. Aux Etats-Unis, la petite ville Palm Beach en Floride connait un afflux de milliardaires qui élisent domicile sous les cocotiers au bord de l’océan Atlantique. Figurant parmi les maisons les plus cotées sont celles construites par l’architecte suisse Maurice Fatio.

Mon grand-père Maurice Fatio est né à Genève en 1897 et est décédé prématurément en 1943. Alors que son ingéniosité en tant qu’architecte fut indéniable, il n’aurait sans doute pas eu la même reconnaissance aujourd’hui si sa fille (ma mère) Alexandra Fatio Taylor n’avait retrouvé tous ses dessins architecturaux ; elle a ensuite dressé méticuleusement l’inventaire de toutes les maisons. Ce travail pendant plus d’une décennie a permis de préserver et d’inscrire au patrimoine les édifices de son père.

L’histoire de mon grand-père est, par la force du destin, devenue la nôtre. Par là je veux dire de trois générations qui n’ont jamais connu ce jeune diplômé du Polytechnique de Zurich qui débarqua à New York le 14 novembre 1922. En un peu plus de 20 ans, il devint la coqueluche des grands fortunes américaines, usant de son grand talent et de son charme pour contribuer à l’essor de la prestigieuse destination hivernale de Palm Beach. Il dessina des plans de magnifiques maisons, mêlant son gout pour le style romantique avec le gout colonial espagnol. Ses clients et amis s’appellent Kahn, Vanderbilt et Hearst. En 1929 il épousa une jeune femme écrivain et poète issue d’une famille de notables du Wisconsin ; de leur union naquirent deux enfants, Maurice Pierre (1930-1961) et Alexandra (1932-2015).

Pendant la période d’entre les deux guerres Palm Beach ne fut fréquentée qu’en hiver. Les fortunés arrivaient peu avant Noël et repartaient après les fêtes de Pâques. Ils arrivaient par train, réservant des wagons entiers en provenance du Nord, avec enfants, domestiques et tous leurs effets personnels. La saison battait alors son plein de parties de tennis, de golf, de thés mondains et de grandes soirées dansantes dans les clubs privés. Tout le gratin s’y rencontrait et mon grand-père y trouvait sa clientèle, prenant leurs commandes en avril pour leur livrer en un temps record de vastes demeures prêtes à y être intégré avant Noël.

Les seuls moments de repos furent ses séjours chez ses parents au bord du lac à Bellevue-Genthod lorsqu’il traversait l’océan en paquebot et en emmenant son automobile américaine. Au retour, il ramenait entre autres des meubles anciens de Suisse, des carrelages d’Italie et des antiquités achetées en France.

La tragédie s’est abattue sur la famille lorsque la 2e guerre a éclaté en Europe. Tous les chantiers ayant cessé, Maurice Fatio fut mobilisé par l’OSS pour travailler à Washington (Bureau des services stratégiques). Il mourut des suites d’un cancer en1943, sa femme le suivit peu de temps après en 1944. Ma mère Alexandra et son frère Pierre furent de jeunes orphelins.

Il aura donc fallu retracer l’histoire entre ce père illustre et sa fille qui n’en avait gardé aucun souvenir. Ayant quitté la Suisse trop jeune pour y laisser une empreinte pérenne, et mort trop jeune en Amérique pour jouir de sa notoriété, Maurice s’étiola peu à peu dans la mémoire collective. Dans les années 80, Alexandra entamera alors un projet de longue haleine afin de recenser plus de 300 édifices construits en 20 ans de carrière. Certaines furent détruites, et d’autres heureusement sont désormais classées.

Les commissions historiques se sont intéressées à ce travail détaillé, les agents immobiliers également. Aujourd’hui, ses maisons valent plus de 30 millions de dollars sur le marché immobilier. Ma mère se décida enfin de rédiger un album épistolaire avec des photos originales noires et blanches racontant ce parcours bref mais imposant. Maurice Fatio a aujourd’hui sa plaque apposée sur The Society of Four Arts Library.

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24 août 2021
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