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Les Accords d’Evian, le point de vue suisse Repérage

4 mars 2022
David Glaser, reporter FONSART

La Suisse et plus particulièrement Genève ont joué un rôle prépondérant dans les négociations menant au processus d’indépendance de l’Algérie. Mettant à disposition sa diplomatie et ses infrastructures pour la tenue de pourparlers secrets sur son espace et en territoire frontalier, la Confédération a permis aux Algériens de se préparer, en terrain sécurisé, à débattre sereinement. Cette présence en Suisse a aussi facilité la communication à l’opinion mondiale. La présence de Suisses en Algérie depuis les années 1830 aura aussi largement contribué à considérer le processus de décolonisation nécessaire pour la France ainsi que pour la Confédération, sa partenaire.

En 1961, le gouvernement suisse, par l’intermédiaire de son conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères Max Petitpierre, apporte son soutien diplomatique et logistique pour organiser des négociations entre le Gouvernement provisoire de la République d’Algérie (GPRA) et une délégation française prête à accepter le principe d’autodétermination algérienne. «Pour la France, le gouvernement de Charles de Gaulle souhaitait se débarrasser du boulet algérien, parce qu’ils avaient d’autres objectifs au niveau international. La contribution de la Suisse lui permettait d’avoir ce poids financier en moins » explique l’historien Marc Perrenoud, interrogé au colloque « 60 ans des Accords d’Evian, d’une rive à l’autre » le 19 mars 2022 à Lausanne.

Des Suisses en Algérie française

La question de la Suisse impliquée dans la cause algérienne doit être liée à la présence de citoyens suisse depuis la fin de la première partie du XIXe siècle. Une participation à la colonie française prenant la forme d’une présence de Suisses à Alger ou sur un territoire de 20'000 hectares près de Sétif dans le Constantinois, un territoire exploité par la « Compagnie genevoise des Colonies suisses de Sétif » créée par François-Auguste Sautter de Beauregard en 1853, un homme venu chercher la richesse en impliquant plusieurs co-concessionnaires de la « colonie » dont le fondateur de la Croix-Rouge Henry Dunant.

L’histoire suisse en Algérie va se poursuivre jusqu’à 1962. Soit un peu plus de 130 années de présence aux côtés de la France coloniale. Car «ce sont les Français qui ont attiré ces Suisses en Algérie…» analyse l’historienne Marisa Fois, maître-assistante à l’Université de Genève et autrice du livre Héritages coloniaux, les Suisses d’Algérie (1). « La Suisse avait envie de participer à cette colonie française. Elle avait envie d’exporter quelque chose. » Paradoxe de l’histoire « si la Suisse n’a pas été une puissance coloniale, elle a eu à subir les conséquences comparables aux autres puissances coloniales européennes » ajoute Marisa Fois. « En 1967, une association liée à la colonisation est née, l’Association des Suisses spoliés d’Algérie et d’outre-mer. Un paradoxe de l’histoire, elle voit le jour à Genève, ville de la coopération internationale, de la neutralité et sièges d’organisation internationales. » Ce retour au pays d’ex-colons suisses se passera mal, les compensations financières pour ce rapatriement forcé ne sera versé aux plaignants étant quasi inexistantes.

Une présence suisse pour le FLN

A la fin des années 1950, le Front de libération nationale algérien (FLN) avait envoyé un de ses meilleurs éléments en Suisse pour être leur représentant en contact avec les hommes du pouvoir politique suisse. Taïeb Boulharouf, après avoir milité au FLN en France, est devenu représentant du Gouvernement provisoire de la République algérienne en 1958. En 1960, il est le relais suisse entre le GPRA et la France. Avec Ahmed Boumendjel, il est présent aux rencontres de Lucerne et de Neuchâtel en février 1961, puis aux négociations d’Évian I à Lugrin ainsi qu’à celles d’Evian II en mars 1962 (2).

Son fils se souvient d’un père qui « plaisait bien » dans les cercles bourgeois et politiques romands. Taïeb Boulharouf avait élu domicile près de la Gare de Lausanne à l’Hôtel Orient de l’avenue d’Ouchy. « Mon père se faisait appeler « Pablo » pour son côté « latino lover ». Un pouvoir de séduction qui permit au militant de gagner la confiance du diplomate genevois Olivier Long. Ce dernier remontant la demande de Taïeb Boulharouf du GPRA de leur désir d’entrer en négociation avec la France avec l’aide de cette « Suisse des bons offices ». Une opération couronnée de succès, aboutissant à la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962.

Photo d'Henri Guisan en 1951 à la colonie suisse de Sétif, Constantinois, Algérie (Archives fédérales suisses)

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4 avril 2022
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