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Zoltán KODÁLY, Psalmus hungaricus, József SIMÁNDY, ténor, choeurs, OSR, Ernest ANSERMET

22 mars 1961
RSR / RTS
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Zoltan KODALY... Dans l'épisode «1930» de la série d'émission «Les annales radiophoniques de l'OSR» de Jean-Pierre AMANN - que l'on pouvait écouter sur «Espace 2» le 25 avril 2018 dans «Poussière d'étoile» - furent rediffusés plusieurs splendides documents avec l'OSR sous la direction d'Ernest Ansermet, dont un enregistrement du Psalmus Hungaricus de Zoltan KODALY.

Le Psalmus Hungaricus de Zoltán Kodály, composé en 1923 pour ténor, choeur et orchestre, fut commandé pour célébrer le cinquantième anniversaire de l'unification de Buda et Pest, et fut donné en première audition en novembre 1923, avec la Suite de danses de Béla Bartók, tous deux dirigés par Erno Dohnányi. La première audition suisse fut donnée à Zürich en 1926.

Son texte repose sur celui du Psaume 55 (Miserere mei, Deus, quoniam...: «Aie pitié de moi, mon Dieu, car des hommes me harcèlent; tout le jour ils me font la guerre, ils me tourmentent...») de Mihály Kecskeméti Vég (XVIe siècle), avec des passages désespérés et un appel à Dieu que les musicologues renvoient à la situation politique de la Hongrie après la Première Guerre mondiale, ou aux persécutions politiques que Zoltán Kodály eut à subir peu avant.

Ernest ANSERMET donna cette oeuvre en première audition suisse romande le 22 décembre 1930, avec Ernest BAUER, le Choeur Romand et l'Orchestre de la Suisse Romande - Salle de la Réformation de Genève, 3e concert de l'abonnement 1929-1930, série B. La brochure-programme donnait une très courte présentation de Zoltan Kodaly et de son Psalmus, suivie du texte dans sa traduction française:

"[...] Kodaly est le plus hongrois des compositeurs hongrois de sa génération. Alors que Léo Weiner, Donánhyi, Bartok commencent par emprunter à l'académisme ou au romantisme allemands leurs moyens d'expression, Kodaly les recherche d'emblée dans les formes de la musique populaire. Il réunit, avec Bartok, une collection considérable de folklore hongrois, et c'est sur les ressources qu'il y a trouvées qu'il bâtit son oeuvre. Des oeuvres de musique de chambre, des pièces de piano et de chant, des oeuvres chorales, enfin le Psalmus hungaricus attestent son effort.

Le Psalmus hungaricus, op. 13, écrit en 1923, a été composé sur un texte de Michael Vég aus Kecskemét, du XVIe siècle, paraphrase hongroise du Psaume LV. Son exécution à Budapest à l'occasion d'une commémoration patriotique a eu une répercussion considérable dans le pays, où l'on a vu dans cette oeuvre le signal d'un renouveau de la tradition musicale nationale.

Choeur

Triste fut David quand de son peuple

souffrit la haine et l'injustice;

l'âme chargée de peines cruelles, plein d 'amertume,

il jeta ce cri vers Dieu:

Ténor solo

Eternel Yaveh! Dieu, écoute moi!

Tourne vers moi Ta Sainte Face,

Dans ma détresse, seul je demeure

Le coeur meurtri et sans espérance.

Ainsi je pleure heure après heure

Vaine est ma force, brisée mon âme

Lourd est mon coeur d'angoisse et de crainte

Sous l'oppression d'ennemis impitoyables.

Ah! si j'avais les ailes de la colombe

Je m'envolerais et je fuirais bien loin.

Si Dieu m'avait donné des ailes

Bien loin j'irais chercher asile.

Qu'en un désert plutôt je demeure,

Qu'en la forêt plutôt je m'égare

Que vivre en proie à l'homme méchant

Qui ne tolère ni droit ni vérité.

Choeur

Triste fut David quand de son peuple... etc.

Ténor solo

Jour après jour ils guettent ma chute

Complotant entre eux en tous temps.

Jurant ma perte, tendant des pièges,

Se réjouissant de mes tourments.

