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Philippe Leuba: ex-homme en noir et fan du LS (3e partie)

Philippe Leuba: ex-homme en noir et fan du LS (3e partie)

22 juin 2020
David Glaser
notreHistoire

Suite de l'interview de l'ex-arbitre international aujourd'hui en charge des affaires économiques et sportives du canton de Vaud, Philippe Leuba. Le fan du Lausanne Sport nous livre quelques souvenirs de sa triple-carrière, dans l'immobilier et la politique ainsi que sur les terrains avec un sifflet.

Vous auriez voulu pouvoir être un arbitre professionnel tout au long de votre parcours?

Philippe Leuba : C'est vrai qu'au moment où j'étais en ligue A et à un niveau international, je n'étais pas professionnel. Je dirigeais une agence immobilière, j'avais 25 collaborateurs sous mes ordres. J'avais un mandat de député. C'était une vie très compliquée avec un agenda que vous ne maîtrisez pas. L'UEFA vous disait d'arbitrer à Moscou le 13 septembre, vous ne pouvez pas leur dire, écoutez le 12 ce serait super, le match est le 13, vous partez le 12 et vous rentrez le 14, c'est comme ça.

La vie d'un parlementaire, c'est la même chose, les commissions parlementaires sont fixées dans votre agenda, donc vous devez jongler. C'était très compliqué en termes d'agenda, mais j'avais la chance de pouvoir marier ces deux passions la politique et le sport. J'ai demandé de très lourds sacrifices à ma famille, j'avais une fille et j'allais avoir un garçon ensuite. L'agenda ne tenait plus.

La professionnalisation de l'arbitre était-elle souhaitable?

La difficulté de la professionnalisation, c'est que vous n'avez qu'un seul employeur potentiel, c'est l'Association suisse de football. Vous vous brouillez avec l'ASF, c'est terminé. Si vous êtes peintre en bâtiment et que vous vous engueulez avec votre patron, il y a d'autres entreprises qui peuvent vous engager. Mais là, c'est le monopole. Et puis, je crois qu'il y a une sélection extrêmement sévère. Tous les six mois, vous êtes qualifié, tous les six mois, vous pouvez donc perdre votre statut d'arbitre international, des arbitres qui sont les seuls à être professionnels. Et si vous le perdez, il n'y a aucun employeur qui peut vous reprendre. Je n'aimerais pas qu'il y ait une forme de garantie de la fonction d'arbitre internationale parce qu'il y a le professionnel. Comme on ne peut pas virer les gens tous les six mois, on leur garantit d'être arbitre FIFA parce qu'ils sont professionnels. Et ça, ce sera au détriment de la qualité.

L'arbitre, il doit être convaincu que sa position n'est jamais acquise, il doit toujours se battre pour être dans les meilleurs. Et ça, c'est fondamental. C'est difficilement compatible avec le statut de professionnel. Que l'on favorise le semi-professionnalisme, en gardant un pied dans la vie économique usuel, je dirais que c'est une bonne chose. J'ai beaucoup discuté avec Laurence Rochat, l'ancienne skieuse de fond médaillée à Salt Lake City. Elle a toujours gardé un emploi à temps partiel chez Audemars-Piguet, l’entreprise horlogère. Elle m’a dit « ça a été une chance fantastique pour moi parce qu’au moment où j’ai quitté la scène sportive, j’avais toujours gardé un pied dans le monde réel, dans le monde économique. J’ai pu retrouvé une place à 100% chez Audemars Piguet, ça a été une bénédiction..." Eh bien, je crois que la voie du professionnalisme en Suisse est une voie périlleuse, alors que celle du semi-professionnalisme est une voie qui mérite d’être creusée, qui est probablement celle qui donne un cadre stabilisant pour l’arbitre et à la fois la possibilité de l’ASF de se séparer d’un arbitre qui ne fournirait plus les prestations nécessaires.

J’ai vu le groupe d’arbitres Lausanne Sport-Bâle (14 juin, 2-3, quart de finale de la Coupe suisse) très précis dans la communication et dans l'anticipation d'éventuels problèmes. Cette façon d’arbitrer a-t-elle évolué depuis votre époque ?

Je pense que contrairement à ce qu’on croit, l’arbitrage n’est pas un sport physique, bien sûr qu’il faut avoir une condition physique, qu’il faut être prêt, l’arbitrage c’est d’abord un sport qui requiert une attention et une psychologie très affirmée. Et ça, ça n’apparaît pas spontanément. Un match, il se gagne par la psychologie, la capacité de lire le jeu, de comprendre les réactions d’un joueur, d’être compris par les joueurs, et surtout de bénéficier de la confiance, d’être crédible auprès des joueurs. L’arbitre, c’est comme un établissement bancaire, il vit seulement de la confiance qu’il inspire. Le jour où plus personne n’a confiance dans le Crédit suisse. Tous les déposants retirent leur argent et la banque est morte. L’arbitre, c’est la même chose, si les joueurs n’ont pas confiance dans leur impartialité, même si elle est parfois critiquée, eh bien le match ne peut pas aller au bout.

