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L'histoire du "Lausanne" par ses acteurs (1/4)

17 mai 2021
David Glaser, le web éditeur

L'équipe dirigeante du Lausanne Sport avait pensé en 2019 rassembler les meilleures anecdotes jalonnant le riche et long parcours du club de la Pontaise (qui a soufflé ses 125 bougies) à l'occasion du transfert du club à la Tuilière. Le parcours glorieux et aussi tumultueux - comme beaucoup d'autres clubs de foot professionnel à travers le monde - est il vrai un terreau très fertile pour raconter des histoires. Le livre "La Pontaise, un stade, des histoires" est aujourd'hui une réalité et il est signé de trois auteurs qui ont eu un rôle majeur dans le club ces vingt dernières années (les deux autres s'appellent Nicolas Munier et Samuel Varone). Gianluca Sorrentino est l'un des trois auteurs. Il raconte, dans un entretien en deux parties, les coulisses de ce travail de récit particulièrement réussi et reprend quelques-unes des histoires peu connues autour de son club de cœur pour notre plus grand plaisir. Gianluca a été pendant plus de dix ans un dirigeant investi du club de la Pontaise. Aujourd'hui, il est encore impliqué mais différemment, son travail auprès de l'association sportive du LS lui prend un peu moins de temps, son emploi principal est conseiller académique à la direction des études du département de science politique à l'Université de Lausanne. Interview en quatre parties, voici la première.

De gauche à droite, Samuel Varone et Gianluca Sorrentino

Quelle fut l’idée première ? Faire un livre d’histoire sur le LS ou un livre de plusieurs petites histoires ? Il y a aussi l’angle Pontaise, le « Colisée » du foot lausannois « abandonné » cette année par son club résident pour voir l’émergence d’un stade flambant neuf : « La Tuilière »…

Gianluca Sorrentino : C’est un peu de tout ça, l’idée du livre est venue assez spontanément. Il faut savoir que je fus directeur du Lausanne Sport en 2005 et 2015. Je suis toujours actif dans l’association, je m’y occupe de responsabilité sociale. Vincent Steinmann et Guillaume Katz, le directeur marketing et l’ancien joueur du LS aujourd’hui employé du service marketing, et moi-même étions à un repas. Vincent parlait d’une série d’initiatives autour du déménagement du LS de la Pontaise à la Tuilière. Je suis passionné d’écriture et de lecture. Je suis arrivé à cette proposition d’écrire un livre. Une idée qui était dans les tuyaux mais pas arrêtée. Je crois avoir été la bonne personne au bon moment. Comme j’ai connu le club de l’intérieur, je connaissais les différentes personnes qui gravitent autour du club. J’ai relancé mes deux acolytes, Nicolas Munier et Samuel Varone (en interview cette semaine sur notreHistoire.ch), on s’est mis en quête d’anecdotes.

C’est la face cachée du LS, une partie méconnue du grand public qui émerge. Il s’agit aussi d’un pan de l’histoire du LS que les journaux n’ont pas relayé…

C’est vrai. Il nous arrivait de nous retrouver à des repas de de raconter des événements qui pour nous coulaient de source. La réaction des gens, qui ne sont pas de l’intérieur du club me surprend toujours. « Oh mais ça c’est incroyable, je ne savais pas ça...» entendais-je souvent. Il y a tout un idéal du foot professionnel. Mais pour nous, c’était complètement démythifié, pour nous c’était notre quotidien. Ça ressemble complètement à la vie du communs des mortels. Comme on avait accès à toutes ces anecdotes telle que la nuit passée au stade à imprimer des billets sur une imprimante pour l’Europa League en 2010 ou l’histoire des ballons de l’UEFA sur lesquels on avait inscrit le logo LS, il a fallu trouver en urgence un flacon de démaquillant pour ongles à l’acétone car l’organisateur refusait que ces ballons portent une quelconque inscription. On pourrait écrire une encyclopédie sur le LS.

Il y a des personnages dans ce livre que l’on découvre. Ils sont exceptionnels. Par exemple « un supporter-entraîneur » surnommé « Il Trapattoni » (eu égard à son âge), qui peut s’avérer complètement à côté de la plaque…

Oui et ce qu’il faut savoir, c’est que ce « Trappattoni » sévit toujours. La semaine passée, Vincent Steinmann me disait « ça fait vingt ans que je tourne autour du stade et je n’ai jamais vu ce monsieur. » Je lui ai répondu «va à tel heure, il n’habite pas loin des feux de la Blécherette, je peux te donner son parcours, tu vas le trouver à coup sûr… » Et Vincent a fini par m’envoyer une photo d’un type à la Tuilière qui alpaguait les moins de 21 ans du LS. Il leur a dit « ce n’est pas en baissant la tête que l’on va gagner des matchs… », c’était lui !

Dans votre livre « La Pontaise, un stade, des histoires », on lit que l’homme s’était fait virer manu-militari par un intendant du club, vous pouvez nous rappeler qui était ce dernier ?

