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Incendie à "Gilamont-Village", Vevey 1999

Incendie à "Gilamont-Village", Vevey 1999

23 février 1999
Markus Schweizer
Markus Schweizer

Incendie au complexe immobilier «Gilamont village» à Vevey le 23 février 1999

Conçu par les architectes Gilles Bellmann et Michel Pedrolini avec comme maître d´ouvrage la coopérative Gilamont village, qui mettent en oeuvre une association bois-béton réactualisée et innovante du Pr. EPFL et Ing. Julius Natterer.

L´immeuble locatif en 9 modules de 5 étages est construit de 1994 à 95 à Gilamont, dans la boucle d´accès de l´autoroute A9 et ce sur un des derniers terrain de la ville de Vevey, dans un environnement peu engageant, partiellement constituée de remblais et avec une pente de 12%.

Ce terrain qualifié de reste avait été, vu les contraintes et nuisances à cet endroit, laissé libre.

Cette implantation d´un volume total de 31´000 m3 pour un coût hors terrain de 15,2 millions de francs suisse est constituée de 60 logements dits sociaux, allant de 1 à 4 pièces, dont certains en duplex, d´un garage souterrain et d´un abri de P.C.

L´ensemble locatif réalisé à prix économique est en raison de l´instabilité du terrain conçu avec des fondations classiques, il est par contre un des premiers bâtiments à utiliser et intégrer la technique de murs porteurs ainsi que de planchers réalisés par du bois lamellé cloué (BLCI) et ce avec une portée franchissant les 13 mètres.

  • Il n´existait nulle part ailleurs d´immeuble locatif de cette importance issu de cette conception.

La mise en oeuvre d´éléments porteurs préfabriqués en BLCI ainsi que les dalles mixtes bois-béton d´une réalisation légère permet de créer de larges surfaces libres.

La face nord est constituée de coursives ainsi que de rampes décrites comme espaces de circulation, ceux -ci sont munis de verrières fixes jouant le rôle de parois anti bruit laissant passer la lumière, créant ainsi une zone tampon isolant les logements d´habitations des nuisances sonores consécutives de la circulation sur la boucle de Gilamont.

Côté sud, abrité par ce rempart que constitue l´ensemble locatif, des jardins privatifs clôturés ont été aménagés pour les locataires.

La réalisation de ce projet par les architectes G. Bellmann et M. Pedrolini, reconnue et primée, est aussi décrite comme:

  • Une résolution avec une certaine virtuosité des contraintes.

Monsieur Pierre Aguet, personnalité politique, de Vevey, me précise que :

1) L'union américaine du bois l'a classée en tête des réalisations européennes pour le développement du bois.

2) L'Exposition parisienne consacrée aux architectures du bois, en février 96, l'a choisie pour illustrer sa page de garde.

3) Un jury bruxellois l'a distinguée pour sa qualité architecturale.

4) Les efforts du président de la coopérative au Conseil national pour la promotion de l'industrie du bois sont signalés dans le dernier rapport du Club de Rome.

5) La publication du « Patrimoine vaudois 1995 » de la Société d'art public présente cette réalisation en compagnie du château de Vufflens et de la cathédrale de Lausanne.

6) 2000m3 de bois suisse ont été utilisés pour cette construction urbaine.

7) 3000 tonnes de CO2 sont ainsi rendues utiles au lieu de mettre en danger la santé publique.

8) Dans les constructions classiques on utilise environ 5 m3 de bois par appartement. Ici c'est 30 m3.

9) C'est la première utilisation à Vevey d'absorbeurs solaires qui diminuent le coût du chauffage.

10) Tous les locataires disposent d'un petit jardin, devant leur appartement ou immédiatement de l'autre côté de la route.

Mardi 23 février 1999 peu après 16 heures, un feu de cuisine se déclare au rez-de-chaussée d´un appartement en duplex situé au centre du complexe.

En arrivant sur les hauts de Vevey, se mélangeant au coucher de soleil, de la fumée et une certaine luminosité d'un incendie à Gilamont.

Ci-dessous, vue depuis le viaduc de Gilamont, côté Corsier.

Très rapidement le feu se propage jusqu´au 5ème et dernier étage et ce avant même l´arrivée des pompiers présents moins de 7 minutes après l´alarme.

