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La lecture. Mes copains les livres

11 septembre 2020
Claire Bärtschi-Flohr

Du plus loin que je me souvienne, j’ai été attirée par les livres et la lecture. Mon père avait toujours, sur sa table de chevet, un « Nelson », petit livre de couleur crème dont il avait toute une collection. Créée dans les années 1910, et éditée jusque dans les années 1930, cette collection est l’une des ancêtres du livre de poche. Il lisait tantôt une oeuvre de Dumas tantôt une de Daudet, dont la couverture portait la marque de ses doigts jaunis par la nicotine. Car il fumait beaucoup. Cela a sans doute, avec les privations endurées pendant son temps d’emprisonnement dans un camp en Allemagne pendant la guerre, contribué à diminuer ses années de vie. Malheureusement. Il est décédé à 64 ans d’une tumeur au cerveau.

Notre père nous encourageait à lire. Jules Verne, Alexandre Dumas, Alphonse Daudet. Enfin, ce n’était pas sous forme de pieux conseils mais par la façon vivante et passionnée dont il nous racontait des passages de ces oeuvres. Il nous donnait envie de lire… d’aller les découvrir...

Il était aussi un fan de Marcel Pagnol, pouvait citer de mémoire certaines scènes de ses pièces. Nous avons été marqués, entre autres, par la pièce « Cigalon », une pièce peu connue de Pagnol, dans laquelle un célèbre cuisinier s’est mis à la retraite dans un restaurant situé dans un endroit idylique. Il cuisine, oui, met l’eau à la bouche des gens qui s’installent sur sa terrasse, leur décrit en long et en large ce qu’il a cuisiné, leur met la casserole et son fumet sous le nez… Tous les nouveaux venus salivent abondamment, surtout la tante Coralie. Mais notre cuisinier ne tarde pas à avertir que toutes ces délicieuses préparations sont pour lui seul. Et qu’il leur faut aller manger ailleurs… Je ne vous dévoile pas la suite….

J’ai toujours aimé posséder des livres, les dénicher par-ci, par-là, dans les libraires, dans les marchés ou en vente par correspondance. Livres neufs, livres d’occasion, pas de ségrégation : le contenu détermine mon choix.

Après la guerre de 1939-45, la publication de livres pour enfants a pris de l’importance. Les éditeurs ont exploité ce créneau. Une de mes grand-mères m’en a offert plusieurs, à Noël, à mon anniversaire. Elle a commencé par l’incontournable Heidi de Johanna Spyri. Et chez elle, je pouvais lire tous les Polyanna, et les premières bandes dessinées des Pieds-Nickelés. Soit dit en passant, elle avait aussi un gramophone « La Voix de son maître » sur lequel nous écoutions des extraits d’opéras chantés par Georges Till et des variétés, comme « Tout va très bien, Madame la Marquise, ou « C’est nous les gars de la marine »…. De grands moments ! Mais revenons à la lecture….

A l’adolescence, j’ai été une passionnée de Tintin, que nous lisions de concert, ma copine Amassia et moi, assises sur son lit, en nous esclaffant.

Dans mon enfance, dans les années 1945-1950, nous n’achetions pas de livres. Nous les recevions en cadeau. Le pouvoir d’achat de nos parents n’était pas suffisant. Pourtant, nous lisions beaucoup. Mais nous allions les emprunter à la bibliothèque de la Servette, sise alors dans les bâtiments de l’école des Asters, démolis depuis.

A la fin de l’année scolaire, nous assistions à la distribution des prix au Grand Casino. Si nous avions bien travaillé, nous recevions des gravures anciennes représentant Genève au XVIIIème et au XIXème siècle. Je me souviens d’avoir aussi reçu des livres qui m’ont révélé des mondes que je ne connaissais pas. « Le Voyage de Judy », de Loïs Lenski, racontait l’histoire d’une petite fille blanche et pauvre du Sud des Etats-Unis, qui, avec sa famille, vivait dans une caravane. Toute la famille se déplaçait pour se faire embaucher dans les plantations de coton ou de légumes. Parents et enfants travaillaient dur. Le rêve de cette petite fille était d’avoir un jour une vraie maison, de ne plus être obligée de passer sa vie sur les routes et de pouvoir ainsi aller à l’école !

Un autre livre avait pour titre « Le garçon qui avait peur », de Armstrong Sperry, et racontait l’histoire d’un jeune garçon d’une île du Pacifique, très peureux, qui navigua dans sa pirogue, seul avec son chien, ballotté pendant des jours et des jours sur l’Océan, pour apprendre à vaincre ses peurs.

J’ai également reçu et lu avec grand intérêt « Ma vie d’enfant » de Maxime Gorki. Des livres passionnants et qui élargissaient ma connaissance de la vie et du monde et décuplaient ma curiosité.