Je vois dans la cité violence et guerre

Haine et mensonge, dol et malice.

La soif de l'or, des biens , des richesses

En nul lieu du monde ne sévit plus âpre.

Souvent ils tiennent des conseils sombres

Pour dépouiller enfants et veuves.

Oubliant Dieu, Sa Loi, Sa Parole

Ils restent sourds, aveugles et pécheurs.

Choeur

Triste fut David quand de son peuple... etc.

Ténor solo

Combien ma peine serait plus légère

Si l'ennemi me l'avait causée.

De l'ennemi, je ne crains la colère

Je l'endurerais, je fuirais le danger.

Mais mon ami, un autre moi-même,

Celui en qui j'avais confiance

Mon confident, compagnon de ma route,

C'est lui, cruel, qui le premier m'attaqua.

Que la mort le prenne! Punis ces traîtres!

Que leur puissance s'anéantisse

Honte à leurs crimes, à leur impiété

Que chez les morts, vivants ils descendent!

Daigne m'entendre, Dieu! j'appelle à Toi

J'appelle au soir, j'appelle à l'aurore.

Viens à mon aide, délivre-moi

Accorde-moi ta miséricorde.

Mais, ô mon coeur, courage, reprends-toi

Dieu est ton baume, ton rayon d'espoir

Son Amour sauve l'âme blessée

Dans Sa Pitié, Il te délivrera.

Choeur

O Dieu Tout Puissant! Eternel Juge

Qui jamais criminel ne protège -

Jamais ne bénis l'homme au coeur dur

Dont les jours ne seront pas longs sur terre.

Mais le coeur juste, Tu le protèges.

Le coeur fidèle, Tu le sauveras

Le coeur humilié, Tu l'élèveras.

Et le superbe mordra la poussière.

Et si le juste subit sur terre

L'épreuve ardente de la souffrance,

Il recevra la vie éternelle.

Dans Ton royaume, en Toi il revivra.

Ainsi dit David, ainsi la Bible

Dans son cinquante-cinquième Psaume

Dont un fidèle, triste en son âme,

Pour tous ses frères écrivit le chant. [...]"

À souligner qu'il existe plusieurs traductions, qui diffèrent plus ou moins notablement l'une de l'autre! La traduction citée ci-dessus est celle qui fut publiée à l'époque - 1930 - dans la brochure-programme du concert.

Le concert fut commenté le lendemain par Albert PAYCHÈRE en page 5 du Journal de Genève:

"[...]Très intéressant concert. Les soirées de la série B devraient faire des salles combles. Mais nous vivons une époque où ce privilège est réservé aux Tziganes.

La Symphonie dite Rhénane, malgré certaines lourdeurs d'orchestration et aussi d'écriture, met en valeur les qualités d'invention et de coeur de Schumann. Il y a là des moments d'un très beau lyrisme. M. Ansermet la rendit fort bien. Il faut louer la manière dont fut chanté le premier mouvement, il faut relever aussi l'interprétation du maestoso qui atteignit à la grandeur.

Le jeune pianiste Eric Schmidt nous donna le Concerto n° 3 en ut mineur de Beethoven. M. Schmidt est maître de son instrument. Son jeu répond à ce qu'il veut et il sait ce qu'il veut. Il nous a donné de l'oeuvre de Beethoven un dessin très clair, témoignage d'une étude fouillée; il accorda parfaitement à sa conception les sonorités du piano dont il sait tirer un heureux parti. Ses mouvements me parurent justes, ils furent en tout cas soutenus. Ce qu'il faut reprocher à M. Schmidt - défaut de jeunesse, sans doute - c'est de vouloir être trop expressif. Un peu de sobriété donnerait à son jeu plus de grandeur. Lorsqu'il y a des «manières» dans Beethoven - c'est le cas dans le largo - mieux vaut ne pas les souligner. Et puis, il faut absolument changer de cadence. Celle d'hier n'était vraiment pas dans le style.

Le concert se terminait par le Psalmus Hungaricus de Kodaly, donné pour la première fois à Genève. Nous connaissions de ce compositeur la Suite Hary Janos.

