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Émile JAQUES-DALCROZE, «Marche Vaudoise» du 1er acte de «Le Festival vaudois», Op. 55 (1903)

juillet, 1903
Lausanne, place Beaulieu
René Gagnaux pour texte et photos, resp. sources indiquées, Youtube pour l'audio
René Gagnaux pour texte et photos, resp. sources indiquées, Youtube pour l'audio

Cette «Marche vaudoise» d'Émile Jaques-Dalcroze est extraite de son opus 55, «Le Festival vaudois, Musique de fête pour solistes, choeur et orchestre» (dont le texte est également d'Émile Jaques-Dalcroze) donné en première audition en juillet 1903, dans le cadre des fêtes du centenaire du Canton de Vaud.

Émile Jaques-Dalcroze exposa la conception de son oeuvre entre autres dans la «Gazette de Lausanne et Journal Suisse» du 25 octobre 1902, un long exposé intitulé «Les musiques vaudoises au Festival vaudois» publié en pages 2 et 3:

"[...] Le Festival vaudois ne comportera que quelques rares vers parlés sur un mélodrame orchestral, et sera essentiellement lyrique, revêtant la forme d'un grand opéra en cinq actes, d'une durée de quatre heures et demie environ, pendant lesquelles l'orchestre jouera sans interruption.

L'instrumentation en est faite pour «harmonie» dans tous les grands ensembles et pour «cordes» dans certains passages d'accompagnement et certains ballets. Le temps d'étude sera forcément très limité, car l'instrumentation de l'oeuvre ne pourra être prête qu'environ un mois avant l'exécution, l'hiver entier étant tout juste suffisant pour l'achèvement de ce travail de longue haleine. Comme cette instrumentation se fera parallèlement à la mise en train des études chorales, il est à prévoir qu'au dernier moment — les musiciens nous comprendront — de nombreuses et difficiles transpositions devront être confiées à l'orchestre d'accompagnement, car on ne peut connaître à l'avance les éléments vocaux dont disposeront les divers districts auxquels sera confiée l'exécution chorale.

Pour toutes ces raisons, il est absolument indispensable que cet orchestre soit composé de musiciens professionnels. L'accompagnement d'un opéra nécessite une pratique et un entraînement que ne possède aucune de nos excellentes sociétés d'amateurs et à l'exécution l'orchestre n'aura même pas à compter sur la sollicitude du chef dont l'attention devra forcément se concentrer sur la scène où agit l'élément le plus important. Les musiciens accompagnateurs devront par conséquent jouer d'intuition et de routine et seuls des professionnels seront capables de ce considérable effort.

Pour une représentation en plein air, sur une place aussi vaste que celle de Beaulieu (18'000 spectateurs) la participation de 100 musiciens d'accompagnement est indubitablement nécessaire. Aucune ville du canton de Vaud ne possède d'orchestre si nombreux et les deux seuls orchestres permanents, Lausanne et Montreux, ne présenteraient réunis qu'un effectif d'une trentaine d'exécutants. Le temps très court réservé à l'étude de la partition ne permettra pas, d'autre part, de confier celle ci à un orchestre formé de plusieurs groupes instrumentaux, empruntés à différentes villes. La partition, en effet, ne peut voyager sans cesse et des copies de celle-ci ne peuvent se faire, faute de temps. La confection d'un seul double entraînerait d'ailleurs de très gros frais.[...]"

Suit une description détaillée des ensembles qui devront être engagés, et de la nécessité d'avoir des exécutants venant de l'étranger - plus particulièrement de l'Allemagne, avec une longue justification de ces engagements d'étrangers malgré qu'il s'agisse d'un festival vaudois. C'est à la fin de son exposé qu'est expressémment mentionnée la «Marche vaudoise», sur un ton très patriotique...

