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Qui se souvient du petit manège de chevaux de Pregny? (fin 1940 – début 1950)

21 juin 2021
Jean-Claude Pallas
Jean-Claude Pallas

Par Jean-Claude Pallas

Le Manège, façade route de Pregny (photo G. Emmenegger)

À la fin de l’année 1954, le 8 décembre, les Nations Unies ont pu faire l’acquisition de la propriété « Le Bocage » par un échange avec « Le Chêne », propriété de l’État de Genève. Cet échange était tout à fait judicieux pour l’Organisation, car la villa Le Chêne était plus éloignée du Palais des Nations et peu accessible du fait de sa situation de l’autre côté des voies ferrées. La nouvelle propriété Le Bocage (5,6 ha) s’intercalait sur trois côtés entre le parc de l’Ariana, côté sud (côté Genève, selon la terminologie en vigueur au Palais), la propriété « La Pelouse » à l’est (côté Lac) et la propriété « La Fenêtre » au nord (côté Lausanne). Le quatrième côté était limité à l’ouest (côté Jura) par la route de Pregny. Cette réunion de grandes parcelles formait en ensemble harmonieux et cohérant avec juste une petite enclave privée de 0,4 ha, la villa « Les Tournelles » (appelée dans les années 1950 « villa Olgoutza » pour une raison que j’ignore, prénom de l’épouse du propriétaire ? Olgoutza étant, en roumain, le diminutif d’Olga). Dans cet échange les Nations Unies conservèrent le port du Chêne qui deviendra le « Club de la Plage ONU » (« United Beach Club »), ouvert de mai à septembre aux fonctionnaires des organisations internationales, aux membres des missions permanentes auprès des Nations Unies, au personnel diplomatique et consulaire, ainsi qu’aux délégués aux conférences internationales se tenant à Genève.

Le Manège, 2017 (photo G. Emmenegger)

Parmi les dépendances de la villa Le Bocage, construite en 1822, se trouve un splendide et vaste bâtiment (23 m x 14 m, voir photos) appelé « La Remise » puis « Le Manège », nom qui lui est resté et qui est toujours en usage. À l’origine c’était une somptueuse écurie avec des box pour les chevaux (5 box dont 3 de 2,05 m de largeur et 2 de 1,80 m, et un box double de 5,33 m de large), une sellerie, une étable, un local pour l’avoine, une vaste cour intérieure au plafond vitré et une grande remise pour voitures, d’abord hippo puis automobiles ; de vastes fenières et des logements à l’étage.

Elle fut construite probablement en 1902, au plus tôt, car les plans de l’architecte Edmond Fatio (1871-1959), conservés dans les archives des Nations Unies, datent de novembre 1901. La commanditaire des travaux et propriétaire du Bocage était Mme Ella Frances Scott (Américaine, née vers 1852 et décédée en 1938 à New York), épouse d’Alfred B. Scott, dû faire connaissance d’Ed. Fatio par l’intermédiaire de son proche voisin Ernest Hentsch (1853-1921), propriétaire de La Fenêtre depuis 1893, qui avait fait également fait construire une écurie, deux ans plus tôt par cet architecte.

Alfred Bowen Scott (Américain, né en 1846 en Alabama et mort au Bocage le 8 janvier 1908) fit fortune en fondant, avec son associé Samuel Bowne, la société « Scott & Bowne » pour la fabrication et la commercialisation à travers le monde de la « Scott Emulsion », dont ils avaient assurés le développement. « L’Émulsion Scott » fut largement distribuée en Suisse entre 1887 et 1910 grâce à une habile et abondante campagne de publicité (la marque de fabrique emblématique était le célèbre pêcheur norvégien portant sur son dos un énorme poisson, une morue de 62 kg, voir photos). « L’Émulsion Scott, huile pure de foie de morue aux hypophosphites de chaux et de soude, est agréable au goût et facile à être digérée même par les estomacs les plus faibles », C’est ce qui fit le succès de cette médication, l’huile de foie de morue aussi agréable à boire que du lait (personnellement je n’ai pas vérifié) « Palatable as milk ! ». Les propriétés thérapeutiques annoncées étaient nombreuses et très variées « débilité générale, croissance, dentition, bronchite, rachitisme… ».

David Glaser, le web éditeur
21 juin 2021
Alfred Scott

Alfred Scott possédait également une ferme à Vernier, la « ferme des Avanchets », avec un étang, où il fit différentes expériences agricoles.

Ce n’est qu’après le départ du Bocage du dernier membre de la famille Scott, en août 1940, que l’écurie privée est devenue, durant une courte période, un « manège de chevaux », ou plutôt « manège d’équidés » puisque l’on y trouvera au moins un âne en 1952. Il était désigné « Manège de Pregny » ou « Manège du Bocage ». On y enseignait l’équitation et l’on pouvait louer des chevaux et des attelages. On peut encore lire le nom d’un des pensionnaires sur l’un des box qui sont toujours en place : « TOMBOLA ».