La musique du Psalmus Hungaricus traite un texte inspiré par le Psaume CV. Un motif entonné au début par le choeur en constitue en quelque sorte la cellule; il est repris, varié, amplifié. Ce procédé de composition très simple s'accorde parfaitement avec le sujet; Kodaly l'emploie avec bonheur. Son lyrisme est teinté d'un certain exotisme archaïque dont Debussy, dans le Martyre de Saint-Sébastien et Honegger dans le Roi David ont donné de modèle avec plus de maîtrise d'ailleurs, plus de finesse et de tenue.

Mais Kodaly ne manque pas de souffle et ce qu'il écrit sonne.

M. Ernest Bauer a mis en pleine valeur les pages confiées au ténor solo. Il eut l'élan et l'ampleur vocale nécessaires; il sut aussi nuancer son récit, jetant dans ses belles demi-teintes une émotion pénétrante. On lui fit un vif succès, ainsi qu'au Choeur romand, qui apporta à l'exécution de cette oeuvre de l'adresse et de la conviction. A. P. [...]"

À défaut de ne pouvoir écouter ce concert de 1930, l'enregistrement présenté dans cette émission fait revivre le dernier concert de l'abonnement de la saison 1960-1961, donné le 22 mars 1961 au Victoria-Hall de Genève avec l'Orchestre de la Suisse Romande sous la direction d' Ernest ANSERMET. Le soliste était Joseph SIMANDY (József Simándy), un ténor hongrois très réputé:

Joseph Simandy (József Simándy), un portrait cité de cette page du site tiszatajonline.hu.

Le concert fut commenté le lendemain par Franz WALTER dans le Journal de Genève du 23 mars 1961, en page 7:

"[...] Le concert d'hier soir aura marqué une très belle conclusion à la présente saison des concerts d'abonnement. Son programme était aussi riche que varié, déterminé qu'il était en partie par l'effort d'une importante masse chorale, formée du Choeur des jeunes de l'Eglise nationale vaudoise, du Choeur de Radio-Lausanne, du Motet de Genève et du Choeur des instituteurs genevois, et qui nous permit d'entendre notamment le beau Psalmus Hungaricus de Kodaly, tandis qu'un choeur de dames participait à l'exécution d'une série de pièces composées par Mendelssohn pour le «Songe d'une nuit d'été» de Shakespeare. Ces pièces sont d'ailleurs délicieuses, notamment les deux numéros avec choeur et deux solistes, et nous valurent des moments de la plus fraîche détente. Sans doute certaines de ces pièces furent-elles pour beaucoup une découverte.

Le concert avait débuté par deux fragments symphoniques tirés des cantates de Bach dont le premier permit d'apprécier l'admirable phrasé de notre précieux hautbois-solo Roger Reversy, alors que le second nous confirmait que l'usage des trompettes aiguës chez Bach est un problème qui n'est pas encore résolu.

La seconde partie réunissait les noms de Bartok et Kodaly dans une confrontation qui mettait assez en évidence les natures foncièrement différentes de ces deux compagnons de lutte et que l'on pourrait symboliser par l'opposition classique romantique. Classique, Bartok l'est par son expression quintessencée et ses formules elliptiques; romantique, Kodaly l'est par le ton déclamatoire auquel il ne résiste pas toujours. Dans les Deux Images de Bartok, l'influence debussyste se traduit en une saveur un peu âpre qui donne à cette musique son climat très particulier. De style très rhapsodique, d'un caractère harmonique assez statique, ces deux pièces déconcertent un peu par leur démarche errante ou capricieuse, mais elles sont chargées d'une sorte de mystère intérieur très poignant.

Quant à l'oeuvre de Kodaly que m'avait révélée, il y a quelques années à Lucerne, Ferenc Fricsay, elle porte en elle des accents de ferveur très émouvants et atteint plus d'une fois à une réelle densité expressive que le soliste M. Joseph Simandy sut fort bien mettre en valeur. Le choeur, pour sa part, avait réalisé avec autant de soin que d'homogénéité, et dans la langue hongroise originale, le texte inspiré du Psaume LV. Et c'est en anglais que le choeur de dames avait chanté sa partie du Songe d'une nuit d'été, témoignant ainsi du souci d'authenticité avec lequel ce concert avait été préparé. Tandis que les deux Fées solistes, Mmes Heather Harper et Roberta McEwan faisaient admirer la grande fraîcheur de leur voix.