"[...] Alors, quand défileront, aux acclamations de la foule, nos vaillantes musiques cantonales jouant la «Marche vaudoise», revêtues des costumes que portaient nos pères, elles comprendront qu'on ne les a pas sacrifiées, elles ne regretteront pas de ne pas accompagner dans l'ombre et seront fières et joyeuses d'entonner nos hymnes nationaux en pleine lumière, aux sonneries des cloches, au grondements des canons, sous l'envol triomphal de nos drapeaux. [...]"

Émile Jaques-Dalcroze exposa la conception de son oeuvre entre autres dans la «Gazette de Lausanne et Journal Suisse» du 25 octobre 1902, un long exposé intitulé «Les musiques vaudoises au Festival vaudois» publié en pages 2 et 3:

"[...] Le Festival vaudois ne comportera que quelques rares vers parlés sur un mélodrame orchestral, et sera essentiellement lyrique, revêtant la forme d'un grand opéra en cinq actes, d'une durée de quatre heures et demie environ, pendant lesquelles l'orchestre jouera sans interruption.

L'instrumentation en est faite pour «harmonie» dans tous les grands ensembles et pour «cordes» dans certains passages d'accompagnement et certains ballets. Le temps d'étude sera forcément très limité, car l'instrumentation de l'oeuvre ne pourra être prête qu'environ un mois avant l'exécution, l'hiver entier étant tout juste suffisant pour l'achèvement de ce travail de longue haleine. Comme cette instrumentation se fera parallèlement à la mise en train des études chorales, il est à prévoir qu'au dernier moment — les musiciens nous comprendront — de nombreuses et difficiles transpositions devront être confiées à l'orchestre d'accompagnement, car on ne peut connaître à l'avance les éléments vocaux dont disposeront les divers districts auxquels sera confiée l'exécution chorale.

Pour toutes ces raisons, il est absolument indispensable que cet orchestre soit composé de musiciens professionnels. L'accompagnement d'un opéra nécessite une pratique et un entraînement que ne possède aucune de nos excellentes sociétés d'amateurs et à l'exécution l'orchestre n'aura même pas à compter sur la sollicitude du chef dont l'attention devra forcément se concentrer sur la scène où agit l'élément le plus important. Les musiciens accompagnateurs devront par conséquent jouer d'intuition et de routine et seuls des professionnels seront capables de ce considérable effort.

Pour une représentation en plein air, sur une place aussi vaste que celle de Beaulieu (18'000 spectateurs) la participation de 100 musiciens d'accompagnement est indubitablement nécessaire. Aucune ville du canton de Vaud ne possède d'orchestre si nombreux et les deux seuls orchestres permanents, Lausanne et Montreux, ne présenteraient réunis qu'un effectif d'une trentaine d'exécutants. Le temps très court réservé à l'étude de la partition ne permettra pas, d'autre part, de confier celle ci à un orchestre formé de plusieurs groupes instrumentaux, empruntés à différentes villes. La partition, en effet, ne peut voyager sans cesse et des copies de celle-ci ne peuvent se faire, faute de temps. La confection d'un seul double entraînerait d'ailleurs de très gros frais.[...]"

Suit une description détaillée des ensembles qui devront être engagés, et de la nécessité d'avoir des exécutants venant de l'étranger - plus particulièrement de l'Allemagne, avec une longue justification de ces engagements d'étrangers malgré qu'il s'agisse d'un festival vaudois. C'est à la fin de son exposé qu'est expressémment mentionnée la «Marche vaudoise», sur un ton très patriotique...

"[...] Alors, quand défileront, aux acclamations de la foule, nos vaillantes musiques cantonales jouant la «Marche vaudoise», revêtues des costumes que portaient nos pères, elles comprendront qu'on ne les a pas sacrifiées, elles ne regretteront pas de ne pas accompagner dans l'ombre et seront fières et joyeuses d'entonner nos hymnes nationaux en pleine lumière, aux sonneries des cloches, au grondements des canons, sous l'envol triomphal de nos drapeaux. [...]"

