Les anciens élèves de l'Ecole Suisse de Céramique

1 janvier 2014
Pierrette Frochaux
Pierrette Frochaux-Chevrot

Parmi les plus illustres élèves de cette école figurent :

PAUL - AMI BONIFAS, (1893 - 1967) né à Genève. Il est décédé à Seattle (Etats-Unis). Il a débuté sa formation à Genève, puis à l'école suisse de céramique à Chavannes-près-Renens. Ensuite il ouvre un atelier à Versoix (1915-1919), puis à Ferney-Voltaire (1922-1940). En 1920 et 1922, séjours à Paris où il travaille dans l'industrie, puis est secrétaire de la revue L'Esprit nouveau. En 1946, il émigre à Seattle, laissant l'atelier à sa femme, Alice Sordet (dite Lifas).

Ses travaux sont conformes à l'esprit puriste de l'époque moderne. Soucieux de mettre en valeur les procédés mécaniques de façonnage, Bonifas a souvent recours au moulage ou calibrage. On connaît surtout ses émaux noirs lustrés et ses blancs craquelés. Dès 1927, Bonifas signe de nombreux articles sur l'artisanat et l'industrie ou sur la philosophie de l'art, notamment dans L'Œuvre et dans Vie - Art - Cité.

Source: Dictionnaire historique de la Suisse

http://www.lesitedefortlecluse.org/Accueil/dp-bonifas.pdf

PAUL GERBER (1900 - 1977) : Apprenti de 1916 à 1918, puis professeur en 1928 - 1929. Il a son propre groupe sur NH voir : http://www.notrehistoire.ch/group/paul-gerber-potier-a-eysinsnyon/

EDOUARD CHAPALLAZ (1921 - 2016), est né à Yverdon, le 4 mars 1921. Il étudie à l'Ecole suisse de céramique de Chavannes-Renens de 1936 à 1939. En 1939, il commence sa carrière de céramiste dans l'industrie comme tourneur où il va tourner des milliers de pots à lait ! De 1953 à 1956, Edouard Chapallaz se consacre essentiellement à des recherches sur le grès et participe pour la première fois à des expositions collectives.

En 1956, Edouard Chapallaz retourne à l'industrie céramique, puis il devient directeur technique chez Cermic SA à Gland, est consultant pour diverses usines à l'étranger, puis, en 1958, devient professeur en technologie céramique à l'Ecole des arts décoratifs de Genève. Il a poussé très loin la recherche en céramique au service de la technologie. Il a créé le caquelon à fondue (c/o Landert) en céramique, résistant aux chocs thermiques, à la flamme et à l'électricité. Il est toujours d'actualité et présent dans chaque famille helvétique, hélas aujourd'hui menacé par les copies exotiques...

Il a mis au point dans l'industrie un type de carrelage extra-mince requérant une grande maîtrise technique et révolutionnaire à l'époque de sa conception.

Ses recherches incessantes sur les émaux à haute température pour retrouver les secrets des artisans chinois l'ont poussé à un degré de perfection inégalé. Ses rouges sang de boeuf, ses céladons, noirs, crème ... à la manière des maîtres chinois sont particulièrement reconnaissables par la densité et la profondeur de leur éclat.

Lors d'une discussion avec un archéologue lui exposant sa théorie sur la manière de travailler la terre des anciens égyptiens et en lui montrant une statuette; pensant qu'il serait impossible de la reproduire et que ce mode de faire avait disparu. Edouard Chapallaz, a fait un feu, a reproduit, à sa façon et selon l'hypothèse de l'archéologue une statuette identique à celle qu'il lui avait présentée. Son credo: la preuve par l'acte !

Il a également enseigné le tournage à l'Ecole de Chavannes. Lors du transfert, vers 1960 de l'école à Vevey, il est nommé Président de la commission technique pour la fixation des programmes d'enseignement. En 1968, il quitte définitivement l'industrie pour se consacrer à sa création personnelle. De 1960 à 1968, Edouard Chappalaz est membre de la Commission fédérale des arts appliqués, puis expert pour la céramique pendant plusieurs années.

Les chinois, ses maîtres, faisaient leurs cuissons au bois. Edouard Chapallaz a été un des premiers céramistes à utiliser l'électricité. Il avait une âme de chimiste, d'alchimiste et d'expérimentateur. Il a cherché toute sa vie la perfection des formes et des émaux.

Il avait foi en la technologie, il construisait lui-même ses fours, mettait au point des réglages extrêmement subtils

L'oeuvre d'Edouard Chapallaz a été présentée dans plus d'une centaine d'expositions en Belgique, Corée, Angleterre, Allemagne, Tchécoslovaquie, Turquie, Suisse, France, aux Etats-Unis, au Japon. De nombreux musées et collections privées aux Etats-Unis, au Japon et en Europe ont acquis des oeuvres d'Edouard Chapallaz.

