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Henry Correvon ou l'invention du jardin alpin

Valérie Clerc

Qu’est-ce que Bourg-Saint-Pierre en Valais, les Rochers de Naye et le Petit-Saint-Bernard ont en commun ? A la fin du 19e siècle, s’édifient aux abords de ces lieux des jardins alpins. Ce type d’aménagement connaît autour de 1900 une forte popularité. L’essor du tourisme, la fascination pour les reliefs escarpés et l’intérêt scientifique pour l’acclimatation de plantes rares vont faire émergé en Suisse et dans tout l’arc alpin un véritable engouement pour la flore des cimes, réputée exigeante et fragile.

Albin Salamin
26 décembre 2009

Flore alpine, Anniviers.

Henry Correvon : botaniste amoureux des Alpes

Parmi les instigateurs de ce mouvement, le vaudois Henry Correvon (1854-1939), talentueux botaniste, fonde l'Association pour la protection des plantes, en 1883 à Genève, afin de lutter contre l'arrachage sauvage de plantes indigènes pratiqué par le nombre grandissant de touristes qui s’aventurent en montagne. Correvon cherche à enraillé ce phénomène en proposant aux amateurs de se procurer des semis ou des plantons auprès de lui. Louable autant que bien intentionnée, l’entreprise connaît rapidement des difficultés financières, mais le botaniste ne se décourage pas.

Portrait Henry Correvon (1854-1939), 1900 (Library of Congress: George Grantham Bain Collection)

Publiant de nombreux ouvrages de vulgarisation, notamment la Flore coloriée de poche en 1894, et donnant de multiples conférences à travers le monde, Henry Correvon fait avancer la protection de l’environnement et la sauvegarde des espèces. Son action « pré-écologiste » va porter l'attention du public sur la persévération les écosystèmes alpins.

Jardin alpin de la « Rambertia » aux Rochers de Naye

Parmi ses réalisations, le jardin alpin de la « Rambertia » aux Rochers de Naye va constituer un dispositif central pour le rayonnement de son œuvre en faveur de la flore alpine. Fondé en 1892 par le biologiste russe Arthur Arthurovitch de Jaczewsky (1863-1932), un premier jardin botanique situé sur la commune de Veytraux suscite l’intérêt d’une communauté restreinte de passionnés. Ce jardin à caractère scientifique ne possède pas une implantation favorable et lorsque son fondateur est rappelé en Russie pour raison professionnelle en 1895, l’avenir du lieu s’assombrit.

Découverte du jardin de la « Rambertia » (Passe-moi les jumelles)

Conscient de l’intérêt touristique du jardin, qui constitue un but d'excursion, une Société s'en saisit en 1896: la «Rambertia». Son nom honore la mémoire d'un enfant du pays, le poète-botaniste Eugène Rambert (1830-1886).

Portée par des enjeux économiques liés au développement du tourisme, la conservation du jardin et son développement sont alors confiés à Henry Correvon, sont la renommée doit attirer des visiteurs internationaux.

Le botaniste réorganise le jardin en créant des enrochements et des rocailles, valorisant les effets de perspectives et les points de vue spectaculaires sur le Léman. Entre pittoresque et présentation didactique de la flore, le jardin alpin des Rochers de Naye devient rapidement un but d'excursion prisé.

Correvon au le goût du spectacle

Correvon sait capter l'attention du public. Lors de l’Exposition nationale suisse de 1896, il seconde son ami et confrère Jules Allemand (1856-1916) dans la réalisation du parc entourant le Pavillon du Club Alpin situé au cœur du Village suisse. Cette réalisation marque un temps fort de l’helvétisme pittoresque qui se popularise à la fin du 19e siècle.

Exposition nationale suisse de 1896, jardin alpin.

Le descriptif officiel du Pavillon signale qu’« il offre à l'œil un délicieux tableau reproduisant l'alpe avec ses rochers et ses fleurs, avec ses torrents grondant en cascades au bas des ravins profonds et des gorges mystérieuses, avec ses minuscules pâturages drapés de mille fleurs qui étincellent comme des bijoux au grand soleil des sommets. » (voir la description complète du Pavillon de Club Alpin retranscrite sur notreHistoire.ch par Laurent Antoine), L’évocation enchanteresse fait de l’alpe un nouvel Eden, une source d’émerveillement et d'évasion que les citadins se mettent à rechercher.

Héritage Correvon

L’œuvre d’Henry Correvon a durablement marqué l’imaginaire helvétique. Son action fondatrice va faire progresser la recherche sur la flore alpine et susciter bien des vocations. Parmi les jardins qu'il a conçu, beaucoup se visitent encore, parmi ceux-ci:

La Linnæa au Grand-Saint-Bernard (1889)

La Rambertia aux Rochers de Naye (1896)

Jardin botanique alpin Flore-Alpe à Champex-Lac (1925)

Le botaniste et professeur Claude Favarger (1913-2006) , auteur de « Flore et Végétation des Alpes" en 1952, dont le domaine d'étude doit beaucoup à Henry Correvon.

Sources

Pauline Nefrin, « Jardin alpin, dites-vous? », Art + architecture en Suisse, 67, 2016/3, pp. 54-63

(en ligne) doi.org/10.5169/seals-685698

Anne Vonèche, « Un jardin alpin aux Rochers de Naye : du jardin scientifique au parc d'attraction », Topiaria helvetica : Jahrbuch, 2006, pp. 25-29.

(en ligne) doi.org/10.5169/seals-382420

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Valérie Clerc
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26 juillet 2022
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