Nous analysons de façon anonyme les informations de nos visiteurs et membres, afin de leur fournir le meilleur service et satisfaire leurs attentes. Ce site utilise également des cookies, notamment pour analyser le trafic. Vous pouvez spécifier dans votre navigateur les conditions de stockages et d'accès aux cookies. Voir plus.

1890 : Petit essai historique sur la Confrérie des Vignerons

janvier, 1890
Vevey
François Vernes-Prescott
Société de Viticulture de Lyon

Cet article est paru dans _La vigne américaine,_ organe de la société de viticulture de Lyon en janvier 1890 14ème année No 1

LA CONFRERIE DES VIGNERONS DE VEVEY

Les auteurs qui ont écrit sur la confrérie des vignerons de Vevey sont loin d'être d'accord sur l'origine de cette société. Les uns la font remonter jusqu'au XIIIe siècle à l'époque où les moines du Haut-Grêt et de la Haute-Rive étaient venus défricher les coteaux de Lavaux et y implanter la vigne. D'après certaines traditions, ces moines, pour encourager leurs vignerons, donnaient des récompenses aux plus laborieux, - aux plus méritants, à la suite de visites faites dans les vignobles qu'ils devaient cultiver d'après des règles et des méthodes enseignées. Il existait, dit-on, beaucoup de titres établissant l'existence de la confrérie des vignerons dès cette époque reculée, mais ils furent brûlés dans le grand incendie qui détruisit une partie de la ville de Vevey en 1688.

D'autres auteurs prétendent, au contraire, que cette Société ne s'est constituée qu'au commencement du XVIIe siècle, comme semblerait le prouver le premier registre où l'on trouve mentionnés ses actes, registre remontant à 1647, c'est-à-dire 41 ans avant l'incendie de Vevey. Ce registre, où sont relatés tous les actes de la Société, ne fait aucune mention de ce désastre, l'incendie qui aurait détruit quarante ans après sa fondation une partie de ses archives. A la première page de ce manuscrit, on lit l'inscription suivante :

« Le vingt-deuxième jour de juin, l'an 1647, sage, vertueux et prudent Chrétien Montet, seigneur abbé de la vénérable Abbaye de l'agriculture de Vevey, dite Saint-Urbain, en continuation de ses courtoisies et libéralités accoutumées, et de sa franche et libérale volonté, fait présent à dite Abbaye du présent livre pour, dans icelui enregistrer, minuter, annoter les choses et faits qui se passeront en dite Abbaye, pour s'en servir de mémoire à l'avenir à la postérité. »

D'après M. Eug. de Mellet, auteur d'un travail très intéressant sur les anciennes corporations de la ville de Vevey, ce registre serait le premier qu'aurait tenu la Société quarante ans avant le grand incendie, mais il ne nous semble pas prouver du tout que cette Société n'existât pas avant le registre donné par le sage et prudent abbé Chrétien Montet.

L'inscription même du registre donne parfaitement à entendre que ce don n’est qu'une continuation des courtoisies et' libéralités accoutumées du sage et prudent abbé. Et, ce qui prouve mieux encore que l'Abbaye des Vignerons existait, avant le registre, c'est la coupe conservée précieusement par la confrérie avec la date de 118 et les écussons et médailles des abbés. D'autre part, en 1776, je vois que la confrérie, appelée a justifier de son existence légale, répond au gouvernement de Berne dont relevait alors les pays vaudois : que l'on tenait par tradition qu'elle existait de. toute antiquité, sous la dénomination de confrérie de Saint-Urbain. A.cette époque, la Société portait le titre d'Abbaye de l'Agriculture de Vevey. Plusieurs autres corporations d'ouvriers existaient aussi à cette époque à Vevey sous le nom d'Abbaye des Tanneurs, Abbaye des Cordonniers, des Bouchers, des Merciers, l'Abbaye du Grand-Mousquet, la plus ancienne société de tir de la Suisse, Toutes ces sociétés ont cessé d'exister depuis longtemps, la Société des vignerons seule est restée plus florissante que jamais comme preuve de sa haute utilité et de la parfaite union de ses membres. Rien, toutefois, ne semble prouver d'une manière certaine que son origine remonte plus haut que 1600, et tous les documents que j'ai sous les yeux semblent indiquer qu'à cette époque la confrérie des Vignerons était peu nombreuse et se composait seulement des maîtres, c'est-à-dire des vignerons qui avaient fait leur preuve de conduite et de capacité selon l'usage établi alors pour toutes les corporations.d'ouvriers.

