La famille Mercier, mécène de Sierre

classe de Pm Epiney, mai 2001; Robert Hofer, archives de la famille Mercier
classe de Pm Epiney, mai 2001; Robert Hofer, archives de la famille Mercier

En 2001, ma classe a réalisé un travail sur la famille Mercier. Les documents réunis dans ce dossier rendent hommage à cette famille qui a été un des mécènes importants de Sierre au début du XXème siècle.

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Le texte ci-dessous est une transcription de l'entrevue que nous a accordée

Denis Mercier, arrière-petit-fils de Jean-Jacques IV

Mercredi 9 mai 2001, nous avons eu le plaisir de recevoir dans notre classe M. Denis Mercier qui est le seul descendant de la famille Mercier installé à Sierre. L’entretien qui a duré une heure était très sympathique et très intéressant. Il nous a permis de compléter nos connaissances et de poser nos questions à quelqu’un de la famille.

Présentation de la famille Mercier

Ma famille était établie en France jusqu'en 1740. A cette date, ils en ont été chassés à cause de leur appartenance au protestantisme. Ils se sont alors réfugiés à Lausanne où ils ont fondé une nouvelle tannerie. Comme ils faisaient du très bon travail, ils ont pu exporter vers les Etats-Unis le cuir fin qu’ils fabriquaient. Au début de ce siècle, face aux difficultés d'exportation, mon arrière-grand-père a pris la décision de vendre la tannerie.

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A Lausanne, la famille Mercier a entrepris de grands travaux : faire venir de l’eau potable dans la ville et fabriquer un funiculaire (qu’on appelait la Ficelle).

Un point de chute en Valais

Grâce au fruit de leur travail, les Mercier sont devenus des gens riches et respectés. C’étaient des bourgeois érudits (ils savaient beaucoup de choses). Or, à cette époque (vers 1900), les ouvriers commençaient à s’organiser en syndicats pour défendre leurs intérêts. Les bourgeois se retrouvaient souvent entre eux, loin des masses laborieuses. Ils créaient des havres de paix à l'image du monde idéal auquel ils rêvaient. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles mes arrière-grands-parents se sont établis en Valais. Le climat du Valais et sa nature leur plaisaient aussi beaucoup. Ils ont eu alors l’idée de faire construire une maison de famille dans le Valais central. On dit qu'ils ont hésité à acquérir les ruines du château de Tourbillon mais finalement leur choix s'est porté à Sierre. Jean-Jacques Mercier IV a donc envoyé ses émissaires y acheter les terrains utiles à établir cette maison. Deux à trois ans ont été nécessaires pour acheter l'ensemble des parcelles à pas moins de 200 propriétaires.

Le terrain acheté, ils ont mandaté un architecte pour bâtir ce qui allait devenir le "château de Pradegg". En édifiant ce bâtiment, Jean-Jacques ne réalisait-il pas un beau rêve d'enfant ?

Dès 1908, le couple a habité le château une bonne partie de l’année. Lorsque l’hiver arrivait, la famille s’en allait vivre à Nice.

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Mon arrière-grand-mère Marie de Molin était une femme très courageuse et très travailleuse. C’est elle qui a dessiné les plans du parc. Elle connaissait bien la nature et les fleurs. Elle a même fait venir les premiers chênes-verts en Valais. Elle était aussi très généreuse; vos grands-parents se souviennent peut-être d’être allés en colonie de vacances qu’elle organisait.

Mes grands-parents étaient des gens cultivés qui aimaient beaucoup les livres (ils avaient une belle bibliothèque) et les beaux objets. Ils ont eu 6 enfants dont un mort très jeune.

Ensuite, mon grand-père, qui portait le nom de Jean-Jacques (V) comme tous les aînés de cette famille, s’est occupé du château. Malheureusement, il a eu un accident de cheval au service militaire. C’est alors sa femme qui a pris soin du château. Elle a continué d’y recevoir la famille dans ce château de contes de fées qu’avaient construit ses beaux-parents.

Après mes parents, mes tantes se sont occupées du château jusqu’en 1991, année où le château fut cédé à l’Etat du Valais dans le but d’en faire un centre culturel et un lieu d’accueil.

On y vit toujours comme dans une maison privée : une seule salle à manger réunit les hôtes autour de la grande table et le château a gardé son caractère familial malgré les importants travaux de rénovation entrepris par le canton. Aujourd’hui, c’est une sorte d’hôtel mais il faut réserver à l’avance pour y séjourner.

Cliquez sur cette vignette pour vous trouver sur le site officiel du château Mercier.

A la recherche du temps perdu :

souvenirs d’enfance de Denis Mercier

Tout petit déjà, je me souviens être venu au château pour les vacances de Pâques. On cachait les œufs dans le parc. Le château, c’était un peu comme le chalet pour vous aujourd’hui.

Est-ce que les habits étaient comme aujourd’hui ?

J’ai 44 ans. On a vécu à peu près tout ce que vous vivez. Nos parents ont connu la guerre. Ils avaient appris à faire des économies. Ma maman par exemple n’a jamais jeté de nourriture. Et nos habits étaient utilisés jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus servir. Ils étaient ensuite transmis aux petits frères.

A quoi servait la tour de la sirène ?

A rien, ce n’était qu’un élément décoratif du parc. Il représentait une sorte de ruine.

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Pouvez-vous nous dresser l’arbre généalogique des Mercier ?

