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Victor Tissot, écrivain-voyageur fribourgeois

1874
Victor Tissot
Bibliothèque Numérique Romande BNR

Voici quelques compléments biographiques à l’article des archives de la RTS et aux nombreuses photographies et reproductions du Musée gruérien de Bulle, dont le portrait de Victor Tissot (1844-1917).

En 1874, Victor Tissot, sa femme alsacienne Juliette et leur fils André (1873-1907) s’installent à Paris, où Tissot travaille pour Le Figaro. Dans une France traumatisée par sa défaite contre la Prusse en 1870, les sentiments anti-prussiens sont très présents. Tissot profite de son bilinguisme pour partir à la découverte de l’empire de Guillaume II et transmettre aux journaux parisiens ses témoignages railleurs et caustiques. L’éditeur Dentu les publie en recueil en 1875 sous le titre Voyage au pays des milliards, référence aux 5 milliards de francs or payés par la France à l’Allemagne au titre de réparations des dommages de guerre. Succès colossal avec 100'000 exemplaires vendus en quelques mois et 40 rééditions en 2 ans. Tissot a trouvé son créneau qui fera sa fortune : écrire des récits de voyage sous forme de guides touristiques érudits, tout en "surfant" sur la rancune de la France vaincue par la Prusse. Suivront Voyage aux pays annexés, L’Allemagne amoureuse, La Russie et les Russes, Voyage au pays des tsiganes (La Hongrie inconnue), etc. En collaboration avec le journaliste et écrivain français Constant Améro (1832-1908), il publie en 1879 un livre au titre sans équivoque : Les Aventures de Gaspard van der Gomm en 2 volumes (La comtesse de Montretout et Les mystères de Berlin). Des pamphlets anti-germaniques à prendre comme témoignages d'une époque ...

Dans La Suisse inconnue, paru en 1893, il loue les paysages enchanteurs, les promenades en pleine nature, tout en pressentant les dégâts du futur tourisme de masse. La BNR en a publié de larges extraits sous le titre Au pays des glaciers - Vacances en Suisse.

En 1894, Tissot est nommé directeur des publications chez Hachette et lance L’Almanach Hachette qui rencontre un succès sans précédent. Tiré à 330'000 exemplaires, L’Almanach est une encyclopédie de poche, un "vade-mecum pour gens pressés" avec conseils pratiques pour toutes et tous.

Dès l’été 1880, Tissot vint régulièrement se reposer en Gruyère, loin de l’agitation parisienne. Il acquiert la maison dite « Chalamala » en plein bourg de Gruyères, qu’il aménage luxueusement et où il donne des fêtes qui occasionnent des tensions avec les autres habitants. Il achète le domaine des bains de Montbarry au Pâquier près de Bulle, pensant au filon touristique. Juste à côté se trouve son chalet-refuge La Marmotte. En 1905, ce chalet est cambriolé et incendié, causant la perte inestimable de sa bibliothèque, ses carnets de voyage, papiers, photos et collections d’objets. Les coupables sont arrêtés mais peu inquiétés. A la suite du procès qu’il juge inique, et lassé des multiples chicaneries, Tissot lance L'Almanach de Chalamala (1911-1914) dans lequel il dénonce, par des articles et caricatures au vitriol, les abus du pouvoir catholique-conservateur et la gestion des finances cantonales.

Après la mort de son épouse Juliette, puis de son fils unique André, médecin réputé, Tissot décède à son tour en 1917 près de Paris. Son testament désigne sa nouvelle compagne Germaine Lauré (1888-1940) héritière de la villa parisienne et du chalet La Marmotte (que Tissot avait reconstruit à l'identique). Mais c’est à la Ville de Bulle, en mains radicales, qu’il lègue sa fortune de 1,5 million de francs pour la « réalisation d’un Musée Gruéyrien (sic) et d’une bibliothèque ». Vœu accompli en 1978 avec l’ouverture du Musée gruérien.

Article complet paru dans le No 59 de Passé Simple en novembre 2020. Sylvie Savary pour la BNR.

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