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L'Histoire du "Lausanne" par ses acteurs (3/4)

22 avril 2021
Lausanne
David Glaser, le web éditeur

C'est la troisième et avant-dernière partie de notre série sur une vision historique et anecdotique du LS par des personnes qui ont vécu le club de l'intérieur. Gianluca Sorrentino, ici en interview pour une deuxième fois (la première est à lire ici), a, avec ses partenaires Samuel Varone et Nicolas Munier, compilé des histoires de matchs et de coulisses passionnantes pour le livre "La Pontaise, un stade, des histoires", un recueil qui vous fera beaucoup sourire, le monde du football à Lausanne ou ailleurs est souvent un microcosme où se mêle extravagance, génie, absurdité et romantisme. En avant pour ce troisième tome où il sera de dirigeants, coachs et de rendez-vous manqués...

notreHistoire.ch : Il y a des personnages forts en gueule tout du long de l’histoire du LS, des négociateurs, des gens qui ont parfois une image dure en public, jouant de leur charisme pour impliquer les joueurs du club dans leur communauté pour promouvoir les matchs du LS. Pourriez-vous nous parler de ces personnes, souvent des dirigeants ?

Gianluca Sorrentino : Oui, il y a eu par exemple Alfred Bezzola qui motivait les joueurs avec une carotte financière. La vision publique qu’on a du personnage n’était pas en décalage avec la vision privée, après avoir recueilli les témoignages des observateurs directs pour le livre. Une personne forte pour signer des contrats, négocier. Mais il y a d’autres considérations à prendre en compte à cette époque, un peu comme pour les coups d’éclat de Christian Constantin et ses joueurs au FC Sion.

Si on prend les exemples de Jean-François Collet ou Alain Joseph (respectivement avant-dernier président et dernier président lors de la période précédant l’arrivée d’INEOS comme propriétaire), l’image que l’on a en privé de leurs décisions peut être très différente vu de l’extérieur (Jean-François Collet avait pris le risque de délocaliser un match de coupe suisse sensé se passer à Lausanne mais qui a eu lieu chez le voisin bernois, un coup de maître financier par la suite avec des recettes importantes). Bezzola a pu encourager les joueurs à faire venir des spectateurs en leur promettant une prime calculée en fonction de l’assistance. Il leur fallait remplir un stade, un dossier compliqué.

Autres histoires, lors des fins de match du LS à domicile, il y avait un dress-code d’après-match, c’était une sorte de règle secrète. De même que la perception des choix des coachs du LS auprès du public et de la presse était parfois en complet décalage avec la perception qu’en avait les coachs eux-mêmes…

C’est Léonard Thurre qui expliquait qu’après les matchs, si personne ne mettait de costard, juste une chemise blanche… ça voulait dire que personne de l’équipe ne sortirait au restaurant. Aujourd’hui, sortir au restaurant est une source de stress pour les joueurs à cause des réseaux sociaux, alors cette époque est révolue. Il y a vingt ou trente ans, les faits d’arme de Léonard Thurre ou de Gabet Chapuisat seraient à coup sûr ressortis sur les réseaux. Leur carrière aurait pu être arrêtée net (sourires). Il y a un décalage entre la chronique de la presse et la réalité des événements. C’est vrai que certains événements ont été compris différemment sur la question du coaching. Le sort de Rehn et Hottiger, pas titulaires pour un match Lausanne-Genève décisif en 1999 pour le titre n’avait pas été saisi par le public. Pierre-André Schurmann, entraîneur à l’époque, à qui on a reproché ce manque de « coaching », se souvient à peine que ses deux stars étaient restées sur le banc. Il s’est justifié auprès de nous. Ce choix résultait d’une semaine d’observation à l’entraînement, une décision logique.

D’autres coachs du LS comme Fabio Celestini, un homme du cru, se sont parfois fait mal voir par leur groupe, pourquoi ?