Tout au long de la soirée Ernest Ansermet aussi bien que son orchestre firent preuve de la forme la plus éblouissante et les fleurs qui récompensèrent nos artistes marquèrent fort justement la reconnaissance que nous leur devons une fois de plus au terme de cette série de concerts d'abonnement qui fut fertile en belles émotions. Franz Walter.[...]"

Les extraits du Journal de Genève cités ci-dessus sont rendus accessibles grâce à la splendide banque de données de letempsarchives.ch, qui est en accès libre sur la toile, une générosité à souligner!

Zoltán Kodály, Psalmus hungaricus, Op. 13, pour ténor, choeur et orchestre, József Simándy, le Motet de Genève (Jacques Horneffer), le choeur des Jeunes de l'Eglise Nationale Vaudoise (André Charlet), le choeur de Radio-Lausanne, le Choeur des Instituteurs genevois (Jean Delor), Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 22 mars 1961, Victoria-Hall, Genève, enregistrement RSR

Présentation par Jean-Pierre AMANN 01:15 (05:43->07:02)

Triste fut David quand de son peuple..., choeur 02:01 (07:02->09:03)

Eternel Yaveh! Dieu, écoute moi!, ténor 03:27 (09:03->11:30)

Triste fut David quand de son peuple..., choeur 00:33 (11:30->12:03)

Jour après jour ils guettent ma chute,

ténor et choeur 01:22 (12:03->13:25)

Triste fut David quand de son peuple..., choeur 00:42 (13:25->14:07)

Combien ma peine serait plus légère, ténor 02:22 (14:07->16:29)

Daigne m'entendre, Dieu! j'appelle à Toi,

ténor et choeur 01:33 (16:29->18:02)

Mais, ô mon coeur, courage, reprends-toi, ténor 03:56 (18:02->21:58)

O Dieu Tout Puissant! Eternel Juge, choeur 00:43 (21:58->22:41)

Mais le coeur juste, Tu le protèges, choeur 01:06 (22:41->23:47)

Et si le juste subit sur terre, choeur 02:19 (23:47->26:06)

Ainsi dit David, ainsi la Bible, choeur 01:31 (26:06->27:37)

Cet enregistrement fut diffusé dans l'épisode «1930» de la série d'émission «Les annales radiophoniques de l'OSR» de Jean-Pierre AMANN - que l'on pouvait écouter sur «Espace 2» le 25 avril 2018 dans «Poussière d'étoile».

Pour écouter l'enregistrement ou une de ses parties, aller sur la page de l'épisode «1930»***, saisir le curseur de la "barre-temps" avec la souris et le positioner au minutage désiré - les minutages sont donnés ci-dessus entre ().***

Au programme de cet épisode «1930» de la série d'émission «Les annales radiophoniques de l'OSR» de Jean-Pierre AMANN - diffusée sur «Espace 2» le 25 avril 2018, dans «Poussière d'étoile»

  • 01:28 Christian Sinding, Gazouillement du printemps, Transcription pour orchestre, Wiener Philharmoniker, Zubin Mehta, Sony Classical
  • 05:43 Zoltán Kodály, Psalmus hungaricus, Op. 13, pour ténor, choeur et orchestre, József Simándy, le Motet de Genève (Jacques Horneffer), le choeur des Jeunes de l'Eglise Nationale Vaudoise (André Charlet), le choeur de Radio-Lausanne, le Choeur des Instituteurs genevois (Jean Delor), Ernest Ansermet, 22 mars 1961, Victoria-Hall, Genève
  • Ludwig van Beethoven, Concerto pour violon et orchestre, en ré majeur, Zino Francescatti, Ernest Ansermet, 6 mai 1964
  • 72:57 Court extrait du Roi David d'Arthur Honegger, Choeur, Orchestre de la Suisse Romande, Ernest Ansermet, 1929, Dante/Lys

Enregistrements de concerts de l'OSR effectués par la Radio Suisse Romande (RSR), sauf indication contraire.

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