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Pierre Barde: "Ces cinéastes amateurs avaient un sens de l'image qui m'a bouleversé." Repérage

29 mars 2012
Claude Zurcher
notreHistoire

Ancien réalisateur et producteur à la Radio Télévision Suisse, Pierre Barde a été l'un des premiers à estimer et à mettre en valeur le film amateur à la télévision, aux côtés d'Andrée Hottelier, Jean-Daniel Farine, Philippe Epitaux et Jean-Michel Laubli. Pour notrehistoire.ch, il évoque son intérêt à la découverte des images tournées par des cinéastes amateurs qui ont nourri son émission Avis aux amateurs, diffusée en 1991. Interview en forme de reconnaissance.

notrehistoire.ch. Dans quelles conditions votre émission Avis aux amateurs a-t-elle été lancée ?

Pierre Barde. En 1989, en prévision du 700e anniversaire de la Confédération, j'ai travaillé à un projet de film avec les télévisions alémanique et tessinoise. Mais ce projet était trop onéreux et difficile à monter. Nous avons préféré l'abandonner. C'est alors que Claude Torracinta, qui était directeur de l'information à la TSR, a sorti de son tiroir un projet qui allait devenir Avis aux amateurs et qui reposait sur la diffusion de films tournés par des cinéastes amateurs. Je précise bien des cinéastes, car ils utilisaient du film; la vidéo, qui a succédé comme moyen de tournage pour le grand public, a transformé ces cinéastes en vidéastes.

Un important travail de préparation avait été lancé au préalable par Andrée Hottelier et Jean-Daniel Farine. Mais aucun réalisateur de la TSR ne s'y intéressait. Andrée Hottelier avait eu plusieurs contacts avec la Radio Télévision Belge, à Charleroi, qui diffusait alors une émission reposant sur le film amateur. J'ai visionné cette série de documents inédits et j'ai été abasourdis par ce que j'ai découvert. Il ne faisait plus aucun doute pour moi : le monde du film amateur recelait une qualité et des personnalités remarquables que j'ai eu envie de rencontrer. Je pense à Fredy Landry, qui a tourné les Ponts-de-Martel. Durant les années de guerre, ce quincailler, qui avait un sens aigu de l'image, a filmé la vie de son village. C'est un document exceptionnel. Je pense aussi au travail de Robert Schwab qui a tourné Mon village au temps de l'enfance qui relate la vie quotidienne à Onnens, dans le canton de Vaud. J'ai tout de suite répondu à Claude Torracinta : on y va. Et je me suis plongé dans ce domaine particulier du film amateur avec passion.

Ce sont en effet des documents qui vont au-delà de l'anecdote ou du simple moment de vie.

Andrée Hottelier avait de nombreux contacts, notamment avec les associations de cinéastes amateurs. Jusque-là, ce genre de cinéma était considéré avec une certaine distance par les professionnels, particulièrement à la télévision. Le film amateur, c'était essentiellement des souvenirs de fêtes de famille et de vacances. Or, nous avons découvert que des cinéastes amateurs avaient véritablement un regard sur leur réalité. En ce sens, les-Ponts-de-Martel est exemplaire. Fredy Landry a tourné toute sa vie dans sa rue avec un sens de l'image remarquable. C'est une chronique de l'urgence des choses à montrer. Et une histoire fantastique que personne d'autre n'aurait tournée.

Avis aux amateurs était une émission hebdomadaire. C'était un rythme exigeant.

Oui, c'est pourquoi nous avions aussi recours à des films tournés par des Belges et diffusés par la RTBF. Leurs images, et aussi l'époque présentée, notamment la Seconde Guerre mondiale, avaient une portée universelle. Nous avions aussi lancé un appel qui avait été relayé entre cinéastes amateurs, mais il n'eut pas beaucoup de résultat. Sauf peut-être pour Edmond Gaillard, un ancien délégué du CICR qui avait navigué sur un bateau affrété par la Croix-Rouge durant la guerre pour acheminer entre Lisbonne et Marseille des colis destinés aux prisonniers en Allemagne. Son document Péril en mer est remarquable. C'est une source rare, aujourd'hui, sur cet aspect du travail de la Croix-Rouge.

Passiez-vous un contrat avec les cinéastes ?

Nous passions un accord avec eux ou leur famille. Nous assumions la restauration des films et leur offrions une copie vidéo sur VHS pour la totalité des bandes. Celles diffusées à l'antenne étaient par ailleurs payées 10 francs la minute.

Cette émission était donc une forme de reconnaissance du film amateur.

Nous tenions à montrer ces films et à les mettre en valeur pour le grand public. Nous avons aussi participé à l'Association internationale Inédits consacrée au film amateur. C'était une façon de soutenir le travail important qui était fait à l'époque pour le film amateur, et je dois ici louer l'engagement de la Médiathèque Valais et de la Bibliothèque de Fribourg, notamment son directeur Emmanuel Schmutz, pour la valorisation des documents amateurs. Je crois pouvoir dire qu'Avis aux amateurs a aussi contribué à cette prise de conscience dans le public. Surtout, nous voulions montrer à l'antenne ce sens de l'image que pouvaient avoir des cinéastes amateurs. C'était une traversé de l'histoire de la Suisse romande, d'autant plus bouleversante qu'elle mettait en lumière des talents ignorés jusque-là.

Propos recueillis par Claude Zurcher

Dans la lignée d'Avis aux amateurs, la Télévision Suisse Romande a ensuite diffusé, en été 1997, l'émission C'est mon cinéma, également produite par Pierre Barde. Elle fut rediffusée l'été 1998.

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