Dans la «Gazette de Lausanne et Journal Suisse» du 9 janvier 1903, Émile Jaques-Dalcroze exposa en détail le déroulement de son opus 55 (un texte repris dans de nombreux autres journaux):

"[...] LE FESTIVAL VAUDOIS par E.Jaques-Dalcroze

Beaucoup de Vaudois n'ont encore qu'une idée vague de ce que sera le Festival composé par M. Jaques-Dalcroze à la demande du comité du Centenaire. Quelques bribes d'informations publiées dans les journaux, quelques conférences de l'auteur devant un auditoire forcément restreint, ne suffisent pas à satisfaire la légitime curiosité publique. L'étude abrégée qui va suivre, si elle reste impuissante à évoquer le côté purement musical, donnera toutefois un aperçu d'ensemble assez net de cette vaste conception, à l'exécution de laquelle ne participeront pas moins de 2000 personnes venues de toutes les parties du canton.

L'événement historique qu'il s'agissait de célébrer est, pris dans sa signification la plus haute, la naissance de notre peuple à l'existence autonome. C'est bien ainsi que l'a compris l'auteur, et son Festspiel n'est pas un ouvrage de théâtre avec action dramatique, intrigue et dénouement. C'est, en un prologue et quatre tableaux, un hymne vibrant à la patrie vaudoise, célébrant les étapes de sa naissance à la vie, et faisant passer sous les yeux du spectateur en des décors familiers les principaux aspects de notre sol: plaine, ville, lac et montagne.

Le premier acte met en scène un épisode de la domination savoyarde; le second nous montre Lausanne au temps de la Réforme, peu après l'établissement de la domination bernoise; le troisième nous transporte au déclin de ce même régime, au lendemain de la Révolution française, et le quatrième dans l'Alpe.

Tenant compte de l'impossibilité matérielle qu'il y a à faire saisir un dialogue suivi sur une scène à ciel ouvert par quinze mille paires d'oreilles, M. Jaques-Dalcroze s'est surtout attaché à parler aux yeux. Sa musique est surtout chorale et symphonique; les soli n'interviennent qu'en telles situations qui ne nécessitent aucun effort de compréhension de la part du spectateur. Enfin, une large place est faite aux grands déplacements de foule : cortèges, divertissements, ballets.

Prologue: LA VIGNE.

Le prologue est symbolique; il met en scène l'introduction de la culture de la vigne dans le canton de Vaud. Avant le lever du rideau, le Choeur vaudois, qui joue tout au long de l'ouvrage le rôle du choeur dans les tragédies antiques et qui se trouve placé au proscenium, entonne un chant à la louange du pays vaudois.

[...]

Pendant le changement de décor qui suit, le choeur vaudois prend la parole et nous annonce que la scène se transporte à Moudon en l'an 1303.

1er acte: MOUDON

Le rideau s'ouvre et, en effet, voici l'Église Notre-Dame. À gauche s'élèvent des estrades et un trône; à droite une rangée de maisons bourgeoises tendues de tapisseries. Au premier plan, une taverne. La place est déjà occupée par des marchands ambulants, entourés de leur clientèle. De tous côtés arrivent des bourgeois, des campagnards, venus pour les fêtes en l'honneur du comte Vert, Amédée VI de Savoie, retour de ses guerres en Orient. Une grande animation règne parmi la foule. Passage de fifres et de tambours, troupes de bohémiens et de bateleurs.

[...]

Mais voici des hommes d'armes précédant un héraut: Monseigneur de Savoie fait assavoir qu'il va présider les Etats de Vaud. Aussitôt après apparaît le cortège, qui est somptueux et défile aux sons de la Marche vaudoise:

Pays vaudois, Ô Jardin du monde,

Terre des vignes, des moissons,

Que te célèbrent, terre féconde,

Nos cris de joie et nos chansons.

Tu vis heureux dans ta paix glorieuse,

L'honneur refleurit au creux de tes vallons.

Et nos travaux ont creusé de sillons

Ton sol gonflé de sève généreuse.