Avec Celestini, c’était une question de réglage, de « fine tuning ». Il a répété dans son attitude de coach ce qu’il a vu à Marseille et en Espagne. Il a pu être clair à certains égards mais pas spécialement dur. Il a cependant du gérer des situations délicates comme à Moscou. Le comportement de certains de nos joueurs aurait pu nous faire avoir de gros ennuis.

Mais on ressort le côté familial et l’ancrage local avec lui. Celestini est d’ici. Notre vision du « local » n’est pas la même que celle de Christian Costantin qui a perdu toute mesure. Ce rapport au terrain, cela va nous amener plus de monde au stade et créer une ambiance autour du club. On a noté une différence d’attitude le jour où le LS a pris des jeunes de la région, ça s’est ressenti dans la vente de billets.

Il nous faut ces valeurs philosophiques, cet esprit de famille, ces joueurs du village d’à côté. Ce qui fait qu’on a le meilleur centre de formation de Suisse. Des joueurs comme Dan Ndoye, Numa Lavanchy ou Andi Zeqiri formés ici et qui vont évoluer à l’étranger ensuite, ce sont des réussites locales. Ces joueurs cartonnent avec les moins de 21 ans, puis en Challenge League avant de s’envoler.

Il y a un joueur suisse qui a un peu manqué son rendez-vous avec Lausanne, il s’est réalisé ailleurs, c’est Ludovic Magnin, mais on peut aussi parler de Stéphane Chapuisat…

Ludovic Magnin, je ne le connais pas personnellement, mais d’après ce que je lis il était fan du LS. C’est son regret. Lucien Favre, lui, a passé un peu plus de temps au LS. Mais ce sont des trajectoires. Qu’est-ce qu’une carrière réussie ou une carrière loupée ? On a parlé d’erreur de casting pour Philippe Douglas. On a eu aussi deux ou trois Brésiliens incroyables à l’entraînement et qui s’avéraient être moins efficaces en matchs. Et puis il y a Stéphane Chapuisat. Le plus grand buteur de l’histoire du foot suisse. Il passe deux saisons et ça se passe bien. Il y a un « gentlemen agreement » pour le faire prolonger, il peut partir à la première offre intéressante. Mais ce n’est pas formel. Mais dès que la direction change, eh bien ça part en eau de boudin. Chappi s’est donc réalisé à une échelle européenne. Il a fait tout juste, peut-être est-il parti du LS une année trop tôt. Mais il faut savoir raison garder et former les gens. Chappi a toujours été exemplaire. Aujourd’hui, il est à YB. Il faut se souvenir qu’après la faillite du Lausanne Sports, il est venu au match de charité pour lever des fonds.

Diriez-vous que le LS a toujours visé plus large, sur tout le canton de Vaud ?

Oui, le LS a eu une importance au niveau du canton, un peu comme le FC Sion, à la différence du Servette FC qui a plus cette dimension urbaine genevoise, un attachement à la ville qui rentabilise ses infrastructures et les partage avec les autres clubs qui ont le nom de Servette (Hockey, Rugby…). Une ambiance un peu plus feutrée avec la Fondation Rolex et les banques derrière. Lausanne attire au-delà de Prilly et du Mont-sur-Lausanne, d’Yverdon-les-Bains et de Vevey qui ont pourtant leur club. Le Stade Lausanne Ouchy a aujourd’hui des velléités de grand club local mais le Lausanne Sport a toujours voulu viser plus loin. Il faut se remémorer des « Seigneurs de la Nuit », appelés ainsi car le LS avait inauguré les matchs nocturnes à la Pontaise pour permettre aux paysans de venir voir les matchs après leur journée de labeur.

« La Pontaise, un stade, des histoires », par Nicolas Munier, Gianluca Sorrentino et Samuel Varone.

Pour lire la première partie avec Gianluca Sorrentino, cliquez ici.

Pour lire la deuxième partie avec Samuel Varone, cliquez là.

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31 mai 2021
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