Maintes fois distingué Edouard Chapallaz a un Impressionnant palmarès de prix et médailles d'or. Depuis la Bourse fédérale des arts appliqués jusqu'aux expositions et concours internationaux de Prague, Istanbul, Faenza, Cervia, Vallauris, Ravenne, Mino (Japon).

Edouard Chapallaz a cessé son activité en 2010, à 89 ans. Il vit à Duillier sur Nyon.

Il s'est éteint paisiblement le 7 février 2016. Voir :

http://www.24heures.ch/vaud-regions/la-cote/grand-ceramiste-edouard-chapallaz-mort/story/27223293

Source : Fondation vaudoise pour la culture (Grand prix des arts appliqués en 1988 et entretien de l'auteur avec Edouard Chapallaz en juin 2014 et magazine Ph+arts N° 90

Une monographie a été publiée en 1987 par le Musée des arts décoratifs de Lausanne, (épuisé).

PHILIPPE LAMBERCY (1919 - 2006) : Contemporain d'Edouard Chapallaz, lui aussi natif d'Yverdon les deux garçons étaient camarades à l'école primaire et à l'école du dimanche. Ils se sont retrouvés à l'Ecole suisse de céramique pour leur apprentissage. Le père de Philippe Lambercy, "orienteur" professionnel dirigeait les jeunes vers cette formation, "c'était la crise dans les années 30, le chômage était partout sauf dans cette profession", selon les affirmations d'Edouard Chapallaz dans un article que Pierre Hugli lui a consacré* en 2011. Une vingtaine de jeunes yverdonnois ont suivi cette formation… pour devenir plus tard : gardien de piscine, agent de police et autres métiers sans rapport avec leur formation initiale tant les débouchés sont devenus difficiles par la suite.

Philippe Lambercy a suivi une formation de mouleur-décorateur à l'école suisse de céramique de Chavannes-près-Renens (1937-1938). Entre 1938 et 1952, Philippe Lambercy travaille dans l'industrie auprès de Benno Geiger, puis aux côtés de Mario Mascarin avec Edouard Chapallaz. Parallèlement, il fréquente l'école des arts décoratifs à Bâle et à Zurich. Considéré comme l'un des pionniers de la recherche céramique en Suisse, secondé par son épouse biochimiste et enseignante pour la partie technologique. Philippe Lambercy a été responsable de la section céramique de l'école des arts décoratifs de Genève (1952-1979). Fondateur en 1959 de la Communauté de travail des céramistes suisses, devenue plus tard, l'Association des céramistes suisses. Porté vers le langage plastique et les émaux haute température, Philippe Lambercy a également réalisé quelques œuvres liées à l'architecture, comme le mur de l'Observatoire à Versoix, entre autres.

Philippe Lambercy a présenté ses oeuvres dans plus de cent expositions individuelles et collectives, en Suisse, en Europe, au Japon et en Chine. En 2005 le Musée de l'Ariana à Genève lui consacre une grande exposition rétrospective.

*Magazine Ph+arts N° 90. Sources : Dictionnaire historique de la Suisse et http://www.atelier-philippe-lambercy.ch/fr.html

CLAUDE BIGNENS: (1935 - 1991) Voir : http://www.notrehistoire.ch/photo/view/66734/

Sources : Archives communales de Chavannes-près-Renens

GUY DELAFONTAINE : Voir :http://www.notrehistoire.ch/photo/view/61745/

Guy Delafontaine est né en 1934. Il fait une formation de peintre-céramiste (décorateur). Les meilleurs éléments, les plus forts au maniement du pinceau pouvaient entrer comme décorateurs et étaient considérés comme appartenant à une élite. Ils portaient une blouse blanche: " Ceux qui « touchaient la terre », forcément « sales » n'étaient guère considérés" selon ses termes.Guy Delafontaine a toujours pensé que les tourneurs, les futurs « céramistes » devaient avoir une très grande habileté, alors que pour le dessin il suffisait juste d'avoir « un don »…

Il n'y avait pas de filles dans sa volée, elle n'ont été admises qu'en 1956, plus tard il y en eut quelques unes et elles étaient presque exclusivement dévolues à la décoration, à l'exception de Marguerite Johannel, apprentie dessinatrice, fille du contre-maître Jean Johannel en 1919.