Le mental semble faire beaucoup la différence par rapport au passé, ne trouvez-vous pas?

La pression psychologique est beaucoup plus forte que la difficulté physique de la course et du placement, c’est vraiment le plus épuisant. Le travail mental de l’arbitre, pendant très longtemps, on a négligé cet aspect-là. Les tests ne portaient que sur la condition physique. Les choses ont changé aujourd’hui, il y a une formation plus poussée pour la gestion du mental, mais aussi les relations avec la presse pour prendre un autre exemple. Car c’est un environnement qui n’est pas facile quand vous arbitrez à haut niveau. La manière dont vous expliquez les décisions sur un plateau de télévision, c’est aussi une formation nécessaire. Également, on travaille sur la capacité de se calmer dans les moments de tension. L’arbitre vit dans un monde partial. Le ballon sort, les deux équipes le réclament, ça n’existe nulle part ailleurs dans le monde, il n’y a pas d’autres activités. Tout le monde essaye de vous influencer en dehors de quelques fonctions judiciaires, éventuellement dans la fonction de conseiller d’Etat. Vous vivez dans un monde qui vous influence. Si vous allez chez le dentiste, vous n’influencez pas le dentiste. Vous devez être capable de résister aux influences, mais il faut s’en réjouir, car le foot moderne c’est aussi ça.

La photo de votre salle d'attente qui me marque le plus est celle de David Beckham, qu'avez-vous pensé au moment où vous lui avez serré la main?

Vous savez bien que c'est Beckham mais à aucun moment vous ne devez montrer ne serait-ce que l'once d'une admiration. Comme arbitre, vous devez traiter tous les joueurs de la même manière, le connu comme l'inconnu, la star ou le débutant, si vous commencez à être connivent, juste avec un clin d’œil ou un sourire, voire la manière de serrer la main, vous êtes mort parce que c'est votre impartialité qui est en jeu. Les gens qui vous voient arbitrer pour ce match Argentine-Angleterre ne vous connaissent pas, si les Argentins ont le sentiment que parce que c'est Beckham vous le traitez différemment, vous n'êtes plus arbitre, vous n'êtes plus neutre, vous n'êtes plus impartial, vous êtes influencé par le nom, la carrière et l'aura d'un joueur.

A la fin du match, c'est possible non?

Non, même pas. Moi je ne suis jamais allé chercher un maillot, c'est la fin de tout car ça se sait. Et l'UEFA sanctionne sévèrement les arbitres qui font ça et à juste titre, parce que l'impartialité, c'est aussi l'image. La justice, c'est le jugement et c'est aussi l'apparence, si vous transigez sur l'apparence, vous finissez par transiger sur la justice.

Si un joueur vous offre un maillot en souvenir d'une finale gagnée?

Si c'est lui qui fait le geste, ça va à peu près. A mon dernier match Neuchâtel-GC, il y a un joueur de chaque équipe qui m'a offert son maillot, il y a un qui est parti avec le mien, mes cartons et mes stylos. C'est lui qui est venu. Comme c'était mon dernier match, je ne vois pas très bien ce qu'on aurait pu perdre. Il y a parfois des dirigeants qui vous offrent un maillot mais ce n'est pas vous qui demandez. Vous les traitez de manière équitable. J'ai d'ailleurs toujours refusé d'avoir des relations amicales avec des joueurs parce que vous ne savez plus où ça commence et où ça finit. J'avais la réputation d'être froid avec les joueurs, mais c'était volontaire. Mais une fois ma carrière finie, les choses ont été différentes. Vous êtes tellement jugé sur l'apparence.

Une dernière anecdote d'arbitre?

Oui j'étais avec Urs Meyer à l'Inter pour le match Inter-Barça. Le président de l'Inter qui était Moratti est venu nous serrer la main en arrivant au stade. Et Urs Meyer lui a serré la main. Et il est allé immédiatement serré la main du président du Barça, spontanément. Tu sais Philippe, si tu sers la main d'un seul président, s'il y a un photographe, tu serres la main des deux, tu les as traité de manière équitable, tu es irréprochable, ça a l'air de rien mais si vous n'avez pas ce reflex là, si vous tapez sur l'épaule de Moratti , vous commencez à discuter avec lui, on va tout de suite dire, "ça y est, ça commence" .

Propos recueillis par David Glaser

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