Sur place, ils se trouvent confrontés à une série de difficultés entravant gravement les possibilités d´intervention. (Ci-dessous, agrandissement).

  • Côté nord, les baies vitrées faisant office de mur anti-bruit sont constituées de verre de sécurité et posent différents problèmes.

L'accès côté sud avec des échelles auto mobile est impossible, ces accès étant entravés, il faut faire passer les tuyaux au travers des bâtiments depuis le côté nord pour amener les lances à incendie à proximité des feux

Des gaz se sont accumulés dans les coursives derrière ces vitrages. (Une déflagration y est évoquée).

Les pompiers ne peuvent pas atteindre les flammes sans au préalable et avec une prise considérable de risques, briser les verrières des coursives, ce qui ralentit considérablement l´intervention.

- Les habitants ne peuvent pas utiliser les coursives enfumées pour s´échapper.

- Il n'y a pas d'issues de secours côté sud.

- La panique des gens ainsi piégés devient inévitable.

  • Le remplaçant du Commandant et Major Patrice Planterose de Berville, Pierre Piralli, du corps des sapeurs-pompiers de Vevey : C´était l'enfer, on entendait des cris partout, des gens sautaient avant même que l'on installe des échelles. ( Le Temps 25 février 1999 )

  • 150 hommes du feu sont mobilisés et l´intervention dure plus de vingt heures, le bilan de 12 blessés, 3 sérieusement dont deux brûlés, reste faible en regard de la situations où théoriquement jusqu´à 200 locataires auraient pu se trouver dans la même configuration et n'auraient pas pu s´échapper par les voies normales et aussi que le feu s´était propagé très rapidement du rez-de-chaussée jusqu'au toit.

  • Trois des neufs modules du complexe sont touchés, ils devront être détruits complètement et seront reconstruits.

  • 21 ménages soit environ soixante personnes sont sinistrés et sans logement, il s´agit essentiellement de familles à revenus modeste qui en majorité n´ont rien pu sauver de leurs appartements, même pour ceux non directement touchés, ces appartement ayant été complètement démolis de manière volontaire et dans l´urgence pour des raisons invoquées de sécurité 2 jours à peine après la fin de l´incendie, attitude sujette à de nombreuses controverses.

La pression événementielle, l´urgence et la gestion de la situation, la communication difficile dans ces circonstances, les intérêts divergents et les informations erronées, créent parmi les locataire, dans la presse et jusqu´au autorités communales, de violentes polémiques.

Finalement, dix-huit mois après l´incendie, la reconstruction s´amorce.

La structure même du bâtiment avec le concept d'éléments porteurs en bois et d'éléments composites bois-béton n´est lui pas remis en cause, mais des corrections sont nécessaires et des aménagements sont effectués.

Monsieur Aguet Pierre ajoute que:

  • La construction plus classique, aussi en bois, des trois bâtiments reconstruits après l'incendie, a donné beaucoup de soucis au nouveau président de la coopérative.

(À noter que en 1999 Monsieur Aguet Pierre était, par ailleurs, président de la coopérative d'habitation Gilamont-Village, il parle ici donc de son successeur).

Au moment de cette publication (2018), soit près de vingt ans après cet événement, il ressort que pour beaucoup de personnes, rien n´est oublié.

Il reste des frustrations, des non-dits, des volontés de défendre, de critiquer ou encore de justifier.

Mais aussi ceci « ... Votre article réveille en moi de vieux et pénibles souvenirs ... et plus loin ... votre texte relate avec précision les faits, et je vous en remercie ».

Croyez bien cher Monsieur, que c'est moi qui vous remercie, et ainsi aussi, je pense que l'on ne peut que saluer le courage des hommes et des pompiers engagés dans des situations difficiles, comme cette fois-ci aussi.

Sincères remerciements à Monsieur Aguet Pierre pour sa disponibilité ainsi que pour ses nombreuses précisions et ce même si c'est sur un sentiment ambigu que je termine ici.

M.S.

Sources : Photographies Markus Schweizer , Le Temps (25 février et 19 mars 1999, 17 août 2000), Monsieur Aguet Pierre, municipal de Vevey à ce moment, Bellmann architectes, compte rendu de la municipalité de Vevey du 3 novembre 2005.

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