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Laure Guyot et Malvilliers_711

Laure Guyot et Malvilliers_711

19 février 2017
Claire Bärtschi-Flohr

Maison construite en 1848 par le grand-père de Laure Guyot. Sur le cartouche de la porte d'entrée principale, on peut lire : SHG (Samuel Henri Guyot) 1848.

Malvilliers… Le hameau tant désiré lors des longs séjours à l'étranger, le hameau tant aimé, dont les souvenirs d'enfance vécus là ont tant de fois été revisités par la pensée… Le hameau de Laure Guyot.

Je viens de terminer deux livres écrits par une petite paysanne du Val-de-Ruz, Laure Guyot (1873-1958), et Malvilliers a éveillé chez moi un intérêt inattendu. Laure Guyot, inconnue dans la région jusqu'à la publication de ces deux livres, mais peintre reconnu aux Pays-Bas où elle a vécu un certain nombre d'années et où elle a enseigné le français. Dame, il fallait bien vivre.

Le premier livre a paru dans la Nouvelle Revue Neuchâteloise en 2015 et s'intitule "Journal d'une artiste, 1934-1939" et l'autre, en 2016, aux Editions G. d'encre du Locle "Temps de guerre, 1939-1942".

Dans son premier écrit, « Journal d'une artiste », Laure Guyot parle fréquemment et avec enchantement de son enfance dans son hameau de Malvilliers, de son amour pour sa mère, mais aussi de son désir irrépressible de courir le monde. Dans la trentaine, en Hollande, elle découvre la peinture. Elle s'inscrit à l'Académie de La Haye, se frotte à l'étude des grands maîtres hollandais (Rembrandt, Franz Hals, etc.). Ses profs la découragent mais elle persiste et devient un peintre inclassable mais plein d'une délicate sensibilité et capable de rendre à merveille ce qu'elle a envie de peindre.

Créatrice d'images hors pair, aussi bien dans sa peinture mais, plus surprenant, et c'est peut-être cette façon de voir et de sentir qui explique cela, brillante quand elle décrit verbalement un paysage, un arbre, des fleurs, la mer, les ciels hollandais, à l'aide de nombreuses petites touches plus subtiles les unes que les autres. Quel art dans la formulation ! Elle décrit avec raffinement ses souvenirs d'enfance, et ses compagnons de tous les jours, les oiseaux, à qui elle attribue des sentiments humains.

Elle peint jusqu'à sa mort, des natures mortes délicates, et de beaux portraits. Elle expose en Hollande et y acquiert une certaine notoriété. Plusieurs de ces œuvres sont dans les Musées d'Amsterdam, Rotterdam, La Haye. Mais le gros de sa production nous est encore inconnu. Jusqu'à aujourd'hui, elle était ignorée dans notre canton, bien qu'un ou deux de ces tableaux soient au Musée d'Art et d'Histoire de Neuchâtel. En fait, ce sont les guerres (1914-1918 et 1939-1945) qui ont en partie réduit à néant ses chances d'être mieux connue.

Pour son deuxième écrit, Laure Guyot, vivant toujours à La Haye, a tenu son journal de 1939 à 1942. Elle vit comme tous les Hollandais sous la botte allemande, subit la propagande du régime nazi, tremble sous les bombardements anglais, et elle essaie de comprendre ce qu'il se passe au jour le jour. Elle tient son journal et note toutes ces pensées qui sont très ironiques, sarcastiques et très anti allemandes. Si ce journal était tombé entre les mains du gouvernement pro nazi, elle aurait certainement eu des ennuis. Souvent ses analyses sont prémonitoires. Elle prophétise dès le début des hostilités la chute de l'Allemagne et la victoire des Russes et des Américains. Le gouvernement suisse la rapatrie in extremis en été 1942.

Vivant dans une grande solitude, du moins dans la soixantaine, époque pendant laquelle elle tient son journal, elle éprouve de grandes souffrances morales. Elle se console avec ce que nous appelons les beautés et l'harmonie de la nature, qu'elle oppose au cruel monde humain, mais cette vision romantique ne tient pas compte de la réalité : à savoir que la nature est, elle aussi, cruelle, dénuée d'empathie et soumise à des lois qui n'ont rien à voir avec les sentiments.

Elle écrit pour s'épancher, pour raconter, avec des propos parfois proches de la rêverie, du délire. Du radotage, comme elle le dit elle-même … mais de l'intéressant radotage. Elle se demande par exemple comment et quand finira son existence. Ce questionnement nous offre une scène tragi-comique, à la fois émouvante et drôle, lorsqu'elle imagine sa fin de vie à l'Asile. Un autre passage nous émeut lorsqu'elle relate les derniers jours de sa mère dans son hameau de Malvilliers, qu'elle n'a jamais quitté….

Une personnalité bien attachante...

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