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/61259/

Après son apprentissage à l'ESC il poursuit sa formation à l'Ecole des Beaux-Arts de Lausanne. Il est engagé comme maître de dessin à l'école des Arts et Métiers de Vevey en donnant également des cours à Chavannes. Les maîtres de dessin étaient polyvalents et occupaient bien souvent plusieurs emplois à cause des engagements à temps partiels. Il aurait aimé pratiquer son métier. Mais le métier de céramiste, de peintre-céramiste est un métier extrêmement difficile pour de nombreuses raisons. Le coût élevé de l'installation matérielle, de la place que prend un atelier, l'obligation de beaucoup produire, des déchets générés, un labeur physiquement éprouvant engendrent une grande difficulté à vivre de son artisanat et en fait un métier rebutant, de « crève la faim » selon ses termes.

Il est nommé chef de la section de céramique en 1958, à l'âge de 24 ans et reste maître ordinaire à Chavannes jusqu'en 1970, date à laquelle l'école de Chavannes sera physiquement transférée à Vevey. Il enseignait aux 2 endroits, certains élèves ont commencé à Chavannes et terminé à Vevey. Une commission technique* a été nommée pour trouver une solution afin que cette formation que l'on désirait conserver devienne plus rentable. Ensuite il est devenu doyen des sections de céramique et décoration jusqu'à la fin de sa carrière.

Il a organisé et conduit nombre de voyages d'études pour ses élèves. Il avait un lien privilégié avec l'archiviste de la manufacture de Sèvres que nombre de ses élèves ont visitée. Il a mené ses classes à Paris, à Londres, Amsterdam, Milan… Beaucoup d'élèves étrangers, des français, des allemands venaient se former à Chavannes, puis à Vevey.

Sources : *Archives Cantonales Vaudoises - Service de la formation professionnelle Cote 49/366 et entretiens avec l'auteur en janvier et juillet 2014

ROGER COLLET (1933 - 2008)

Roger Collet est diplômé de l'école suisse de Chavannes-Renens en 1952. Après avoir travaillé en Suisse de 1952 à 1954, puis comme tourneur à Paris dans divers ateliers, il s'installe à Vallauris en 1956 et se lie d'amitié avec de nombreux artistes arrivés dans le midi après la seconde guerre mondiale à la suite de Picasso. Après 10 ans de travail pour différents céramistes (Fernande Kohler, Robert Pérot, Roger Capron), en 1966, il créé son propre atelier et y travaille seul. Il obtient une Médaille d'or en 1968, à la première Biennale de céramique de Vallauris, puis une autre Médaille d'or au Concours International de céramique de Faenza en 1977. Il utilisa la faïence de Vallauris jusqu'en 1979.

Il travaille tout d'abord la terre de Vallauris puis en 1972 achète un four à grès et affine sa production en utilisant le grès et la porcelaine. A partir de 1983, il modifie de nouveau son travail en réalisant des céladons inspirés par les céramiques des Song. Au long de sa carrière, Roger Collet a souvent collaboré avec des proches amis comme le peintre André Cottavoz, Paolo Boni, les céramistes Albert Thiry, Francis Crociani, …

Quoique vivant dans ce haut lieu de la faïence française, il travaille désormais le grès ou la porcelaine qu'il tourne le plus souvent, travaille parfois à la plaque. Il utilise des émaux de sa fabrication, bleu de fer, céladon, rouge de fer ; rarement du rouge de cuivre.

Source :Marie-Pascale Suhard : Les artistes de Vallauris, tome II Roger Collet. Editions Joël Garcia

http://www.ceramiques-contemporaines-sevres.fr/outils/page_outils_bio.ph

OLIVIER CHARLES 1931-2013

Olivier Charles, après avoir suivi l'Ecole cantonale des Beaux-Arts de Lausanne, développera une œuvre importante de peintre. Ce que l'on ignore généralement, c'est qu'il fait un apprentissage de céramiste, après les Beaux-arts, à l'Ecole suisse de céramique de Chavannes-près-Renens, pour répondre au souci de ses parents d'acquérir un métier. Durant près de deux ans, il travaille comme céramiste dans la région de Nice. A Vallauris, il a l'occasion d'observer Picasso travailler dans une cour intérieure à assembler bâtons, pierres, et toute sorte d'objets pour finalement tout balayer dans un coin. De son travail de céramiste, on ne conserve que deux ou trois pièces à la Fondation L'Estrée à Ropraz et quelques photographies. Au moment de partir à New York, en 1965, OC abandonne la céramique et ne se consacre désormais plus qu'à la peinture. Toutes ses archives sont déposées au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de Berne.

Témoignage de Claude-Anne Borgeaud - Lausanne

Signature. Source : L'Estrée, Alain Gilliéron - Ropraz

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/74681/

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/74682/

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/74683/

http://www.notrehistoire.ch/photo/view/74684/

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22 juillet 2014
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