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Franz LISZT, La Danse macabre, S 126, Georges Cziffra, ONRDF, ROBERTO BENZI, 1962, Montreux

20 septembre 1962
RSR pour l'audio; pour texte et photos R.Gagnaux resp. sources indiquées dans le texte
RSR pour l'audio; pour texte et photos R.Gagnaux resp. sources indiquées dans le texte

C'est en 1839 que Franz Liszt a esquissé cette oeuvre à Pise, inspiré par la peinture murale «Le triomphe de la Mort» du Florentin Andrea Orcagna se trouvant dans les salles du Campo Santo à Pise; il élabora l'oeuvre et l'orchestra 10 ans plus tard, puis la révisa en 1859. Ce n'est qu'en 1865 qu'elle fut publiée. C'est une suite de variations sur le thème grégorien du «Dies Irae» composée pour piano et orchestre. Ainsi se trouva transposé en musique le procédé qui fut celui de tant de peintres et enlumineurs, et qui montre la mort triomphante faisant peser sa puissance impérieuse sur les serfs et les rois, sur les petites gens et sur les grands du monde, sur l'homme enfin, à tout âge vaincu.

"[...] Et le plus bel éloge qu'on en puisse faire, c'est de constater qu'on y retrouve cette interprétation, à la fois ironique et pénétrée du sujet, qu'on aime à reconnaître dans les antiques «ymages» où il fut traité par les artistes de jadis; on y admire encore les qualités expressives si particulières de chaque paraphrase, où chaque tableau d'une Danse Macabre est évoqué de façon intensément caractéristique. L'ingéniosité du travail thématique et instrumental, celle de la variation sont au-dessus de toute louange. [...]" Michel Dimitri Calvocoressi, Les musiciens célèbres - Franz Liszt, 1905, page 84.

Roberto BENZI en 1959 à l'Opéra de Paris dirigeant Carmen, une photo faite par Paul ALMASY, publiée entre autres dans la revue L'Illustré du 26 novembre 1959, No 48, page 64

L' enregistrement proposé sur cette page date du jeudi 20 septembre 1962. En soliste Georges CZIFFRA, accompagné par l' «Orchestre National de la Radiodiffusion française», le tout sous la direction de Roberto BENZI, une prise de son faite en concert au Festival de Montreux:

Le concert fut diffusé sur France III le dimanche 30 décembre 1962, à 17h45.

Cité du compte-rendu d'Henri JATON publié dans la Tribune de Lausanne du 23 septembre 1962 en page 17:

"[...] HÔTES DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE MONTREUX - Roberto Benzi et Giorgy Cziffra

[...]

Le programme de ce 9e concert du Festival de Montreux constituait pour notre très sympathique hôte un «test» particulièrement révélateur des possibilités que détient actuellement Roberto Benzi, auquel l'Orchestre National de la Radio fran­çaise avait confié ses destinées ce soir-là. Peut-être la Symphonie classique de Serge Prokofiev ne pose-t-elle pas à un chef des difficultés insurmontables, si ce n'est la netteté que réclame un discours instrumental où, malgré la verve qui anime cette oeuvrette charmante, tout n'est que transparence et clarté. En mentionnant ces qualités, je ne fais que désigner les vertus propres au National qui, une fois de plus, nous a émerveillé par la volubilité irrésistible et la beauté sonore auxquelles atteignent la plupart des registres. Rappelant l'un des récents «exploits» du National, je ne peux que confirmer ici que longtemps encore nous nous souviendrons de l'éblouissante exécution du final de la Symphonie fantastique de Berlioz, que réalisa l'admirable ensemble parisien sous l'ardente conduite de Charles Munch.

Le rythme accéléré des séances montreusiennes nous empêche de poursuivre plus avant ces considérations rétrospectives et nous contraint à revenir à l'actualité des faits. Ceux-ci se réfèrent à une autre réussite de Roberto Benzi, à savoir l'exposé extrêmement séduisant qu'il nous proposa de deux Suites du «Tricorne» de Manuel de Falla. J'imagine que d'aucuns auront estimé que ce genre de musique réclamait une expression plus intense et de plus vigoureuses oppositions. Roberto Benzi, lui, s'est défendu sans doute de sombrer dans les effets faciles et de convaincre son auditoire par des moyens «claironnants»... Aussi bien, sa conception de la traduction du Tricorne était-elle inspirée du goût le meilleur et du souci de mettre en pleine valeur les subtilités de timbres et de couleurs que réclame l'exposé d'une oeuvre descriptive autant qu'évocatrice...

Roberto Benzi fit la conquête totale de l'auditoire de la grande salle des concerts, qui lui prodigua généreusement d'innombrables applaudissements et rappels auxquels le héros de la soirée associa fort légitimement le National, qui s'affirme de plus en plus comme l'une de nos plus prestigieuses formations symphoniques européennes. Roberto Benzi, héros de la soirée? Oui, certes. Mais il convient de mentionner, aux côtés des exploits réalisés par le brillant chef, celui qu'accomplit le soliste du concert, le pianiste Giorgy Cziffra.

