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L'Histoire du "Lausanne" par ses acteurs (2/4)

22 avril 2021
David Glaser, le web éditeur

Deuxième partie de notre mini-série sur l'envers du décor au sein du LS. L'équipe dirigeante actuelle du Lausanne Sport avait pensé en 2019 rassembler les meilleures anecdotes jalonnant le riche et long parcours du club de la Pontaise (qui a soufflé ses 125 bougies) à l'occasion du transfert du club à la Tuilière. Le parcours glorieux et aussi tumultueux - comme beaucoup d'autres clubs de foot professionnel à travers le monde - est il vrai un terreau très fertile pour raconter des histoires. Le livre "La Pontaise, un stade, des histoires" raconte toutes ces histoires que le commun des suiveurs du LS ne connait pas. "L'Histoire du "Lausanne" par ses acteurs est une interview en quatre parties où on reparle des heures de gloire du club, mais aussi des situations plus rocambolesques. Aujourd'hui, c'est au tour de Samuel Varone, ex-directeur financier du club en plus d'être le directeur financier de Grand Chelem.

notreHistoire.ch : Commençons par l’idée derrière ce livre, comment tout ceci s’est mis en place ?

Samuel Varone : On voulait un livre pas forcément historique, plutôt un livre composé d’anecdotes. Gianluca Sorrentino a été d’abord contacté par le club vers l’automne 2019. Il a donné son accord à condition d’être accompagné sur le projet, de ne pas le faire tout seul. C’est lui qui a été le meneur dans l’équipe des trois avec Nicolas Munier et moi-même. On avait tous les trois travaillé dans le club à un moment ou à un autre. Gianluca est celui qui est resté le plus proche. Encore aujourd’hui, il a une petite fonction à côté de son travail à l’Université de Lausanne.

Le club vous a facilité l’accès aux héros du LS ?

Oui, Vincent Steinmann (le directeur marketing) et Gianluca ont mené la barque. C’est la première fois que l’on se prêtait au jeu de l’écriture moi et mes partenaires, on a toujours aimé écrire. Et comme on est tous les trois passionnés de football, ça a bien fonctionné. Le foot est un domaine dans lequel les mots viennent facilement.

Quelle a été la méthode de recueil des histoires ?

On a senti qu’il fallait réunir les acteurs du Lausanne Sport de ces soixante dernières années autour d’une table. Et puis, on les a mis ensemble par décennie. On a en effet pu compter sur le club qui nous a fourni une liste de contacts et qui a fait aussi le lien avec les anciens du club. Quatre tables rondes ont été organisées entre décembre 2019 et février 2020. Il y avait une dizaine de joueurs de chaque époque. On était présent pour les lancer sur les sujets et au fur et à mesure, les anecdotes sont sorties comme ça. On a pu remarquer que certaines histoires ne sont pas complètement réglées même 40 ans après.

Quelle est l’histoire, vous concernant, qui vous a le plus marqué ?

Entre 2007 et 2014, ce n’était pas une période simple, le club était au bord de la faillite quand mon patron a repris le LS à l’époque. Il n’y avait pas les moyens qu’on avait aujourd’hui. Puis on s’est retrouvé en 2011 à être qualifié pour la Coupe d’Europe. On était en deuxième division. Ça a généré un tas d’histoires rocambolesques. On n’était pas du tout prêt pour ce genre de gros événements. On était habitué à jouer devant 2000 personnes à la Pontaise. On s’est retrouvé à jouer devant 12'000 personnes. Un soir, j’ai quasiment dormi à la Pontaise pour imprimer des billets du match toute la nuit. Notre imprimante à billets fonctionnait très mal. On avait des ballons spéciaux que l’UEFA nous avait fournis et sur lesquels notre intendant avait écrit les lettres LS au marqueur pour pas qu’on se les fasse voler. Et évidemment, deux heures avant le match, on nous a appris qu’il n’était pas possible de jouer avec des ballons qui étaient marqués avec le marqueur de l’intendant pour des raisons de captation de télévision. Alors, on a envoyé notre cheffe de presse acheter du dissolvant pour ongles pour vite effacer ce qui était écrit sur les ballons. La cheffe de presse en question, Virginie, est devenue ma femme quelques années plus tard. Il a fallu acheter ça à la station service de la Pontaise, en catastrophe ce fameux produit. Il faut dire qu’autour de la coupe d’Europe, on n’était pas prédisposé à faire quoique ce soit.

Les différentes époques glorieuses du LS ont été nombreuses, il y a eu le prestige des « Seigneurs de la nuit », la lumière le soir à la Pontaise, n'est-ce pas?

Oui ça renforce le mythe. Richard Dürr, ce sont des histoires qui se sont transmises de génération en génération. Les "Seigneurs de la nuit", c’est en effet une époque glorieuse du club, de l’équipe, du stade, l’un de plus beaux de Suisse. Personne n’a ressenti cette sensation ces dernières années. Le stade était devenu presque plus un handicap qu’autre chose. Il y avait une ambiguïté car dans les histoires racontées, il y avait un bel outil de travail pour le LS... Mais jusqu’aux vingt dernières années.

Dans ce stade, il y a eu quelques événements fumeux. Des moments assez précieux, un tas de fumier dans le vestiaire des adversaires et ces derniers étaient en l’occurrence ce jour-là le Servette FC.