Sur un inventaire de la campagne Le Bocage du 30 octobre 1952 (soit deux ans avant l’acquisition par les Nations Unies) il est mentionné : « De très bonne construction. État d’entretien satisfaisant. Servant de logement (3 pièces), loué à un employé de la Croix-Rouge. Un 4e pièce est occupée par le valet du Manège. Les écuries sont exploitées par ledit Manège ». En septembre 1953 le propriétaire du manège habitait encore sur place, au premier étage. En 1954 il y avait une locataire, Mlle Gas (ou Gass, ou peut-être même GAUS, un Alexandre Gaus, décédé en mai 1886, était professeur d’équitation à la « Société du manège de Genève »), qui évacue les lieux le 20 novembre 1954. Elle avait résilié son bail pour fin 1953, mais elle est restée au Manège, n’ayant pas trouvé, fin 1953, d’autres locaux.

L’activité du Manège n’est guère documentée dans la presse romande en ligne (Le Journal de Genève et La Gazette de Lausanne), seuls quatre articles lui sont consacrés entre 1948 et 1952, que nous reproduisons ci-après.

Journal de Genève du 16.08.1948

Participation aux « Fêtes de Genève » de 1948 (samedi 14 août)

« Nous eûmes alors le rare plaisir d’admirer une suite d’attelages de genres différents de la régie des chevaux. Bêtes aux belles robes, aux formes nobles ; harnachements appropriés set de goût ; conduite magistrale et, du phaéton au coach en passant par le char à banc, des groupes d’occupants costumés sans la plus petite faute de style. Un régal en vérité !

Une chasse suivait, cavaliers et piqueurs contenant sa meute que présentait le manège Le Bocage »

Journal de Genève du 03.01.1951

Un tragique accident (1951, 2 juillet)

« Un cheval se tue contre un pilier. Attelé à un tilbury, un cheval du Manège de Pregny, que son propriétaire, M. René Buffat, avait laissé en stationnement à la rue de la Servette, s’est subitement emballé et, parvenu à l’intersection de la rue Malatrex, est venu s’écraser contre un des piliers du passage sous-voies où il fut tué net. La mort de cet animal représente une perte de 3.000 francs pour M. Buffat, lequel a été en outre déclaré en contravention par les gendarmes du poste des Délices pour n’avoir pas voulu, tout d’abord, se soumettre aux exigences de la maréchaussée ».

Gazette de Lausanne du même jour

« Mardi, à 20 h 30, un cheval attelé à un tilbury, qui descendait sans conducteur la rue de la Servette à Genève, est venu s’écraser contre le pilier d’un passage sous-voie. L’animal s’effondra et ne put être ranimé par un vétérinaire. Il a été saigné et la dépouille enlevée. Un homme arriva sur place prétendant que ce cheval, propriété du manège de Pregny, lui était confié. De toute apparence ivre, il déclara se nommer René Buffat , puis comme les gendarmes voulaient le conduire au poste il prit la fuite. Il s’agirait en réalité du directeur de ce manège »

Journal de Genève du 19.12.1952

Un âne du Manège de Pregny réjouit le Noël des enfants des policiers genevois (1952)

Dans l’après-midi du jeudi 18 décembre 1952, les enfants et petits-enfants des membres de l’Union du personnel du corps de police (UPCP) s’étaient réunis pour une fête de Noël très réussie. L’excitation des quelques 328 garçonnets et fillettes, âgés de quelques mois à treize ans, fut à son comble « à l’arrivée de Chalande, présenté par le gendarme Marti et monté sur un âne véritable, venu du Manège de Pregny ».

Par Jean-Claude Pallas

Mes recherches auprès de la « Fédération Genevoise Équestre » et du « Cavalier Romand » sont malheureusement restées sans résultat. Préparant un nouvel ouvrage sur l’histoire du Palais des Nations (le premier ayant été publié en 2001) consacré au parc de l’Ariana et aux dépendances du Palais (essentiellement les 5 villas La Pelouse, La Fenêtre, Le Chêne, Les Feuillantines et Le Bocage [échangé contre Le Chêne en 1954]) j’aimerais trouver des informations complémentaires, des anecdotes et même éventuellement des photos relatives à cet ancien petit manège.

Je serais donc reconnaissant aux lecteurs de notreHistoire.ch qui seraient en mesure de me communiquer ces éléments bien vouloir prendre contact avec moi via mon adresse jeanclaude.pallas@gmail.com

Je recherche également une photo d’un flacon d’Émulsion Scott (je n'ai rien trouvé au « Pharmaziemuseum Universität Basel » car Scott et Bowne n’étaient pas pharmaciens).

Dossier rédigé par Jean-Claude Pallas (ancien chef de la Section des bâtiments et des services techniques de l’ONUG). Vous pouvez aussi lire cet article de Jean-Claude sur le projet d'une tour avortée au Palais des Nations.

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