Georges CZIFFRA, un portrait fait par Karoly FORGAS le 16 janvier 1960 à Montigny-les-Cormei

L'éminent musicien appartient à cette catégorie de virtuoses capables de susciter les plus fols enthousiasmes ou... les plus vigoureuses réserves. La notion pianistique de Giorgy Cziffra évoque le panache et la bravoure, et les ouvrages dont Cziffra avait fait choix, jeudi dernier, illustraient particulièrement ces qualités d'exception, puisque nous entendions le Concerto de Grieg et la Danse Macabre de Liszt. Comment Giorgy Cziffra réagirait-il en présence d'une page de Bach, de Beethoven ou de Mozart? Cela est une autre histoire...

Mais, abandonnons le chapitre des éventualités et ne dissimulons pas la joie sans partage que nous éprouvâmes à l'écoute des exécutions prodigieuses que Giorgy Cziffra réalisa. Giorgy Cziffra représente une vérita ble «force de la nature», dont les déchaînements ne sont point sans mettre à rude épreuve la capacité de résistance de l'instrument placé sous ses doigts. Nous nous devons de reconnaître, tout de même, que l'on ne saurait concevoir présentation plus éblouissante de la Danse Macabre, où Liszt paraît avoir pris plaisir à accumuler tous les problèmes les plus redoutables de la technique du piano. Il fallait le mécanisme transcendantal de Cziffra pour restituer à cette page unique son véritable caractère. C'est, sans aucun doute, davantage d'abandon et de poésie que réclame l'interprétation du Concerto de Grieg, dont le IIIe mouvement fut «enlevé» dans un irrésistible tempo. Giorgy Cziffra fut l'objet d'une ovation délirante, à laquelle il dut mettre fin en ajoutant fort aimablement une Rhapsodie de Liszt à un programme déjà fort copieux.

Je n'aurais garde d'oublier de souligner l'accompagnement exemplaire que réalisa l'Orchestre National, sous la direction attentive et précise de Roberto Benzi, qui se trouvait là en présence d'un partenaire dont les sautes d'humeur subites — musicalement parlant... — n'étaient point sans comporter certains périls. [...]"

Georges CZIFFRA, cité du film de Bernard GAVOTY / INA «Les grands interprètes» publié en 1963

D'un autre chroniqueur tout aussi enthousiasmé:

"[...] La virtuosité l'emporta haut la main, si l'on en juge l'effet produit par l'étourdissante démonstration de M. Gyorgy Cziffra dans la «Danse macabre» de son illustre compatriote et devancier. On n'a aucune peine à comprendre pourquoi l'oeuvre était destinée aux acrobates du clavier. Elle est écrite de façon à faire trébucher le plus brave. Mais, en plus de la bravoure, M. Cziffra possède toutes les ressources de l'acrobate, une maîtrise digitale exceptionnelle, une puissance des bras et des poignets convenant parfaitement à ce genre de musique.

Ce qui ne l'empêche nullement de faire valoir un toucher d'une infinie délicatesse dans les demi-teintes, une manière extrêmement élégante de ciseler la phrase. Cet artiste aux dons multiples non seulement ignore ce qu'est la difficulté, il est aussi poète. Ecoutez-le dans une sonate de Scarlatti! Tout en jouant avec une précision métronomique sans être un métronome, il sait faire respirer la phrase. Il ne faut point le juger dans la seule virtuosité transcendentale de Liszt, qui fait surtout appel au mécanisme digital.

Mais la «Danse macabre» n'est pas qu'une oeuvre de virtuosité. La passion l'habite, déborde, tumultueuse, déchaînée. Cependant, par un des ces contrastes typiquement lisztiens, elle s'arrête tout à coup, épuisée, exsangue, pour laisser place à un abîme de contemplation mystique. M. Cziffra, qui doit avoir plus que des affinités de race avec le compositeur, sait aussi plonger son auditoire dans la rêverie et la mélancolie, par un jeu dont le charme s'impose. [...]" Jean-Cl. Jaccard dans la Feuille d'Avis de Lausanne du 21 septembre 1962, page 11.

L' enregistrement que vous écoutez...

Franz Liszt, La Danse macabre, «Totentanz», Paraphrase sur le Dies Irae, S 126, Georges Cziffra, Orchestre National de la Radiodiffusion française, Roberto Benzi, 20 septembre 1962, Montreux

Andante - Cadenza Presto - Allegro - Allegro moderato - Un poco animato - Molto vivace - Lento - Presto - Vivace fugato - Presto - Sempre Allegro (ma non troppo) - Un poco meno Allegro - Allegro animato 15:26

Provenance: Radiodiffusion, archives Radio Suisse Romande

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  • Renata Roveretto

    Encore un dossier intéressant de vôtre part accompagné par l'écoute très prenante, même bien trop je dirai, étant que le macabre est vraiment exprimé avec excellence et ressenti ainsi très fortement.

René Gagnaux
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29 novembre 2019
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