Oui, c’est Henri Beluze, qui est décédé. Il était le « chef-mat’ » (responsable du matériel). C’était la nounou de l’équipe, il ne fallait pas toucher au matériel et aux joueurs. On avait des velléités de grand club mais on n’était pas un grand club. Il y avait un treillis entre la route et le terrain d’entraînement du « tennis » où les supporters pouvaient voir des joueurs. Les initiés et le staff pouvaient entrer dans le treillis, les autres pouvaient voir l’entraînement de l’extérieur. La porte du terrain était restée ouverte et le « Trap » s’était engouffré. Et sur le terrain, il donnait ses conseils aux joueurs. Le coach s’en moquait car il avait d’autres choses à faire. Mais Henri Beluze s’est senti le devoir de l’expulser du terrain. Il avait « violé » le sacro-saint terrain.

Dans la logorrhée du Trap, il y avait des trucs à retenir. Marco Simone trouvait ça drôle. Il disait « c’est une autre galaxie, on ne voit que ça à Lausanne ». Marco m’avait dit qu’il n’était pas complètement fou. Après, Marco aimait ben partager autour du foot. C’est une grande qualité qu’il a, c’est que le foot devait être discuté entre non-initiés. Il est dans le partage.

Marco Simone n’est pas resté longtemps malheureusement, ou plutôt disons qu’il n’a pas laissé une trace indélébile dans la mémoire des supporters du LS ?

Il fait deux passages, une fois il remplace, une fois il est remplacé. Il avait son idée de défense à trois, c’est assez complexe. Il était très attaché à sa défense à trois et il n’a pas été aidé par les résultats. Dans le livre, plus généralement, on peut amener d’autres éclairages sur des personnes que les gens pensent connaître.

Autre personnalité, un citoyen grec, résident suisse et membre du comité du Lausanne-Sports, un monsieur très élégant nommé Frangopoulos qui venait au terrain d’entraînement avec son chauffeur. Et qui ne rechignait pas à fouler la pelouse avec ses mocassins pour taper dans le ballon…

Je ne l’ai découvert que récemment. Son nom revenait souvent. Il y a des comportements fantasques de pas mal d’autres personnalités autour du club. Des personnes exposées dans leur vie publique, qui avaient envie de se mettre en avant via le foot, des gens qui ont souvent alterné entre deux comportements. Le foot, c’est un exutoire. Il y en a qui veulent se donner un rôle, d’autres protègent leur image publique en tous points.

Je voudrais revenir avec vous sur la période 1980-1981 avec le charismatique Robert Kok (grand attaquant qui avait été élu meilleur joueur étranger évoluant en Suisse. Il est l’un des nombreux joueurs qui occupent une place de choix dans le récit, pourriez-vous m’en dire un mot ?

C’est quelqu’un que j’ai connu avec le livre. J’en retiens l’image d'un homme discret sur le terrain. Certains événements ne nous sont pas arrivées aux oreilles. Elles sont restées dans les vestiaires. Des tabous n’ont pas pu être brisés. La définition pour Bertine Barberis, un charisme, la place qu’il a pu prendre. Il a toujours été à 200 %, c’est curieux de voir l’impact qu’il a encore. Il est apprécié malgré un troisième passage pas très glorieux chez nous. Il est revenu en Challenge League, afin de travailler avec un club en pleine restructuration. J’étais tout jeune. C’était incroyable, il était hyper exigeant. Il revenait quinze ans après avoir quitté le club. C’est l’histoire d’un vrai vainqueur revenu dans un LS qui venait de remonter en Challenge league, avec un statut semi-amateur. Il ne s’attendait pas à voir un club dans un tel état. Cela correspond au retour d’Alex Comisetti qui fut de retour quasiment au même moment. « Le LS était une magnifique villa décorée… et je reviens dans un appartement délabré dont on a piqué les meubles… »

Bertine Barberis avait eu une vision en embauchant une star italienne, en juin 1987, Giancarlo Antognoni, sacré champion du monde avec la Squadra Azzurra en 1986. Il avait débarqué à la Pontaise en provenance de la Fiorentina. Le recrutement de cette star du calcio avait suscité beaucoup de commentaires à l’époque…

Oui, c’est l’histoire de l’album Panini, Antognoni venait de gagner la Coupe du monde avec l’Italie. A l’époque, il y avait les journaux, quelques magazines, des scouts qui ramenaient des rapports sur cinq-six joueurs. Il n’y avait pas de sites web spécialisés dans les transferts. Bertine réfléchissait à la saison 1987-1988. Il se disait qu’il lui fallait quelqu’un d’une communauté très présente à Lausanne, un Yougoslave, un Portugais… Et là en demandant en voir l’album Panini d’une personne qui l’avait sur ses genoux, il a vu Antognoni. Le public s’attendait avoir un champion du monde. Ils furent un peu déçus des prestations des joueurs à la longue. La presse et les bruits de couloir évoquaient un rapport difficile entre les deux, avec l’ego de Bertine Barberis qui souffrait de la présence d’un champion du monde dans son équipe. Mais en parlant avec Bertine, cette théorie n’avait aucun fondement. Bertine avait même payé de sa poche pour le faire venir. Dans son plan, il devait lancer des jeunes comme Hottiger et Isabella, forcément Antognoni allait devoir un moment laisser sa place au profit de jeunes joueurs qui montaient. (à suivre)

Recueilli par David Glaser

« La Pontaise, un stade, des histoires », par Nicolas Munier, Gianluca Sorrentino et Samuel Varone.

Photo de couverture issue de la collection d'Yves Detrey.

Pour lire la deuxième partie, cliquez sur ce lien.

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