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Ami Wisler, guide de montagne

Ami Wisler, guide de montagne

Marcel Maurice Demont
Marcel Maurice Demont

Photo ci-dessus: Ami et son chien d'avalanche Annette

1918 - 2009

Spécialiste du secours en montagne, membre fondateur de la GASS (Garde Aérienne Suisse de Sauvetage) précurseur de la REGA (acronyme formé à partir des initiales de REttungsflugwacht et Garde Aérienne / Guardia Aerea), guide de montagne, pilote des glaciers, sauveteur parachutiste, conducteur de chien d'avalanche, instructeur suisse de ski.

En juillet 1956, Ami fut appelé à intervenir de toute urgence aux Etats-Unis pour récupérer les corps des 128 victimes de la plus grave catastrophe aérienne de l'époque, dans le Grand Canyon du Colorado, en Arizona, 1900 mètres de profondeur, une des régions les plus inhospitalières des USA.

Nombreux rouleaux de longs câbles d'acier, olives pour les relier entre eux, poulies de renvoi, treuil, freins, ancrages divers, siège Gramminger, brancards, tout un lourd matériel indispensable à son action accompagna l'expert. Dans les Alpes, cet outillage était, à grand-peine transporté à dos d'homme sur les montagnes lorsque la situation l'exigeait. C'est avec l'aide de cette mécanique qu'eut lieu, dans la terrible face nord de l'Eiger, le 11 août 1957, l'extraordinaire sauvetage de l'alpiniste Italien Claudio Corti. Une action d'un héroïsme exceptionnel. Le compagnon de Claudio, Stefano Longhi, succomba d'épuisement avant que les sauveteurs, en pleine tempête à près de 4000 mètres d'altitude, ne puissent l'atteindre.

Ami fut durant 26 années membre de la Commission Cantonale Vaudoise des Guides. A ce titre, il se fit une spécialité de soutenir les candidats guides en difficulté pour des raisons administratives ou relationnelles (les querelles de clocher) :

« Je t'appuie, à toi de prouver sur le terrain que tu mérites d'être guide ».

Ami raconté par lui-même

« Adolescent, je voulais être mécanicien.

Lorsque je me présentai aux Ateliers CFF à Yverdon, en 1930, il y avait près de deux cents candidats, pour deux places d'apprentissage.

Je devins pâtissier confiseur, mais aussi guide de montagne et moniteur de ski.

Je travaillais à la Boulangerie du Nord, à Leysin, lorsque, le commis étant frappé d'une aussi soudaine qu'inexplicable fatigue, je dus le remplacer au service des livraisons. A skis, j'avais à ravitailler un établissement retiré. Alors que je dévalais un abrupt talus à vive allure, hotte au dos, je manquai mon affaire. Au terme de mon plongeon, miches dodues, tresses dorées, ballons croustillants, petits pains au lait, pains au chocolat, croissants au beurre, flûtes au sel, après avoir roulé et rebondi, jonchaient la pente neigeuse en témoignage de mon habileté.

Ce premier vol, cette chute mortifiante, ce capotage mal boulangé, furent les catalyseurs de mon évolution. Je devins pilote et pilote des glaciers, parachutiste aussi. J'accrus ma connaissance de la neige et m'investis dans la formation de chiens d'avalanche. Mon attirance pour la mécanique n'avait pas faibli: lors d'un atterrissage aléatoire sur un glacier malcommode, je fis passablement de tôle pliée et de petit bois. Etant toutefois parvenu à rejoindre ma base, je passai la nuit, discrètement, en bricoleur, à réparer les dégâts. Le matin venu, le Piper pouvait reprendre l'air.

J'eus l'occasion d'employer mes connaissances variées en les mettant au service de la Garde Aérienne Suisse de Sauvetage, dont il me fut donné d'être un des membres fondateurs. A l'époque dont je parle, les interventions de secours en montagne se faisaient exclusivement à pied, les victimes étant transportées à dos, ou à bras d'homme. Il est aisé d'imaginer combien cela était pénible et lent. Il nous vint l'idée d'utiliser, en premier échelon de secours, un avion larguant des sauveteurs parachutistes, accompagnés, si nécessaire, de chiens d'avalanche.

Ami Wisler guide et sauveteur parachutiste en action, Membre d'honneur de l'Association Vaudoise des Guides de Montagne AVGM

Il est un tout autre terrain où j'eus l'occasion de faire de riches expériences, celui du monde des lois et règlements. Alors que Claude Gollut, de Solalex, participait à son cours de guide, il apparut que ce formidable grimpeur, skis aux pieds, avait une préférence marquée pour la ligne droite s'achevant en catastrophe dans un nuage de poudreuse soulevée par sa gamelle. Les experts exigeant que les candidats soient en mesure de dessiner avec sûreté d'innombrables courbes élégantes, Claude glissait à vive allure vers un échec regrettable. Je fis remarquer à la direction du cours que, si effectivement la profession se composait de deux volets, celui de guide de montagne et celui de guide skieur, rien, dans la Loi Cantonale Vaudoise des Guides de Montagne, ne précisait que l'on devait obligatoirement être les deux. C'est ainsi que Claude devint le seul guide de montagne professionnel à ne pas être guide skieur.

Lors des vingt-six années durant lesquelles je fus membre de la Commission Cantonale Vaudoise des Guides, mais aussi en tant que secrétaire de l'Association Vaudoise des Guides de Montagne en compagnie du président François Aviolat, lequel François sortit major de son stage de guide et gagna sa dernière compétition de ski à l'âge de septante ans, je me suis toujours efforcé de mettre les silences des lois et des règlements au service de ceux à qui cela pouvait être utile, sans jamais, pour autant, tomber dans l'illégalité.

François Aviolat, guide et président de l'Association Vaudoise des Guides de Montagne AVGM, Président d'honneur

En décembre 1996, alors âgé de septante-huit ans, je conclus ce que je considère comme ayant été mon ultime engagement de guide. Une semaine durant, et ce par tranches de deux heures s'enchaînant, j'eus l'honneur et l'immense joie de transmettre aux étudiants de l'Ecole des Métiers les connaissances de la neige et des avalanches acquises tout au long de ma carrière de sauveteur et de guide. J'y fis la connaissance du petit-fils d'une victime d'accident avalanche dont, avec l'aide de la Providence, il m'avait été donné de sauver la vie bien des années auparavant.

Aurais-je pu rêver d'une plus belle conclusion à mon parcours professionnel? »

Marcel Maurice Demont, 2017.

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