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Manuel de FALLA, Noches en los jardines de España, Arthur Rubinstein, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest ANSERMET, 27 avril 1960, Victoria-Hall, Genève

27 avril 1960
Genève, Victoria Hall
Radio Suisse Romande
René Gagnaux

Écrites entre 1911 et juillet 1915, - soit pendant la période parisienne du compositeur, mais achevées après son retour à Barcelone -, les «Nuits dans le jardins d'Espagne» - sous-titrées «Impressions symphoniques» - étaient à l'origine trois «nocturnes» destinés au piano: leur écriture pianistique s'inspire de celle de la guitare (abondance des arpèges et des trilles), l'orchestre créant une sorte de halo sonore indécis, sauf dans le dernier mouvement aux couleurs plus claires et plus franches.

L'oeuvre fut donnée en première audition le 9 avril 1916 au Teatro Real de Madrid sous la direction d'Enrique Fernandez Arbos (son commanditaire), José Cubiles étant au piano (le dédicataire est toutefois le pianiste Ricardo Vines, un autre ami intime du musicien)

Une courte description, citée du Guide de la musique symphonique publié sous la direction de François-René Tranchefort:

1. «En el Generalife» (Allegro tranquillo e misterioso)

"[...] le titre de cette première pièce fait référence au nom de la résidence d'été des rois maures à Grenade, pourvue d'un superbe jardin en terrasses. Le climat nocturne est instauré par le première thème (tranquillo à 6/8), d'abord proposé par l'orchestre, parcouru du frémissement des cordes, repris par le piano en véloces figures mélodico-rythmiques sur toute l'étendue du clavier. Un second motif apparaît, se fond dans le premier, puis s'impose - à 3/4 - en un beau crescendo sur de larges accords cuivrés. Conclusion dans la nuance pianissimo. [...]"

2. Danza lejana (Allegretto giusto)

"[...] même atmosphère d'enchantement nocturne avec, par bouffées soudaines, les envolées rythmiques d'une chorégraphie plus rêvée que réelle. Contre-temps de la danse bien marqués, et remarquable jeu des vents en écho sur les cordes. [...]"

3. En los jardines de la sierra de Cordoba (Vivo)

"[...] ce mouvement s'enchaîne au précédent. Il est en forme de rondo à refrain, et fait rutiler tout l'orchestre dans les feux d'une fête de nuit, - inspirée directement des «zambras» gitanes. Sonorités scintillantes du triangle, éclatantes des cymbales, opposées à la sourde percussion des timbales dans les deux premiers mouvements. L'Allegro moderato central fait entendre un magnifique solo du piano en rubato sur les octaves - discrètement annoncé par les quatre cors.

On relève là un exemple accompli de l'imprégnation de la musique de Falla par le folklore andalou, librement harmonisé. Sensuel et langoureux, ce «chant de la nuit» s'épanche progressivement dans le lyrisme des cordes, puis se dissout après une brève répétition du jeu d'octaves au piano. Tout s'évanouit dans un dernier frémissement orchestral, sur de furtives ponctuations de l'instrument soliste. Manifestement inscrites dans l'orbite «impressionniste», ces Nuits n'en sont pas moins l'une des oeuvres les plus belles de Falla - la plus unie, d'une perfection quasi ravélienne, mais aussi l'une des plus originales, au XXe siècle, quant à la technique pianistique. Le miracle est que celle-ci se coule naturellement, sans efforts ni effets, dans une trame orchestrale éminemment changeante, - comme livrée à l'improvisation de chaque instant. [...]".

Cette oeuvre était au programme du concert du mercredi 27 avril 1960, donné dans le Victoria Hall de Genève:

- Ludwig van Beethoven, Ouvertüre zu Egmont, op. 84

- Johannes Brahms, Klavierkonzert Nr. 1 d-moll, Op. 15

- Manuel de Falla, Noches en los jardines de España

- Maurice Ravel, Le Boléro

Le concert fut diffusé en direct sur l'émetteur de Sottens dans le cadre du traditionnel concert du mercredi soir (Ref.: Gazette de Lausanne, 27.04.1960, page 3, rubrique Les belles auditions).

Un écho de la presse: "[...] J'ai peu de place aujourd'hui pour parler de ce concert, ce qui m'évite la banalité d'un article rempli de superlatifs. Car, c'est en effet ce que mériterait ce concert extraordinaire au double sens du terme.

Je m'attacherai donc plus simplement à souligner la victoire triomphale qu'il représentait pour Arthur Rubinstein dans une ville où le public et la critique lui ont souvent fait grise mise, où souvent ses interprétations ont été discutées.

Hier soir, je pense qu'il était difficile à quiconque de ne pas reconnaître la haute, l'incroyable perfection des interprétations de Rubinstein, dans le concerto en ré mineur de Brahms surtout, ou dans la partie de piano obligé des «Nuits dans les jardins d'Espagne» de Manuel de Falla. De cette perfection, retenons deux aspects surtout (le plan technique devenant chez Rubinstein pour ainsi dire sans objet): celui du modelé sonore, d'abord (on ne saurait parler non plus de science de la sonorité, tant cette dernière est constamment naturelle et spontanée) et celui de la maîtrise de la pensée. On reste confondu de l'étendue de ce modelé qui atteint notamment sans aucun effort ni tension à la plus grande somptuosité sonore. Et quant à cette maîtrise de pensée, qui témoigne certainement aujourd'hui d'une décantation dans l'évolution intérieure du maître polonais, elle révèle une possession tout aussi stupéfiante par sa simple et calme plénitude, de tous les secrets de l'interprétation musicale. Et c'est pour s'être montré hier si spontané et naturel que ses ressources ont pris un relief si profond et qu'il s'est montré à la fois si grand pianiste, si grand interprète et en définitive si émouvant.

À son ami et vieux compagnon de lutte, Ernest Ansermet crée d'ailleurs un cadre digne, qui avait commencé par une ouverture d'Egmont au souffle puissant, pour s'achever sur un Boléro de Ravel auquel un mouvement alerte n'empêcha pas d'accomplir toute son action imperturbable d'envoûtement. [...] cité du Journal de Genève, 28 avril 1960, chronique de Franz Walter, Concert extraordinaire de l'O.S.R. - Ernest Ansermet et Arthur Rubinstein

Arthur Rubinstein sur Manuel de Falla: "[...] Il avait l'air d'un moine ascétique en vêtements laïcs. Mais sa musique trahissait une passion si intense qu'elle paraissait représenter l'antithèse absolue de l'homme. [...]"

L' enregistrement que vous écoutez...

Manuel de Falla, Noches en los jardines de España, Nuits dans le jardins d'Espagne, Impressions symphoniques pour piano et orchestre, Artur Rubinstein, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 27 avril 1960, Victoria-Hall, Genève

01. En el Generalife__________________________08:53 (-> 08:53)

02. Danza lejana_____________________________04:17 (-> 13:10)

03. En los jardines de la sierra de Cordoue__07:25 (-> 20:31)

Provenance: Radiodiffusion, Radio Suisse Romande

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