L’apparition du livre de poche a permis de rendre l’achat de livres plus facile. Et vers l’âge de quinze ans, je me suis abonnée aux Editions Rencontre de Lausanne, qui m’envoyaient une fois par mois des volumes, reliés, destinés à être exposés bien en vue dans ma bibliothèque. Les Editions Rencontre éditaient toutes sortes de livres de littérature française et étrangère.

Pendant mon adolescence, je me suis beaucoup évadée de ma vie quotidienne grâce à la lecture.

Aujourd’hui encore, à 80 ans, les livres sont ma principale richesse et je veille sur elle avec tendresse. L’idée d’en donner ou d’en perdre un m’indispose. Il faut vraiment que le livre acheté récemment me déplaise pour que je me décide à le mettre dans une boîte à livres.

Je préfère bien sûr les livres de poche. Ils sont bien moins lourds à tenir.

De plus en plus souvent, je télécharge des œuvres sur ma liseuse, ce qui me permet de lire des textes introuvables en librairie. Peut-être pourrais-je les trouver à la Bibliothèque de la ville dont j’utilise aussi les services de temps en temps. Mais je préfère les lire sur ma liseuse. Ils sont ainsi d’un accès immédiat et l’oeuvre reste en ma possession. Je salue au passage le travail de la « Bibliothèque numérique romande », qui met à disposition gratuitement une grande collection de « e-books ».

Pendant le confinement dû à la pandémie covid 19, plusieurs auteurs me sont revenus en mémoire. Des auteurs qui m’avaient marquée. Ces auteurs ont vécu des confinements bien autrement tragiques que le nôtre. Je pense à Anne Franck, qui vécut pendant deux ans recluse dans une cachette aménagée au haut d’un immeuble d’Amsterdam, et écrivant son journal retrouvé après la guerre, et à Nelson Mandela, qui vécut 30 ans en prison et qui a rédigé un superbe livre « Le long chemin vers la liberté ». J’ai aussi lu les magnifiques lettres qu’il envoyait de sa prison. Dans les années 1960, j’ai eu la chance de travailler avec son traducteur, Jean Guiloineau.

Ce confinement m’a aussi donné l’envie de relire « La peste » d’Albert Camus. Un livre essentiel. J’ai lu aussi « The journal of the plague year », l’histoire de la peste qui a ravagé Londres en 1665… très bien documentée par Daniel Defoé. Oui, l’auteur de « Robinson Crusoé ».

Et récemment, j’ai entendu et lu sur bbclearningenglish.com, un sujet évoquant la bibliothérapie. Des ateliers proposent des lectures en groupe. Et des scientifiques prétendent que cela est vraiment bénéfique pour le cerveau. Le cerveau se met à « vivre » plus intensément. Les scientifiques en contrôlent les effets bénéfiques soit avec des électrodes posées sur le crâne, soit en faisant un scanner.

L’acte de lire permet à mon imagination de se donner libre court. Les personnages sont tels que je me les représente, les paysages aussi. L’expression par l’image, comme au cinéma, nous impose la vision du réalisateur et je préfère un bon livre à sa mise en film. Je citerai, à titre d’exemple, Zorba le Grec. Bien sûr, Anthony Quinn est un excellent Zorba, mais le mien, le mien… celui que je me suis créé…. est dix fois plus convaincant pour moi. Je préfère aussi lire Bilbo le Hobbit ou Harry Potter plutôt que de les voir évoluer sur un écran.

Quel plaisir que la lecture ! Et un plaisir qui dure. Avec un bouquin qui me plaît, j’entre dans un monde inconnu, un monde qui n’est pas celui de mon quotidien, je découvre des personnalités attachantes, et je vis ainsi pendant un certain temps une autre vie. Je vis avec les personnages du roman, je connais leur maison, leurs soucis, leurs espoirs. Je me dédouble. L’auteur me fait part de ses pensées, de ses réflexions, de sa vision du monde. Il m’aide à comprendre le mien. Quand un univers livresque me plaît, je vois approcher le mot FIN avec regret. Mais le souvenir de ce que j’ai lu me nourrit encore longtemps après avoir reposé le livre dans la bibliothèque.

Note : Site de la bibliothèque : Etablie dès 1931 dans l'ancienne Ecole des Asters, la Bibliothèque de la Servette a ensuite déménagé, en octobre 1962, dans de nouveaux locaux au 9 rue Veyrassat. Elle s'est agrandie en 1993 et bénéficie maintenant d'une échappée sur la rue de la Servette, signalant ainsi sa présence dans le quartier et aux alentours. Source : site internet

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Claire Bärtschi-Flohr
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11 septembre 2020
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