Ils sont fiers de toi, tes enfants,

Patrie, ô notre mère!

Ils marchent libres, triomphants,

En rangs serrés, sous ta bannière,

Portant en leurs esprits fervents

Un reflet de ton âme altière,

Ils sont fiers de toi, tes enfants,

Patrie, ô notre mère!

Marche, marche, vers l'avenir,

O cohorte des coeurs fidèles,

Au devant des moissons nouvelles

Que le soleil fera mûrir.

Va, poursuis ta route tracée,

Finis la tâche commencée.

Marche, marche, vers l'avenir!

[...]

2e acte : LAUSANNE

Le second acte se passe deux siècles plus tard, en 1556. Nous sommes à Lausanne, place de la Palud: au fond, l'Hôtel-de-Ville; à droite, l'Oste de la Chasse ; au milieu, la fontaine; au second plan, le pilori; à gauche, un réverbère, poteau de bois garni d'échelons, au sommet duquel, dans un pot à feu, brûle encore de la résine. Le jour va paraître. [...]

3e acte : ROLLE

Deux siècles s'écoulent encore pendant l'entr'acte, et nous voici en 1791, à Rolle, où nous allons assister à la fête de l'Arc. Les têtes sont montées: les événements de France ont eu leur répercussion au Pays de Vaud, où l'on ne supporte plus qu'impatiemment le joug de LL. EE. de Berne. On sent qu'il ne faudrait qu'une goutte d'eau pour faire déborder le vase.

La scène représente la place du Lac. Les maisons sont fleuries et garnies de drapeaux. À gauche, des tables, au fond le lac bleu.

Peuple sur la place, enfants, hommes, femmes, vieillards. Quelques uniformes de grenadiers. On apporte des tonneaux de vin et des canons que l'on place en batterie.

[...]

4e acte: L'ALPE

Bien qu'il soit censé se passer en 1803, le dernier acte est surtout allégorique. Il chante l'Alpe et la Liberté. II encadre l'apothéose. Dès avant que le rideau se rouvre, le choeur vaudois nous a mis au courant, et c'est avec l'âme au diapason de 2000 m. d'altitude que nous voyons apparaître un vallon élevé, bordé à gauche par des parois de rochers, à droite par des chalets. Au fond un sentier conduit, en pente douce, à une élévation praticable. Tout au lointain un horizon de cimes blanches.

[...]

Voici, dans ses grands traits, une faible esquisse du bel ouvrage conçu par un de nos plus illustres concitoyens, celui qui a le mieux compris et su peindre notre âme romande. De la musique nous ne dirons rien, sinon qu'elle est de caractère franchement populaire et faite en vue du plein air. On retrouvera avec plaisir au cours de ces cinq tableaux quelques-unes des Chansons romandes qui ont valu chez nous à M. Jaques-Dalcroze une si légitime renommée. Quant à la Marche vaudoise, il semble qu'elle doive rester longtemps au répertoire de toutes nos musiques. [...]"

La banque de données de la Phonothèque Suisse fait mention d'enregistrements de la «Marche Vaudoise» dans plusieurs recueils de Chansons et Marches Patriotiques Suisses, sur divers supports: MC9589, MC40169, MC933, LP11394, LP1331, mais qui ne peuvent être écoutés qu'auprès des postes d'écoute de ses diverses succursales.

Un enregistrement fait au Tessin est par contre disponible en écoute sur une page de YOUTUBE:

Émile JAQUES-DALCROZE, «Marche Vaudoise» du premier acte de «Le Festival vaudois, Musique de fête pour solistes, choeur et orchestre», Op. 55 (1903), Civica Filarmonica di Lugano, Franco CESARINI

CLIQUER ICI pour accéder à cette page de Youtube.

À noter que plusieurs autres enregistrements de Franco Cesarini - comme compositeur, flûtiste ainsi que chef d'orchestre - peuvent être écoutés sur son canal Youtube, tous très bien présentés.

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René Gagnaux
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19 décembre 2020
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