Oui, on accédait à la Pontaise assez facilement. Le stade fut le moins sécurisé de Suisse. Il est multifonctions. Il est assez accessible à tous. Ce jour-là, Gianluca a reçu un coup de fil du Service des sports de la ville de Lausanne qui gère l’entretien de la Pontaise lui disant qu’il y avait eu un imprévu. Un acte de la part de supporters du Lausanne Sport… Les exigences en termes de sécurité se sont beaucoup alourdies ces dix-quinze dernières années. On avait un responsable sécurité qui se faisait des cheveux gris pour sécuriser un stade qui n’était pas adapté pour les toutes nouvelles normes de sécurité. Le speaker intervenait souvent pour appeler à ne pas faire brûler des fumigènes. Je crois que c’est au niveau des règles de la ligue professionnelle, on est obligé de faire cette annonce. Dans les travées du stade, on rigolait car le speaker a un accent vaudois à couper au couteau, ça rendait l’annonce toujours un peu spéciale. D’ailleurs, Patrick Rochat est toujours le speaker officielle de la Tuilière. Il est mythique. Il n’est pas resté tout seul dans la Pontaise et a bien fait le déplacement.

Avez-vous visité la Tuilière ?

Oui, j’ai fait une visite avec les gens du club, c’était vide… Mais on voit clairement que c’est un autre monde, un gros plus pour le club. Cela va lui permettre de grandir. C’est difficile de se rendre compte de ce que ça va donner avec le public. Mais c’est positif. Ce stade était attendu par les supporters du LS. Ils auront mérité de pouvoir y aller, vu le temps qu’ils ont attendu entre l’initiation du projet, la dernière pierre posée et l’attente, ils ont eu beaucoup de mérite. Ce stade a l’air magique.

Dans le livre, il y a des tronches. Parmi ceux que vous décrivez, Pascal Zetzmann, connu pour avoir poussé un couple marié dans une piscine lors d’un stage de préparation du LS sur île lointaine, vous pouvez m'en parler ?

Pascal devait faire des grands écarts, des figures de kung-fu à des moments incongrus, il y avait beaucoup d’histoires autour de lui mais elles ne pouvaient pas être dites, on l’a senti dans le regard complice de nos interlocuteurs. Beaucoup de choses ne se racontent pas. Il y a le fameux secret de vestiaires. Pino Varquez, qui a été gardien puis entraîneur des gardiens au LS, a vécu plusieurs époques, plusieurs présidents. Il est tout en haut de la liste en termes d’anecdotes. C’est un bon raconteur d’histoires.

Il y a cette rivalité avec Servette et bien sûr l’affaire Kita. Il y a une vraie dramaturgie au LS, pourquoi ?

Le parcours du club depuis plus de 100 ans, c’est des hauts, des bas, de très hauts et de très bas. Des cycles hauts avec les « Seigneurs de la nuit », la fin des années 90 et les faillites début 2000 voire une quasi-faillite ensuite. Le club a souffert de ces cycles pour fidéliser son public. C’est difficile de recruter des supporters, mais quand il y a des bas, on les perd assez vite en général. C’est pour cela que l’histoire du club n’est pas simple à raconter. Au niveau du palmarès, c’est un des cinq-six grands clubs de Suisse je pense, ça reste un grand nom et ça le redevient depuis un ou deux ans.

Quand êtes-vous arrivé au club ?

Je suis arrivé à Jean-François Collet en 2007, j’étais employé dans sa société. J’étais son responsable financier et je m’occupais du tournoi de tennis de Gstaad. En 2007, Jean-François vient dans le bureau. Il me dit « j’ai racheté le LS ». Lundi, quand tu reviens de Gstaad, tu deviens le responsable financier du LS. En tant que fan de foot ça m’a bien plu. Mais je suis valaisan, donc avant tout fan du FC Sion… Alors je redescends de Gstaad, le club est quasiment en faillite. Jean-François me dit « c’est la ville qui m’a contacté pour que je le reprenne… » et là il me met sur la table un petit dossier avec les factures qui étaient en retard de paiement, ainsi qu’une mise en demeure des assurances sociales, puis une liste des salaires impayés depuis trois mois. Il ajoute « commence à bosser, il va falloir trouver des solutions… », on a commencé en 2007 comme ça. Jean-François Collet n’a pas toujours eu une bonne image dans le public, auprès des supporters, mais il a été la bonne personne au bon moment pour redresser le club. Il a mis une organisation et des finances en place, comme il fallait le faire. Je suis resté huit ans comme responsable financier du club. Quand je suis parti, je suis assez fier de l’avoir laissé avec des finances très bonnes. On a eu les licences pour évoluer en première division toutes les années quand on en a fait la demande. Ce furent de sacrées aventures, c’est peu commun de travailler dans un cadre de football. Il y a toujours quelque chose avec les joueurs en particulier. Avec les entraîneurs aussi ! Des événements qu’on ne voit pas dans d’autres entreprises.

Recueilli par David Glaser

« La Pontaise, un stade, des histoires », par Nicolas Munier, Gianluca Sorrentino et Samuel Varone.

Photo de couverture issue de la collection d'Yves Detrey.

Pour lire la première partie avec Gianluca Sorrentino, cliquez ici.

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28 mai 2021
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