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Ernest ANSERMET en 1931 - 1/5

Ernest ANSERMET en 1931 - 1/5

1931
Max Kettel resp. Edouard Martinet
René Gagnaux

"[...] M. Ansermet sur le seuil du petit chalet où il aime à s'isoler pour travailler [...]" Cette photo fait partie d'une série de cinq photos publiée dans «L'Illustré» du 26 février 1931 en page 245. Les photos sont de Max KETTEL (1902 Genève - 30.01.1961), le court reportage fut écrit par Edouard MARTINET (1896-1962), qui avait rendu visite à Ernest ANSERMET dans sa villa du Chemin de la Roseraie, au pied du côteau de Champel.

Un document rendu disponible grâce à la splendide banque de données SCRIPTORIUM de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne et sa superbe collection de journaux et revues digitalisées.

Cité du reportage d'Edouard Martinet:

"[...] En mème temps qu'un étre actif, qui donne vie à la musique grâce à sa baguette de chef d'orchestre - véritable baguette magique - M. Ansermet est un étre méditatif, pour qui la vie de l'esprit existe - en témoigne sa bibliothèque de lettré et d'artiste - pour qui se posent des problèmes d'ordre esthétique et social, où l'humain entre en lutte avec l'universel, avec le divin, où l'homme part à la quéte des valeurs transcendantales et des expériences sensibles, qui éclaireront sa marche vers son idéal. L'oeuvre qu'a entreprise M. Ernest Ansermet à la téte de l'O.S.R. est une oeuvre de foi. Il s'agissait pour lui et pour ceux qui lui ont fait confiance et l'ont suivi, de partir à la découverte des horizons sensibles aux différentes époques de la musique. Dans le temps, retourner, pour cela, aux auteurs anciens. Dans l'espace, découvrir les compositeurs les plus représentatifs de notre epoque et de leur pays, discipline que nous devons au romantisme. Qui ne re connaitra, en l'occurrence, le génie divinatoire de M. Ansermet? Les chefs de file, il les a tous ressuscités ou décelés. D'abord, pour ne mentionner que des contemporains, ce furent les Stravinsky, les Honegger, sans parler de Debussy, de Ravel, de Malipiero, célèbres dans leur pays, mais peu connus chez nous; puis, vinrent les Schoenberg, les Bartok; et, enfin, les Hindemith, Conrad Beck - qui est Suisse, comme Honegger -, le Tchèque Martinu et le Hongrois Tibor Arsanyi. «C'est en ces derniers que je mets le plus d'espoirs, me dit M. Ansermet, surtout en Hindemith. Stravinsky et Schoenberg sont déjà classés. Ce qu'ils pourront encore produire ne nous apprendra rien de nouveau sur eux, ni sur nous-mémes. Mais, avec Hindemith, qui est une force vivante et qui se cherche encore, qui ne nous donne, en quelque sorte, que des esquisses de son art, encore incomplètement formulé, on peut s'attendre à des trouvailles, à des révélations. Hindemith, avec les caractéristiques de son pays et de sa race, est bien l'expression de notre époque.» - «Cette époque, comment la caractérisez-vous?» - « Période de transition, sans conteste. L'oeuvre musicale qui la satisfera, en l'exprimant, est encore à créer. Un instant, on a pu croire que le dynamisme satisferait les aspirations des jeunes générations actuelles. Il n'en est rien. Il y a dans le dynamisme quelque chose de trop exclusivement animal. Sa véritable expression est dans le sport. On demande à la musique autre chose, quelque chose de mieux, qui corresponde aux aspirations profondes de l'homme. Quelles sont-elles? Toujours les mémes, l'homme demeurant toujours semblable en son essence: une sorte d'élan vers la beauté, une aspiration à un idéal sentimental et spirituel, souvent informulé, mais réel, vivace et éternel.

Vous sentez-vous soutenu par le public dans votre recherche de son idéal actuel?

Ici, M. Ansermet devient sceptique, pour ne pas dire pessimiste, ce qui serait contraire à son tempérament d'animateur, à sa vocation de chef.

«L'enthousiasme que suscitaient les premières auditions de Stravinsky, de Honegger, me confie-t-il, n'existe plus, hélas, pour Hindemith, Conrad Beck, Martinù, Tibor Arsanyi, ou d'autres. La jeunesse actuelle est trop dispersée par la nécessité du gagne-pain, ou trop accaparée par le stade. Elle abandonne le concert. Conséquences de la guerre. On peut à juste droit s'en alarmer.»

Mais, étant lui-mème une force vive, M. Ansermet croit aux forces vives qui créent sans cesse les expressions d'art susceptibles de satisfaire les aspirations d'une époque. La nótre, en dépit de son inquiétude, de son déséquilibre, trouvera, en musique, sa forme d'expression. Pour nous, avec nous, M. Ansermet la cherche dans les oeuvres qui naissent. Continuons à lui faire confiance. C'est notre meilleur, si ce n'est le seul découvreur de beauté musicale. Il n'est, pour s'en persuader, que de se rappeler que l'O.S.R. atteindra, cet été, sa treizième année d'àge. Imagine-t-on quel enrichissement cela représente pour notre vie musicale? Aux esprits sensibles à l'éloquence des chiffres, je conseille de consulter la liste des oeuvres et des auteurs joués par l'O.S.R. dans la brochure, malheureusement trop peu connue, intitulée: Dix ans de programma 1918-1928. C'est prodigieux. Et aux esprits sensibles à la diversité des auteurs et des oeuvres, je conseille aussi de lire cette mème liste. On ne peut souhaiter plus riche et plus judicieuse exploration musicale dans le temps et dans l'espace, exploration que justifie intelligemment M. Ernest Ansermet dans son avant-propos. Et l'on mesure, par cette lecture, l'appauvrissement qu'entraînerait pour notre vie artistique et spirituelle la disparition de l'O.S.R. si les circonstances devaient provoquer pareille débâcle. Notre devoir est de faire l'impossible pour qu'elle ne se produise jamais. Il y va de l'honneur de notre patrimoine artistique. [...]"

Genève, février 1931, Edouard Martinet.

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René Gagnaux
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8 février 2019
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