Le premier registre, daté de 1647, contient l'histoire et les actes de .la Société depuis cette époque jusqu'en 1747.

Quatre autres registres, dont le dernier porte la date de 1863, contiennent jusqu'à nos jours le compte rendu des travaux de celle association de vignerons et constituent ses archives.

D'après les statuts, la fonction d'abbé méritait à son titulaire la qualification honorifique de révérend et seigneur abbé, que l'on voit figurer dans tous.les comptes rendus des délibérations jusqu'en 1833. A dater de cette époque, on dit seulement : abbé président.

La confrérie est représentée :

  1. Par un Conseil composé de douze membres nommés par l'assemblée générale au scrutin de liste, à la majorité absolue au premier tour et à la majorité relative au second tour ;
  2. Par un Rière-Conseil ou sous-conseil élu dans les mêmes conditions et chargé de vérifier les comptes du conseil avant qu'ils soient soumis à l'assemblée générale ; il se réunit toutes les années impaires et au printemps.

Chaque conseil nomme son président pris dans son sein et, en cas-d'empêchement, ce dernier est remplacé par un vice-président nommé séance tenante. Le président du conseil porte, aujourd'hui le titre d'abbé président. Avant et jusqu'en 1883, il avait, en outre, la qualification honorifique de révérend et seigneur abbé.

Les fonctions du conseil sont :

  1. L'exécution des règlements;
  2. La police de la Société;
  3. L'administration des fonds de la confrérie ;
  4. Les agrégations ; la nomination du receveur ou trésorier, du secrétaire et du hoqueton ; la nomination des experts, chargés de visiter les vignes soumises au contrôle de la confrérie, etc.

Les deux conseils se réunissent périodiquement tous les ans impairs après l'examen de la gestion de la Société et avant l'assemblée générale, sous la présidence de l'abbé. Ils sont chargés : des changements à apporter aux règlements ; des dépouillements du registre de visite des vignes ; de la classification et de la. distribution des primes et des récompenses, etc ; de soumettre à l'assemblée générale les profits de fête de la Société ; de fixer les honoraires du trésorier, du secrétaire, du hoqueton et des experts.

L'abbé président est pris dans le sein du conseil et nommé pour deux ans ; il est rééligible, il a voix prépondérante dans les délibérations, il est dépositaire du drapeau, du sceau de la confrérie et de l'une des clefs des archives.

Le secrétaire est nommé pour quatre ans et rééligible, ses fonctions sont rétribuées, il n'a que voix consultative et ne peut en aucun cas faire partie des commissions ni des conseils aux réunions desquels il doit toujours assister.

Le receveur chargé de la comptabilité de la confrérie fonctionne dans les mêmes conditions que le secrétaire.

Le hoqueton nommé aussi pour quatre ans peut être maintenu ; il est à la disposition des conseils et de tous les dignitaires de la confrérie pour l'exécution de leurs ordres.

La devise de la confrérie est : Ora et labora : Prie et travaille. '

La Société de la confrérie des vignerons de Vevey est surtout connue au loin par les magnifiques fêtes agricoles qu'elle a données à des périodes plus ou moins régulières, depuis la fin du XVIII siècle.

De 1600 à 1730, les fêtes de la Société n'étaient qu'une simple promenade, une parade des sociétaires qui, après un dîner frugal, défilaient, musique en tête, dans les principales rues de Vevey.

En 1730, on agrémenta la fête en y faisant figurer Bacchus sous les traits d'un jeune et beau garçon de Vevey précédé de six chanteurs; puis, plus tard (1747), apparut Cérés sous les traits d'un jeune garçon boucher ; aucune femme ne pouvait figurer dans le cortège. En 1783 , le dieu Silène, des faunes et des bacchantes figurent au cortège. A la date de 1791, on se relâche un peu de cette réserve, et la déesse Cérès est représentée par une jeune fille; les frais de la fête s'étaient élevés à 191 fr.

V. P.

Vous devez être connecté/-e pour ajouter un commentaire
Pas de commentaire pour l'instant!
Roger Monnard
385 contributions
1 novembre 2018
30 vues
1 like
0 favori
0 commentaire
0 galerie
Le Lab
notreHistoire.ch vu à travers des jeux et des expériences singulières !
Le réseau notreHistoire
Sponsors et partenaires
103,746
6,299
© 2021 FONSART. Tous droits réservés. Conçu par High on Pixels.