Mon métier de viticulteur m’oblige à regarder plutôt devant que derrière. Si bien que je ne crois pas pouvoir faire un arbre généalogique sans me tromper. Aujourd’hui, nous sommes plus de 200 descendants de Jean-Jacques Mercier IV et Marie de Molin mais je suis le seul à habiter la région sierroise.

Avez-vous reçu un héritage ?

Oui, d’abord le nom et je crois aussi un beau tapis qui provenait sans doute du château.

Utilisait-on souvent le théâtre de marionnettes ?

Bien sûr. Il y avait plein de petits trucs qu’on se transmettait entre cousins. D’ailleurs, quand la famille est revenue après la restauration, la première des choses qu’une cousine est allée voir, c’est le théâtre de marionnettes.

Qui faisait le théâtre ?

Nous, avec nos cousines et cousins.

Quelle relation aviez-vous avec vos parents ?

J’ai tutoyé mes parents mais avant moi, mes grands-parents se vouvoyaient sans doute.

Vos parents étaient-ils sévères ?

Sans doute comme vos parents. Dans la vie, on ne peut pas faire n’importe quoi !

Pouvez-vous encore aujourd’hui aller dans le château ?

Oui, et je suis même membre de la fondation du château.

Comment étaient habillés Mme et M. Mercier ?

Ils étaient certainement très bien habillés, sobres et élégants.

Possédaient-ils une voiture ?

Oui, ils possédaient déjà des voitures mais ils avaient aussi des chevaux. Dans la première cour, l’écurie pouvait recevoir 6 chevaux.

Aviez-vous beaucoup d’animaux ?

J’ai vu 2 vaches , des poules, des canards et des poissons et je me souviens qu’on allait à la pêche aux écrevisses dans les années 60, il y a 40 ans.

Qu’est-ce que ça fait d’être de la famille Mercier ?

Je fais du vin, je me sens quelqu’un de normal, je suis égal à vous tous. A part cela, je peux vous dire que j'ai beaucoup d'estime pour mes aïeux qui ont marqué une époque.

Pouvez-nous nous parler de l’ascenseur ?

Mon arrière-grand-mère qui se déplaçait difficilement sur la fin de sa vie a fait construire un ascenseur. Celui-ci fonctionnait avec de l’eau sous pression. A propos de l'eau, le château avait capté ses propres sources à Anchette, au-dessous de Venthône. Cette eau alimentait le parc et le château ainsi qu'une partie des voisins.

Est-ce que c’est vrai qu’ils fabriquaient eux-même le gaz qu’ils utilisaient pour s’éclairer ?

C’est exact. Il était fabriqué avec du charbon de bois. D’ailleurs, je pense que vous avez remarqué les petits tuyaux aux murs : c’était pour alimenter les lampes à gaz.

Pouvez-nous parler des colonies de vacances organisées par Marie de Molin ?

Elle proposait aux enfants de la région des vacances en colonie. N'oubliez pas que la plupart des enfants de la région travaillaient à la campagne et ne savaient pas ce qu'étaient les vacances. La colonie que proposait Marie de Molin était donc une occasion unique de prendre des vacances.

Le départ en colonie était une sorte de cérémonie: avant de partir, les enfants venaient au château où ils prenaient un bain. Ensuite, ils recevaient des habits propres. Enfin sonnait l'heure du départ à la colo.

Les enfants et les adultes mangeaient-ils séparément ?

Oui, on mangeait séparément et, pour nous les enfants, c’était une bonne chose parce qu’on était plus libre. On mangeait les choses qui nous plaisaient, on était entre nous. Du côté des adultes, le repas était une sorte de cérémonie où chacun avait une place bien définie. Lorsque j’ai commencé à manger à la table des adultes, j’étais placé au bout de la table. Le maître et la maîtresse de maison occupaient le centre.

Est-ce que vous auriez aimé que le château reste la propriété de la famille ?

Oui, bien sûr, d'un côté j'aurais aimé que le château reste le patrimoine de la famille mais je ne regrette pas qu'il soit devenu la propriété de l'Etat. La vie change, c’est une évolution. Il est difficile de revenir en arrière.

Pourquoi n'avoir pas continué à habiter au château ?

Il est difficile de répondre. Dans la famille, certains voulaient que le château devienne un bâtiment public, d’autres voulaient le garder. Ce sont les premiers qui ont gagné.

Comment vos arrière-grand-parents ont-ils pu avoir des enfants s’ils dormaient séparément ?

C’est vrai qu'on parle de la chambre de grand-maman et de celle de grand-papa. Sachez qu'à cette époque-là, les gens d'un certain niveau social ne dormaient pas toujours ensemble. Cela ne signifiait pas qu'ils ne dormaient jamais ensemble. Des portes communiquaient entre les chambres, et ce n'est peut-être qu'à la fin de leur vie que mes arrière-grand-parents ont fait "chambre à part".

Est-ce que vous vous perdiez dans le château ?

J’en connais les moindres recoins.

Y a-t-il un système d’alarme ?

Il n’y a pas de caméra mais un système de surveillance contre les voleurs et contre le feu.

Voyez-vous encore les gens de votre famille ?

Oui, chaque 2 ans on fait la fête au château.

Merci M. Denis Mercier d’avoir laissé votre vin pour nous aider à rêver à la belle époque du château Mercier.

Voir aussi ces documents :

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  • Paul-André Florey

    Chaleureux mercis et vives félicitation à Pierre-Marie pour ce magnifique document historique. Voilà une histoire de Sierre que je ne connaissais pas. Bravo cordial! ...